‹ Les ouvriers du textile dans la Champagne troyenne: 1730-1852Chapitre 19 sur 80 · LOTS · texte numérisé non relu

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chef, caballent entre eux, s’attroupent et se livrent à toutes sortes d’excès avec d'autant plus d’aisance qu’on ne les connaît que sous le nom de la Brie, Champagne, Picard (10)... » Sous le couvert de pareils sobriquets, ils ont toujours la faculté de fuir et les magistrats sont impuissants à assurer le maintien de l’ordre.

Le 15 décembre 1759, à l’occasion d’une sentence rendue au siège de police de Troyes, contre un nommé Cligny, maïître-pâtissier, qui se dit Mère des Compagnons-Menuisiers et a autorisé chez lui une assemblée de compagnons, le lieutenant général de police rappelle à ceux-ci qu’il leur est interdit de « s’attrouper et s’assembler sous prétexte de conduite de leurs camarades ou de tels autres motifs que ce puisse être, au nombre de plus de trois, ni de porter aucune Cannes, Bâtons, Armes ou autres instruments offensifs (11). »

C'est que &es compagnons ne sont pas toujours paisibles et il ne se passe guère d’audience de la lieutenance générale de police sans que l’on n’assiste à la condamnation d’un compagnon pour atteinte à la tranquillité publique. Cette agitation n'est, d’ailleurs, pas alarmante : il s’agit, le plus souvent, d'insultes, de querelles au sortir du cabaret, ou tout simplement de tapage. Quelquefois, ils vont jusqu’à exercer des voies de fait sur l'huissier de la police, ou s’amusent à provoquer l'alerte en criant « au feu » ou « à l’assassin (12). »

Ces désordres se multiplient cependant au point « d’intéresser essentiellement la sûreté et la tranquillité publique » et un mois après l'ordonnance du 15 décembre 1769, le lieutenant général de police est obligé d'intervenir à nouveau pour en rappeler les prescriptions par une nouvelle ordonnance, puisque les compagnons continuent de s’assembler dans les cabarets « au sortir desquels ils font du tapage dans les rues et se portent à différents excès (13). »

(10) Archives Municipales de Troyes, série HH, supplément.

(11) Archives Municipales de Troyes, série AA, 40€ carton.

(12) Archives Municipales de Troyes, J 25 bis.

(13) Ordonnance du 14 janvier 1760, Archives Municipales de Troyes, série AA, 409 carton. ï

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Afin d'assurer le respect de ses ordonnances, le lieutenant général de police prend de nouvelles mesures destinées à « attacher l’ouvrier à son travail et à son atelier. » Les maîtres sont astréints à tenir un livre sur lequel sont portés l'identité des compagnons, ouvriers ou apprentis à leur service, le lieu de leur naissance, et de leur province et l'indication du dernier maître chez Ilequel ils ont travaillé,

Compagnons ou apprentis doivent être rentrés chez leur maître au plus tard à 9 heures du soir, même les dimanches et jours de fêtes, et sont passibles de peinés de prison s'ils sont surpris seuls ou en troupe, ailleurs que chez leur maître après Cette heure.

Enfin, il est de nouveau initérdit à toute personne, hôteliér, cabaretier ou bourgeois, « de se dire et prendre la qualité de Mère des dits Compagnons et Ouvriers, de les recevoir en cette qualité, de s’entremettre, de placer lesdits Gompagnons chez les Maîtres » sous peine d'amende.

Le campagnonnage devint plus secret encore, mais ne disparut pas malgré les rigueurs de la police. Et les Troyens allaient avoir, peu de temps après, la révélation d’une confrérie de Compagnons tisserands qui réunissait ses membres depuis le début du siècle,

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