‹ Les ouvriers du textile dans la Champagne troyenne: 1730-1852Chapitre 43 sur 80 · LL SE · texte numérisé non relu

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légère reprise de l’activité industrielle, signalée alors dans un grand nombre de villes, est attribuée, à Troyes, au fait qu'à la suite des maladies et des décès causés par l’épidémie, la fabrication s'est ralentie, entraînant le relèvement des prix et la diminution des stocks (2).

La crise de la fabrication des tissus, jointe à celle de la bonneterie, entraîne la fermeture de plusieurs filatures de laine et de coton, qui se trouvent réduites à vingt ei une, alors qu'on en comptait trente-trois, en 1820, Les chefs de filatures qui ne travaillent que sur commande des fabricants, n'emploient que la moitié de leurs mécaniques et organisent, entre leurs ouvriers, un roulement, afin que ceux-ci ne soient pas totalement privés de travail.

A Romilly, où la fabrication des bas et bonnets a aussi considérablement diminué, les demandes faites par les commerçants de Troyes sont si faibles, que les marchands de bas de Romilly, qui font chaque semaine le voyage au cheflieu, en reviennent sans avoir vendu leurs marchandises.

A Arcis, la situation n'est pas plus brillante, mais la fabrication des gants de coton réussit à occuper un certain nombre de métiers et procure d'ailleurs aux ouvriers un prix de facon plus avantageux que la fabrication des bas (2).

La situation s'aggrave encore par suite de l'augmentation subite du prix du coton qui entraîne de nouvelles réductions de salaires dans les filatures et les fabriques de tissus de coton, et le congédiement d'une partie des ouvriers (27). Quelques filateurs, cependant, diminuent le prix

(25) Rapport de la Chambre de Commerce au Préfet du 17 septembre 1832. Archives de l'Aube, M 12 à 1. Ë

(26) Une seule fabrique dans le département semble ne pas avoir souffert de le crise, c'est la filature de Lenclos (commune de Virey-sous-Bar, dans l'arrondissement de Bar-sur-Seine) ; les rapports du sous-Préfet de Barsur-Sejne signalent que cet établissement, « un des plus beaux de France », prend un développement assez considérable et écoule toute sa marchandise à Paris et en Picardie, Archives @e l'Aube, M 12 à 1.

(27) Lesieur Laverdey, dont la fabrique se trouve rue du Bois, ne conserve qu'un ouvrier sur les cinquante qu'ilemployait. Archives de l'Aube, M124t.

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du coton filé pour que les fabricants puissent continuer à employer le maximum d'ouvriers (28).

Les fabricants de toiles, persistant à considérer comme provisoire la suppression du pantalon blanc dans l’armée, en ont continué la fabrication et disposent de stocks considérables. Le Préfet de l'Aube multiplie en vain les démarches auprès du Ministre de la Guerre, pour le faire revenir sur sa décision, d'autant plus que les cinq-sixièmes de la population troyenne vivent de l’industrie textile (29) et que la classe ouvrière continue de s’'agiter, On signale des excès commis contre les marchands ; 2,000 ouvriers environ tentenb de se coaliser « pour contraindre les marchands à acheter et les fabricants à leur donner du travail (30). »

Vers 1834, le cours du coton qui se fixe à un prix en rapport avec celui de la marchandise fabriquée, permet une reprise de l’activité industrielle, mais la tisseranderie, restreinte à la fabrication des étoffes pour doublures, se heurte à la concurrence des fabricants du Beaujolais.

La bonneterie, dont la situation redevient vite satisfaisante, engendre un mouvement de migration des ouvriers bonnetiers de la ville vers la campagne. Beaucoup de fabricants « louent leurs métiers aux bonnetiers des villages voisins, ou à des ouvriers habitant Troyes, mais qui, étant de la campagne, y reportent leur domicile (31). » Ces der-

(28) « Les maisons Douine et Huot ont fait preuve du sentiment de désintéressement qui les anime et ont diminué de 50 centimes par livre, le prix de leurs cotons, » Archives de l'Aube, M 12 d 1,

(29) Rapport du Maire de Troyes au Préfet de l’Aube, du 28 février 1834, Archives de l’Aube, M 12 d 1,

(30) Rapport du Maire de Troyes au Préfet de l'Aube du 6 novembre 1833. Archives de l’Aube M 12 d 1,

(31) Levasseur (ouvrage cité 1, VI, ch. 1v, p. 188) estime en 1834 à 12.000 Je nombre des ouvriers de la campagne qui viennent livrer leur travail à Troyes,

Dans l'arrondissement de Nogent, plus de 1.500 ouvriers travaillent à la bonneterie. L'activité est aussi grande dans celui d’Arcis-sur-Aube, dans lequel on compte, en 1833, 1,100 métiers à bonneterie, dont 700 à Arcis même.

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