SECTION II. — LES DISETTES DE CÉRÉALES ET L'AGITATION OUVRIÈRE
La situation misérable de la population ouvrière est accrue par les disettes de céréales qui entraînent des variations importantes du prix du blé au cours d’une année et même d’une année à l’autre (27).
Le pain est cher, car on ne constitue pas de stocks pour ne pas avilir le prix des grains, et la demande dépasse toujours l'offre. Le prix du pain est dicté par celui du Hblé ; ce dernier est maintenu élevé par le boulanger « par sa manœuvre et sa Connivence avec le laboureur (28). » Le lieutenant général de police essaye bien d'intervenir, mais « les boulangers se liguent, cuisent moins de pain, en font manquer le peuple, »
Ce défaut de stocks, joint à des causes spéciales à Troyes, laisse le peuple dans une misère effroyable dès que se produit la moindre disette, et elles furent fréquentes au xvin* siècle. Les villages qui se trouvent à portée des trois rivières navigables de la Champagne, l’Aube, la Seine, l'Yonne, y conduisent leurs grains pour les envoyer à Paris ou ailleurs, si bien que, même après trois années de bonnes récoltes, il suffit d’une année mauvaise pour faire monter les grains à un prix excessif, De plus, la Bourgogne et l'Election de Bar-sur-Aube font leur approvisionnement sur
(27) Selon J. Ricommard (La lieutenance générale de police à Troyes), le prix du boisseau de froment pesant 86 livres, mesure de Troÿes, passe de 2 livres 18 sols 6 deniers en janvier 1784, à 4 livres 5 sols 6 deniers au mois de juillet de la même année ; en 1788, il s'élève de 2 livres 16 sols 4 deniers en janvier à 4 livres 10 sols 3 deniers en décembre ; en 1789, il ne descend pas au-dessous de 4 livres 9 sols 1 denier (14 février) et 11 monte jusqu’à 7 livres 3 sols 1 denier en août.
(28) Essai sur le commerce et l’agriculture de Troyes, cité par E, Chaudron, p. 13.