MOQUE
Il est pourtant quelques manufacturiers qui s'efforcent de préserver la santé de leur personnel à l’atelier et en dehors de l'atelier, telle la filature de Guillaume Allemance à Arcis-sur-Aube, où l’on se préoccupe d'installer des ventilateurs pour épurer l'air et enlever la poussière qui s'élève des cotons, ou celle encore de Lenclos, où les saïles d’atelier sont vastes et bien éclairées ; les ouvriers qui y travaillent sont « logés dans une rue construite le long du bief et très près de l’usine. Elle contient de chaque côté environ 15 maisons adhérentes de deux chamibres chacune (16), » première image de ce que seront plus tard les cités ouvrières.
$ 2. — Les accidents du travail.
Avec l'introduction des mécaniques, le nombre des ouvriers victimes d'accidents au cours de leur travail s’accroît dans des proportions considérables. Dans les entreprises utilisant « des machines à carder et à filer mues par une chute d’eau, un manège ou une machine à vapeur (17), » il ne se passe pas d'année sans qu’un grand nombre d’ouvriers travaillant dans ces ateliers soïent atteints de blessures plus ou moins graves.
Certains manufacturiers s'émeuvent de l’augmentation du nombre des hospitalisations à l’Hôtel-Dieu, au titre des accidents du travail ; une commission est nommée en 1833 par le Conseil de Salubrité établi près de l'Administration Municipale de Troyes, à l'effet de rechercher les causes des accidents auxquels sont exposés les ouvriers employés dans les filatures de laine et de coton, et les moyens de les prévenir (18).
Les mécaniques ont été installées sans aucune protection
(16) Archives de l’Aube, M 12 b 1.
(17) Archives de l’Aube, M 12 b 1.
(18) Les ordonnances royales des 23 septembre 1829 et 25 mars 1830 constituaient la seule réglementation existante ; elles étaient relatives aux machines et chaudières à vapeur, à haute et basse pression, employées dans les établissements publics ou industriels, et destinées à prévenir les accidents occasionnés par les explosions.
pour celui qui les fait fonctionner et il est fréquent que les ouvriers soient entraînés par des courroies, des arbres de couche, qui les happent par « les bords des vêtements, les rubans qui leur servent d’attaches, les guenilles pendantes aux habits (19). » |
Les plus fréquemment atteints sont les enfants et les jeunes gens des deux sexes occupés à étendre « la laine ou le coton sur la toile sans fin de la machine à battre ou de la machine à carder, pour les présenter aux cylindres alimentaires » ; il leur faut déployer une attention de tous les instants pour ne pas laisser pincer leurs doigts en les avançant sans précaution près de ces cylindres.
Les ouvriers des filatures sont également presque toujours blessés aux doigts ou aux mains qu’ils engagent par inadvertance dans les roues d’engrenage de la machine à carder ou à filer qui fonctionne à découvert. ,
Une autre cause régulière d’accidents est provoquée par le graissage et le nettoiement des roues et des pignons des métiers, effectué tandis que ces organes continuent de fonctionner.
La plupart de ces accidents pouvait pourtant être évitée par l’observation de quelques précautions élémentaires dont l'invention « ne demandait pas de grands frais d’imagination ; mais quels reproches ne doivent pas alors se faire les personnes qui pourraient les employer et qui ne l'ont pas fait? »
Les premières mécaniques ont été installées dans des mansardes, des celliers bas et obscurs ou des bâtiments construits pour une tout autre destination que celle pour laquelle ils sont utilisés. Les plafonds des ateliers sont « si peu élevés que l'arbre de la couche et des courroies qui venaient s’enrouler sur lui et sur les roues motrices des métiers, se trouvaient tendues presque horizontalement », formant devant les métiers une barrière qui menaçait d’entraîner, après les avoir happées, les personnes circulant dans les ateliers (20).
(19) Archives de l’Aube, M 12 b ï.
(20) Archives de l’Aube, M 12 b 1.