CE
En 1829, un ouvrier bonnetier, Delarothière, invente, avec le concours de deux autres ouvriers, Ravigneaux, mécani: cien et Taviot, blanchisseur, un procédé de fabrication d’un tricot tissu, mis au concours par le Ministre de l'Intérieur et prend également un brevet d'invention pour le métier nécessaire à sa fabrication (12).
Mais il ne suffit pas de découvrir un procédé nouveau, encore faut-il disposer de l’argent nécessaire pour le mettre en application. Et les inventeurs troyens auront le plus souvent bien des difficuités à trouver les fonds suffisants à la mise en œuvre de leur découverte. La Chambre de Commerce de Troyes sollicite en vain un secours de Sa Majesté pour Delarothière qui ne dispose pas des ressources suffisantes pour construire le métier qu’il désire (13). Delarothière se ruinera pour son invention et se trouvera dans l'impossibilité de confectionner la mécanique dont il s'agit.
Il prit d'ailleurs ultérieurement de nombreux autres brevets qui firent faire de grands progrès à la bonneterie, notamment celui concernant « le métier à chaîne, ou métier à maille fixe, »
Le 12 décembre 1834, il fait breveter son invention capitale : « c’est la machine destinée à rapprocher, par des
(11) Ed. Dolléans, Histoire du Travail et de la Législation industrielle (Cours de Doctorat : année 1940-1941), p. 186.
{12) Archives de l’Atübe, M 12 b 2.
(3) Lettre de la Chambre de Commerce de Troyes au Préfet de l'Aube, du 4 octobre 1828. Archives de l’Aubé, M 12 b 2.
Ag
rétrécissements, deux parties d’une pièce de tricot, sans faire de couture entre ces deux parties (14). »
Quelques années plus tard, c’est un jeune ouvrier bonnetier d’Arcis-sur-Aube, Alexandre Braconnier, âgé de 22 ans, qui découvre « lé moyen d'introduire des fils de couleurs dans le tissu de la bonneterie et d'exécuter ainsi les dessins les plus variés. » Il prend un brevet d'invention, réussit à payer les 200 francs exigibles à la délivrance du brevet, mais ne pouvant solder le complément de 150 francs payable au bout de six mois (15), il doit renoncer au brevet qui garantissait sa création, le fruit de son ingéniosité, de son cerveau, autant que de ses mains.
En 1836, Jacquin, ouvrier horloger, devenu fabricant de bas à Auxon, construit « une mécanique à rétrécir des bas sur le métier » et ne pouvant régler la seconde échéance de son brevet, en est déclaré déchu (16). C'est le même inventeur qui sera l’auteur, en 1837, d’un métier permettant la fabrication, sur une grande échelle, des bonnets de coton et, en 1840, du « métier circulaire de grand diamètre pour la fabrication des pantalons, des gilets ou des camisoles, »
Ils sont nombreux encore, les ouvriers troyens qui améliorent la technique des mécaniques existantes ou qui en créent de nouvelles : c’est Gillet, serrurier, mécanicien à Troyes, qui, après avoir suivi les cours publics de mathématiques organisés par la Municipalité, prend de multiples brevets d'invention, pour « un métier circulaire propre à la fabrique des tricots à côtes » (1838), « un métier circulaire propre à la fabrication des tissus » (1842), « une mailleuse à presse applicable au métier circulaire pour la fabrication des tricots en soie et laine peignée » (1846), « un ceuillage dit mailleuse Gillet » (1849)... ; c’est encore Roiïzard, mécanicien à Troyes, Prud’homme, ouvrier bonnetier de la manufacture Frérot et Couturot, et bien d’autres artisang obscurs.
(14) Julien Gréau, Etude sur les travaux de Delarothière, Société Académique de l'Aube, année 1867.
(15) Archives de l’Aube, M 12 b 2.
(16) Archives de l’Aube, M 12 b 2.