SECTION I
LA SITUATION INDUSTRIELLE A TROYES ET DANS LE DÉPARTEMENT, AU LENDEMAIN DE LA RÉVOLUTION.
Troyes reste cepeñdant une grande cité industriellé, mal: gré les difficultés de l'heure, En 1807, on y compte 420 fabriques et manufactures de toiles, mousselines, fil et coton, employant 1890 tisseurs. Ces dérniers procurent eux-mêmes du travail à plus dé 8.000 ouvriers, tant pour la filaturé (à la main ou à la mule-jenny) qu'au Cardage, bobinage, oufdissage (3).
La bonneterie occupe encore une place très secondaire, puisqu'on ne dénombre que 260 fabriques de bas, bonnets, bas anglais de coton occupant 800 fabricants compagnons:
Citons encore, pour donner un tableau complet de l’activité de l’industrie textile, « 7 filatures, dites mull-jennies » qui fournissent du travail à 250 ouvriers compagnons, et 8 dräpéries qui émploient 60 compagnons.
Les articles fabriqués À Troyes, les plus beaux dii département, Seraient capables de « souténir toute concurrence étrangère pour leur prix et leur qualité, » si le prix du Coton revenait au taux où il était avant la Révolution.
Dans les campagnes, l’activité industrielle que nous avons déjà notée soüs l'Ancien Régimé, reste considérable, mais nettement localisée : elle est absente des arrondissements de Baï-sur-Aube ét de Bar-sur-Seine, considérés cornme uniquement agricoles éb viticoles, mais au contraire très grande dans les arrondissements d’ArcissurAube et de Nogent-sur-Seine, particulièrement entre la vallée de la Seine et le pays d’Othe où « l'épaisseur de la couche de
(3) Archives de l’Aube, M 12 b d.
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terre arable est si faible par endroits, que de maigres bois de pins ne peuvent arriver à y prendre racine (4), »
Dès la fin du xvrr° siècle, la tisseranderie en déclin 4 laissé la place libre à la bonneterie qui fournit au travailleur le complément de ressources indispeñsables que la tèrre ne peut lui donner, Et, lorsque aux environs de 1808, les Premiers métiers dits mule-jennies sont introduits dans l’Aulbe, la fabrication de la bonneterie y subit un essor considérable (5).
Les métiers sont généralement disséminés au domicile de petits fabricants qui travaillent pour leur propre compte. Dès les premiers jours de la Révolution, les patrons de la région d’Arcis, inquiets de la tournure des événements, refusèrent de reprendre leurs ouvriers qui avaient abandonné le trävail en 1789; ils les engagèrent à travailler pour leur compte et les autorisèrent à transporter chez eux les métiers que les ouvriers achetèrent ou pour lesquels ils acceptèrent de payer une rétribution {6). C’est ce qui explique, au début du xix° siècle, le régime de l’industrie à la campagne, où la plupart de ces petits fabricants n’en réunissent qu'un ou deux : quelques-uns seulement possèdent 10 à 12 métiers, et dans tout le département il n’existe que 12 ateliers qui en comptent un plus grand nombre,
Ces petits fabricants des campagnes se rendent à Troyes, une ou deux fois par mois, le plus souvent les jours de marché, portant dans une hotté où sur un bourriquot, les bas et les bonnets de coton qu'ils vont essayer de vendre « tant bien que mai aux acheteurs de passage », pour se procurer le fil dont ils ont besoin afin de poursuivre leur travail (7). Ils tombent dès lors dans la dépendance de Troyes qui devient le véritable centre de la bonneterie dans le département.
C'est pour parer à cette situation, pour éviter « leur mise en coupe réglée par les acheteurs du marché de Troyes »
(4) J, Ricommard, ouvrage cité, p. 84.
(5) Annuaire de l’Aube, année 1851,
(6) J. Ricommard, ouvrage cité, p. 39.
(7) A. Prévost; Fontaine-les-Grès, p. 112.