‹ Les ouvriers du textile dans la Champagne troyenne: 1730-1852Chapitre 46 sur 80 · SECTION II. — LES INVENTIONS DES OUVRIERS TROYENS · texte numérisé non relu

SECTION II. — LES INVENTIONS DES OUVRIERS TROYENS

« Les inventeurs sont surtout... des obscurs, c’est-à-dire des artisans qui ont le goût, qui ont la passion de leur métier (8). »

Ce sont des bricoleurs, qui ont « plusieurs métiers à la fois sans être toutefois ce qu’on appelle en France des hommes de toutes mains. » L’ouvrier, penché sur sa machine, cherche à la perfectionner pour diminuer son effort et c’est en ce sens qu'il faut voir, dans l’application des inventions nouvelles, une « délivrance pour l’ouvrier (9). »

Ces traits qui définissent les auteurs des inventions de la première révolution technique, sont également exacts si nous les appliquons aux ouvriers troyens, qui ne sont pas restés étrangers aux progrès de la mécanique.

Au début de la Restauration, quelques manufacturiers

(6) Cf. Alexandre Guénin, ouvrage cité, p. 195. (7) Archives de l’Aube, M 12 b d.

(8) Dolléans, Histoire du Travail et de la Législation industrielle (Cours de doctorat : année 1940-1941), p. 185.

(9) Levasseur, ouvrage cité, 1. III, ch. 1v, p. 629.

troyens se rendent compte de la nécessité de « créer une génération instruite pour élever le niveau de l'industrie française. » Les ouvriers manquent des connaissances techniques suffisantes qui leur permettraient de constituer d’excellents spécialistes, et de perfectionner la fabrication.

Afin de remédier à ce défaut d'instruction, un cours de Mathématiques appliquées à l’industrie est institué à Troyes par les soins du Conseil Municipal. Commencés en novembre 1826, ces cours qui avaient lieu trois fois par semaine, de sept heures à neuf heures du soir, ont un grand succès. L’auditoire, composé d'hommes de tous âges et de toutes classes de la société, comprend « une centaine d'ouvriers formant la partie vraiment siudieuse », et un nombre égal d'amateurs (10).

A la fin de 1828, ces cours publics tombent en décadence, comme dans la plupart des villes industrielles de France où pareilie initiative avait été prise.

Ce déclin ne décourage pas pour autant les promoteurs de l’enseignement ouvrier. Comme on signale que « les mauvais procédés employés dans la préparation et la teinture des étoffes, ainsi que le défaut de perfectionnement dans le blanchissage des étoffes » résultent du manque de connaissances des premiers éléments de chimie, la Société d’Agriculture, Sciences et Arts du Département de l’Aube ouvre en 1828 des cours de chimie, géométrie et mécanique, appliqués aux arts industriels.

Ces «efforts, en permettant aux fabriques troyennes de profiter des découvertes nouvelles, lui permirent de conserver la réputation dont elle avait joui jusqu'alors. Ils contribuèrent surtout à susciter dans l'esprit des artisans et ouvriers, les perfectionnements techniques qui firent faire à la fabrication, notamment à celle de la bonneterie, des progrès qui lui assurèrent une avance considérable. Car c’est dans le domaine de la bonneterie que nous les verrons se

multiplier à partir de 1830. Et si les améliorations indus-

(10) Julien Gréau, Revue de quelques institutions publiques d’enseignement, de commerce et de bienfaisance, antérieures à 1870. Société Académique de l’Aube : année 1871.

trielles firent de Troyes le centre national de la bonneterie, ce fut grâce au génie patient des ouvriers troyehs.

Leurs inventions ne présentent pas seulement un caractère individuel, mais aussi un caractère collectif, parce que nous voyon$ plusieurs hommes apporter successivément des améliorations à la découverte d'un séul et en cé séhs on peut dire que les inventions « appartiennent dans üñe certaine mésutré à la collectivité (11). »

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