CHAPITRE III
L'exercice du métier.
Le métier organisé comprend, outre le maître qui travaille pour son propre compte, les compagnons, les apprentis et les alloués. Le compagnon est un ouvrier qui a fait son apprentissage, mais qui, au Xvin° siècle, passe le plus souvent sa vie à travailler pour le compte du maître, puisque, du fait de l’organisation restrictive des communautés d'arts et métiers, il n’a plus la possibilité d'accéder à la maîtrise. L’alloué est un ouvrier non qualifié qui n’a pas subi d’apprentissage.
SECTION I. — JL’ APPRENTI.
L'apprenti est présenté par ses parents ou son tuteur au maître qui va lui enseigner la technique du métier, Un contrat est passé par devant notaire et enregistré par la communauté qui en profite pour percevoir. des droits (1). Ce contrat comprend le nom des parties, souvent le nom des témoins, la cause du contrat, sa durée, ses conditions, et mentionne les obligations respectives du maître et des parents de l’apprenti.
Un acte du 20 juin 1790, par lequel une fillette est placée pour 4 ans chez Nicolas Parâtre, maître tisserand, spécifie qu’elle y effectuera « lès travaux préparatoires de la tisceranderie, suivant que son âge et son sexe le permettront,
(1) La Communauté des Bonnetiers et celle des Drapiers perçoivent 15 livres par brevet ; l’enregistrement des brevets d’apprentissage est gratuit chez les tisserands, l’apprenti tisserand étant seulement tenu de donner 5 sols à la « Confrairie dudit métier » en commençant son apprentissage. Archives de l’Aube, E 1151.
Les maîtres bonnetiers sont, de leur côté, soumis à une redevance de 10 sols pour chaque apprenti qu’ils ont dans leur boutique. Archives Municipales de Troyes, série AA, 409 carton.
LS RAA
à la charge par ledit sieur Parâtre de l'envoyer aux instructions chrétiennes, de la loger, nourrir et blanchir, de Ia traiter humainement en bon père de famille et, en outre, de lui payer annuellement la somme de 12 livres en effets mobiliers à son usage et pour son entretien (2). »
Ces conditions sont généralement celles de tous les contrats d’aprentissage, sauf celles relatives à l'observation des devoirs religieux que l’on rencontre seulement aux approches de la Révolution.
La redevance n’est pas destinée à payer au maître l’enseignement technique donné à l'apprenti ou la divulgation des secrets professionnels, mais les frais d'entretien et de logement, car l'apprenti « devient membre de la famille du maître et passe sous son autorité paternelle (3). » Il arrive d'ailleurs souvent que le maître lui paye un léger salaire, la dernière année de l'apprentissage, en rémunération des services rendus.
Le nombre des apprentis qui peuvent être placés chez un maître est fréquemment limité par les règlements, pour permettre à l’enseignament professionnel d’être sérieux et aussi pour éviter que les maîtres ne puissent tirer profit de l'utilisation de cette main-d'œuvre moins onéreuse. Les statuts des bonnetiers n'apportent pas de limitation particulière et spécifient que le nombre des apprentis dont les maîtres bonnetiers peuvent disposer, dépend de leurs possibilités et de leurs facultés (4).
Les drapiers ne peuvent avoir qu'un seul apprenti à la fois. Toutefois un second apprenti est autorisé quand le premier en est à sa dernière année d'apprentissage. Les maîtres tisserands ne sont autorisés à employer que deux apprentis en même temps, sous peine d'une amende de
(2) Louis Morin, Etude sur les contrats d'apprentissage à Troyes au xvue siècle, publiée dans le Bulletin de la Société de Protection des Apprentis, année 1894,
(3) Emile Cornaert, Les corporations avant 1789, p. 201. Les statuts des drapiers en font une obligation aux maîtres,
(4) Extrait des « statuts et ordonnances de la Communauté des Maîtres- Bonnetiers ». Archives Municipales de Troyes, série AA, 40e carton,
60 sols tournois « sinon que par pitié et aumône ils tiennent lesdits Apprentis, dont les dits Maîtres seront tenus faire apparoir et eux purger par serment. »
Pour la même raison que celle indiquée ci-dessus, la durée des contrats d'apprentissage est limitée à trois années, tant par les statuts des bonnetiers troyens que par ceux des drapiers ou des tisserands. Ils peuvent être résiliés avant la date convenue, du fait du mariage de l'apprenti ou par le consentement des parties, mais le maître est alors tenu de rembourser l’argent qu'il a déjà reçu « au prorata du temps passé à son foyer par l’enfant (5). »
Au moment de lexpiration du contrat, le maître fait subir à son apprenti un examen professionnel à l’issue duquel il lui délivre un brevet qui lui permet de travailler comme compagnon, |
Le stade de la formation professionnelle est terminé l'apprenti est maintenant un ouvrier qualifié.