CHAPITRE VII
L'’agitation ouvrière.
Si nous parlons à dessein d’agitation ouvrière, c'est que le mouvement ouvrier, au sens politique du mot, fut inexistant dans l’Aube à cette époque. De même que sous l’Ancien Régime, les troubles qui se produisirent furent engendrés directement ou indirectement par la disette des céréales et la rareté des denrées.
Lorsque la crise industrielle coïncidait avec une disette de céréales qui provoquait l’enchérissement du prix du pain, « le peuple était pris comme dans un étau ou comme un honnête homme dans un cercle d’assassins (1). »
Les témoignages que nous avons recueillis de la détresse des familles ouvrières ne peuvent être considérés sans émotion, malgré le recul du temps. En l’an IX, alors que les transports de grains effectués vers Paris, les départements de l'Ouest et du Midi, entraînent la hausse du blé, et que la paralysie du commerce rend « la classe la plus nombreuse de cette ville très malheureuse », la municipalité de Troyes est assaillie de pénibles supplications, patientes ou véhémentes, dans lesquelles leurs auteurs se laissent parfois dominer par un mouvement de colère : les ouvriers n’ont plus rien à faire qu'à « crevé de misère », écrit un anonyme en l’an XII (?); « c’est forcé les honnêtes gens à devenir célérat, car la trop grande misère est un obstacle au salut aussi bien que la trop grande prospérité. Quand on à trop de misère l’on abandonne dieu, une fois que l’on a abandonné dieu, l’on est capable de tout (2). »
Un père de famille qui n’a plus que la ressource insuffisante de son travail, se plaint de ne pouvoir assurer la
(1) Martin Nadaud, Mémoires de Léonard, cité par Dolléans, Histoire du Mouvement ouvrier, t. I, p. 182.
(2) Archives de l'Hôtel de Ville de Troyes, série F 4.