SECTION ÏI. —- LES ASSOCIATIONS OUVRIÈRES A TROYES
Le ?8 juillet 1761, intervint en effet une sentence du Bailliage de Troyes au sujet de la « prétendue confrairie de SaintILié, établie en l’église de Saint-Rémy (14). »
Cette confrérie qui s'était vu interdire par le bailliage un service paroissial qu'elle devait faire célébrer le 31 mai à Saint-Rémi, tint une assemblée secrète le dimanche 12 juil-
(14) Archives Municipales de Troÿes, série AA, 40€ carton. Primitivement la confrérie est un groupement essentiellement religieux comprenant des personnes unies par un même lien professionnel. Au xvirre siècle elle est devenue presque exclusivement une assemblée de maîtres et comme, lorsque c’est le cas ici, elle ne réunit que des ouvriers, il devient difficile d’en définir exactement les contours et de la différencier des associations de
compagnons.
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let sous l'égide de trois compagnons tisserands, dans la maison du sonneur de cette église, où elle fut surprise par lés autorités de police.
Le rôle des membres inscrits révéla que « le nombre des payans montoit en l’année 1755 jusqu’à cent quatre vingt neuf » qui tous, payaient une cotisation annuelle.
Dès 1705, les marguilliers de la Fabrique de Saint-Remi avaient accepté de recevoir des Receveurs de la Confrérie une somme de 160 livres, à charge par eux de faire célébrer, tous les ans, à perpétuité, une messe solennelle « le dimanche le plus commode d’après la Saint-Lié, » En juillet 1727, c’est une somme de 60 livres qu'ils offrent pour les réparations de l'Eglise moyennant la célébration, le même dimanche que la messe de la Confrérie, de « vêpres sdlennelles, comme le jour de Pâques. »
Le nomibre des membres de la Confrérie diminuant considérablement, ses dirigeants recourent à l’autorité du Pape pour éviter qu’elle ne tombe en discrédit et obtiennent, le 42 juin 1754, deux brefs, l’un qui accorde des indulgences à ceux qui entrent dans la Confrérie, l’autre qui réserve un « autel privilégié à la Chapelle de Saint-Lié en faveur des Confrères défunts. »
De ce fait, la Confrérie reprend une vigueur nouvelle et compte même des étrangers et des habitants d’autres paroisses, Tous sont des compagnons tisserands, bien que le bref spécifie expressément que les membres ne doivent pas « être attachés à un art ou profession particulière. »
Les réunions occultes de Ces compagnons tisserands sont en contravention avec toutes les lois et ordonnances déjà énumérées qui interdisent aux « compagnons et ouvriers de s’assembler en corps, sous prétexte de Confrairie ou autrement. » Les confréries ou autres associations de dévotion se trouvent également illicites si elles n’ont pas obtenu la doullle autorisation de la puissance temporelle et de la puissance spirituelle.
L'autorisation de la puissance temporelle n'étant ni expresse, ni présumée en ce qui concerne la Confrérie de Saint:Rémi, la sentence du Bailliage de Troyes la déclare
RER Lt
illicite et renouvelle ses « itératives défenses à tous Compagnons et Ouvriers du métier de Tisserand de s’assembler en quelque lieu et sous quelque prétexte que ce soit (15). »
Il est toutefois permis de se demander si le clergé de Saint-Rémi qui n’était certainement pas sans connaître les agissements des compagnons tisserands, ne couvrait pas de sa complicité l’activité de la Confrérie en question.
La Confrérie de Saint-Rémi n’est pas le seul exemple de l’activité du compagnonnage à Troyes. Une sentence rendue à l’audience de police de la Ville condamne les nommés Pierre Cousin et François Henri, dit Camelot, tous deux compagnons drapiers, se disant procureurs d’une « Confrairie de Compagnons », à 6 livres d'amende. Accompagnés de deux complices, dans la nuit du 12 au 13 septembre 1773, ils avaient conduit quatre joueurs d'instruments devant la porte de chaque compagnon drapier et lui avaient fait donner une aubade.
Le lendemain, tous les compagnons drapiers s'étaient rendus en procession, avec des musiciens « suivis de deux Pains-bénis, portés avec pompe sur un brancard » jusqu’à l’église Saint-Denis, où {s avaient fait célébrer un office solennel. Ils s'étaient ensuite réunis dans la maison du nommé Jean Gouffé, dit Bourguignon, où ils avaient dansé tout le jour jusqu’à l’heure du salut.
Le 6 avril 1778 une autre sentence du lieutenant général de police de Troyes condamne un certain nombre de compagnons drapiers à des peines allant de 20 livres d'amende à 2 mois de prison « pour s'être attroupés et avoir fait rébellion, » Une soixantaine d'ouvriers drapiers, armés de bâtons, s'étaient en effet opposés à une perquisition ordonnée chez deux d’entre eux, Brochot et Dragon, faisant rébellion aux huissiers et menaçant de les battre.
Is avaient en outre maltraité d’autres compagnons dra-
(15) Archives Municipales de Troyes, série AA, 40° carton. Quelques années plus tard, une ordonnance du lieutenant général de police de Troyes du 10 septembre 1773 leur faisait à nouveau défense de former des associations ou confréries, de « faire célébrer Messes, Offices et Services ».