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44 centimes 45, celui du pain bis de 40 centimes 59. La moyenne du prix de l’hectolitre de pommes de terre est de 6 francs 51 centimes ; le kilog de bœuf vaut 91 centimes, le mouton 1 fr. 04 et le porc 1 fr. 35 centimes (8),
La famille dont lé père, la mère et deux enfants travaillent, dispose donc d’un budget quotidien de 3 francs à 3 fr. 50 et d'un budget annuel de 810 à 957 francs, en se servant des estimations du Baron de Morogues (9) qui évaluait à 300 jours päâr an le travail de l’ouvrier, à 200 jours celui de sa femme et à 260 jours celui de ses enfants, Selon ses observations, la dépense nécessaire à une telle famille est « pour la nourriture dé 570 francs, de 130 francs pour le logement, 140 pour les vêtements, plus 19 francs de divers : soit 860 francs (10), » quoique, toujours selon le Baron de Morogues, ce chiffre de 860 francs soit insuffisant « pour les familles ouvrières des villes industrielles et de la région du Nord de la France (11). »
En période ñormale, le minimum physiologique semble donc juste assuré à la famille ouvrière troyÿenne, mais comme le taux du salaire réste très sensible aux fluctuations de l’activité industrielle, il s'avère certain qu’à chaque crise le budget indispensable ne pourra être atteint, Et on se demande dès lors à quelles ressources pouvait faire appel l’ouvrier tisseur, au plus fort de la crise du début de la Monarchie de Juillet, pour parvenir à équilibrer son budget avec un gain quotidien de 90 centimes à 1 fr, 20.
$ 2, — Les ateliers dé charité.
Dans les périodes de crisés industrielles, afin de rernédier dans la mesure du possible à la misère des travailleurs, la municipalité troyenne ressuscite les méthodes de
(8) Mémoires de la Société d’Agriculture de l’Aube. Année 1847.
(9) Baron de Morôgues, La misère des ouvriers ét la marche à suivre pour y remédier:
(10) Ed. Dolléans, Histoire du Mouvement ouvrier, t. I, p. 20.
(11) Le salaire indiqué pour l’ouvrier troyen est un salaire moyen, mais si nous faisions porter notre étude sur celui du « tisseur en coton à, qui gagne de 1 à 1, 25, nous obtiendrions un budget bien inférieur.
l'Ancien Régime. Elle crée des ateliers de charité où sont admis « les ouvriérs qui élaient occupés dans les fabriques, telles que filatüre, tisséranderié, bonneterie et autres », s'ils sont porteurs d’un certificat « attestant qu’ils n’ont été renvoyés qu'à Cause de l'impuissance où les maîtres se trouvent de continuer à les employér (12). » Quatre ateliers sont ainsi établis en 1880, sur lès remparts et aux abords de la porte Saint-Jacques où les ouvriers sont payés au jour le jour et selon leur capacité : lés dépénses occasionnées sont couvertes par un emprunt émis à la même époque par le Conseil Municipal de Troyes (13).
$ 3. — Les conditions d'habitat.
Selon les témoignages de l’époque « les logements sont d’un aspect sordide et misérable (14). » L’hygiène déplorable est une cause fréquente de maladies et les épidémies trouvent un développement facile dans les taudis ouvriers. Des familles de quatre, cinq et six personnes occupent des cabinets qui n’ont pas plus de quinze à vingt-quatre mètres cubes de capacité. Un grand nombre même de ces réduits n’ont pas douze mètres cubes et les chambres dont la capacité paraît suffisante comportent des fenêtres dites à guillotine qui ne permettent pas à l’air de se renouveler facilément (15). »
On le vit lors de l'épidémie de choléra de 1833 qui fit à Troyes des progrès effrayants, particulièrement dans les quartiers populeux, très resserrés, où l’insalubrité était grande. Elle sévit particulièrement « contre la classe ouvrière, sur laquelle elle avait plus de prise, par suite de la misère et quelquefois de l’inconduite des individus (16). » On compta 734 décès, soit un individu sur 32.
Un manufacturier pourtant s'intéresse aux conditions de
(12) Archives de l'Hôtel de Ville de Troyes, série I. (13) Lettre-circulaire de Payns, maire de Troyes, du 11 décembre 1830. Archives de l'Hôtel de Ville de Troyes, série I.
(14) Germain-Martin, ouvrage cité, p. 343.
(15) Arsène Vauthier, Considérations sur le scrofule dans la ville de Troyes. Mémoires de la Société Académique de l’Aube, Année 1866.
(16) Annuaire de l’Aube. Année 1833.
logement de ses ouvriers, c'est celui qui dirige la manufacture de Lenclôs, à proximité de laquelle nous trouvons une petite cité ouvrière. Le personnel est logé dans « une rue construite le long du bief et très près de l’usine. Elle contient, de chaque côté, environ 15 maisons adhérentes de deux chambres chacune (17). » Et lorsque lé chef d’établissament s'aperçoit que le voisinage du bief leur procure une humidité nuisible, on le voit prendre aussitôt des mesures pour y parer. Mais cet exemple reste unique dans la région troyenne.
(17) Archives de l’Aube, M 12 b 1.