‹ Les ouvriers drame en un acte, en versChapitre 32 sur 38 · Marcel, Jeanne, Morin · texte numérisé non relu

Marcel, Jeanne, Morin

Ouand le juge pensa surprendre mon secret,

Je mentis 1 j’étouffai l'aveu qu’il espérait;

Pour tromper leurs soupçons, j’inventai mille choses : J’expliquai ton absence et j'en donnai les causes;

Et plus ils s’acharnaient à m'arracher ton nom,

Plus, moi, je m’obstinais à leur répondre : noni

Uorin s'est assis à gaucho, accablé.

&1ARCEI..

O ma mère! chère àmo héroïque et sublime!

C’est toi qui le sauvais ainsi, toi, la victime!

UORIN, rêvnnt.

Tout ce que j’oubliais sc dresse en un moment ; J’ai cru le passé mort... il dormait seulement!

.1 EANNE.

Je guéris. C’est alors que commença la lutte Qui nous force à choisir la misère ou la chute!

La chute!

MORIN, ba».

J EANNE.

C’est alors que j’ai compris vraiment Ton crime, et que je t’ai jugé sévèrement.

C’est là, dans le silence et les longues soirées,

El les nuits sans sommeil, — ces nuits désespérées! — Quand on voit son malheur et qu’on l’approfondit.

Que j’ai nourri ma haine et que je t’ai maudit!

MouTcment de Morin. — Karcel est assis sur le fauteuil de droite; Jeanne est debout près de lui.

Tiens, en te revoyant, je frémis quand je pense Que je me suis trouvée au monde sans défense :

s ci: NK SKPTikMK.

Car les Icntatioiis m’assiégeaient, car enfin Sais-tu qu’il faut souvent lutter avec la faim ?

Qu’il est de ces ennuis dont le cœur n’est jias maître? Kt que devant mon fils j’aurais rougi peut-être?

Quand je me demandais qui me protégerait,

Je n’avais au berceau qu’un enfant qui pleurait I Eh! bein, c’est cet enfant qui tout bas, à l’oreille,

Me disait ; et Je suis là, ma mère! je te veille!... »

— Je quittai notre ville et mon nom... Sans appui,

Je travaillai pour vivre, et je vécus pour lui!

EUe montre Miircel.

Oui, Marcel, désormais, ma route était tracée :

Je pouvais me défendre, et ma seule pensée Fut do faire de toi, quand l’âge te viendrait,

— Au lieu d’un misérable, — un homme qui saurait Mo faire honneur, enfin son image contraire!

Maintenant, tu sais tout : fais accueil à ton pèrel

MARCEL, se levant

Mon père!

JEANNE

Tu n’es pas indécis, n’est-ce pas?

MORIN y se levant, d^une voix suppliante.

Voyons, mon fils, voyons...

JEANNE , soisissant la main de son Gis.

Marcel, lu parleras?

MARCEL, échappant h sa mère et sanglotant sur une eliaise nu foml.

Laissez-moi tous les deux... c’est une horrible lutte!

Page 1