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niers, attirés par l’espoir de gagner autant et de dépenser moins, y trouvent également leur avantage.
La condition des ouvriers des campagnes n’est plus désormais partout la même ; alors qu'ils étaient généralement propriétaires de leur moyen de production et qu’ils travaillaient pour leur compte, ceux qui s'installent maintenant dans les campagnes travaillent pour le compte d’un fabricant qui leur fournit le métier et la matière première. Le capitalisme industriel tend ainsi vers sa forme définitive.
La filature de Lenclos, près de Bar-sur-Seine, dirigée par la maison Couchot, de Paris, continue de prospérer. Munie de machines « mues par un mouvement hydraulique », sans cesse améliorées, elle utilise presque uniquement la maind'œuvre locale (32).
Cette reprise est de courte durée, car, dès 1837, l’industrie se ressent de la crise qui sévit en Amérique et de l’encombrement du marché. « La production s’est arrêtée, à Lyon, Nîmes, Rouen, etc.…., soit par l’absence des commandes, soit par le peu de confiance qu'inspirent les ordres reçus d’Amérique, soit enfin par suite de l’excès même de la production quand elle a cessé d’être en rapport avec les besoins (33). » |
Les différents organes de la ville, consultés par le Préfet sur les causes de cette crise, en rendent responsable l’utilisation des procédés mécaniques qui a entraîné une surproduction et signalent également que « la suppression d’un assez grand nombre de fêtes publiques et de fêtes religieuses, peut encore être la cause d’une diminution sensible dans le placement d’une infinité d'objets de toilette de luxe et de fantaisie (34). »
Nous assistons alors à un mouvement inverse de celui
(32) La présence de cet établissement dans la campagne de Bar-sur-Seine ne semble pourtant pas recueillir l’approbation unanime, car le Sous-Préfet se plaint du fâcheux effet moral produit sur la population locale et signale qu’ «il serait à désirer que ces usines fussent réservées à l’enceinte des villes où les moyens de surveillance sont plus efficaces et plus prompts ». (Rapport du 6 novembre 1837. Archives de l’Aube, M 12 à 1.)
(33) Lettre du 7 juin 1837 du Ministre des Travaux publics, de l’Agriculture et du Commerce au Préfet de l’Aube. Archives de l'Aube, M 12 d 1.
(34) Rapport du Conseil de Prud’hommes de Troyes du 10 août 1837. Archives de l’Aube, M 12 d 1.
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que nous avions observé quelques années plus tôt, au moment où la bonneterie était prospère : es ouvriers abandonnent les campagnes pour venir se livrer, à Troyes, à l’industrie manufacturière, où ils espèrent parvenir à s’employer, mais ils ne réussissent qu'à augmenter « la population des artisans et des ouvriers au delà du nombre nécessaire à la mise en activité des fabriques. »
La crise évolue avec la même régularité que précédemment et la situation se rétablit jusqu'aux environs de 1848, où elle se trouve encore aggravée par les troubles politiques de la Révolution. Le premier effet d’une Révolution, quelle qu’elle soit, est de faire naître une crise de confiance, qui entraîne la suppression du crédit. La banque de Troyes, comme celles de la plupart des villes de commerce, supprime tous les crédits à découvert et refuse la négociation des effets de commerce ayant plus de 30 jours de terme (35), ce qui fait que les filateurs, les fabricants de tissus au métier et à l'aiguille, habituellement réglés par billets à quatre Ou cinq mois, ne peuvent plus se procurer de l’argent à aucun prix. De plus, l’exécution des grands travaux publics et notamment la construction des chemins de fer, détourne « de leur cours normal les capitaux qui alimentaient naguère le commerce et l’industrie manufacturière, »
Toute activité est suspendue et un bon nombre de filatures sont obligées de rester fermées plus de 5 mois. Pendant cette interruption, les enfants qui travaillaient dans les manufactures parcourent les campagnes, où ils vivent de mendicité.
L’inspecteur du travail, Lachave, souligne l’empressement du gouvernement à vaincre la crise financière, « suite inévitable mais momentanée de la glorieuse révolution du 24 février. dont les résultats assureront le bonheur de la France et l’affranchissement des peuples de l’Europe (36), » mais il semble bien que cette fois encore, la crise obéisse surtout à son rythme propre.
(35) Rapport de la Chambre de Commerce de Troycs du 4 mars 1848. Archives de l’Aube, M 3 d 2.
(36) L’inspecteur du Travail Lachave aux citoyens commissaires du département de l’Aube (29 mars 1848). Archives de l’Aube, M 12 b 1.