‹ Les ouvriers du textile dans la Champagne troyenne: 1730-1852Chapitre 64 sur 80 · MONTE AU · texte numérisé non relu

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subsistance des siens ; « le cœur déchiré de faire à ses enfants des reproches de leur bon appétit », il « se refuse à lui-mâme son juste nécessaire pour ne pas les entendre pleurer de fin. » Le peuple qui a déjà beaucoup souffert, semble avoir atteint maintenant les limites de la patience : « il est moins dure de mourir sur un échauffant (sic) que de mourir de faim, on ne souffre pas si longtemps... »

Les services de police signalent qu’au marché du ? prairial an X, on n’entendait « de toutes parts que des gémissemens ; On voyait une fouie innombrabla de personnes verser des pleurs et demander à grands cris qu'on leur ôte la vie, comme étant pour elles un fardeau insupportable (3). »

Malgré cette profonde détresse, malgré Îles crises nombreuses qui se succédèrent jusqu'en 1848, la population conserva toujours un calme très digne. A part quelques troubles sans gravité au moment de l'ouverture des marchés, il ne se produisit jamais de manifestation importante, si ce n'est, en l’année 1847, une émeute sur iaquelle nous reviendrons.

Lors de la Révolution de 1830, le trouble politique survenant dans une période de cherté des grains, engendre quelques désordres. L'opposition au régime se manifeste non par des émeutes, mais par « une polémique ardente de la presse locale, par des affiliations à des associations politiques (4). »

A l'exception de quelques éléments isolés, la classe ouvrière reste à l'écart du mouvement républicain que l’on remarque à ce moment et dans les années qui suivent. L'agitation républicaine ne manque cependant pas une occasion de se manifester. En 1832, elle se traduit par la plantation d’un arbre de la liberté sur la place de la Préfecture, que le préfet, M. de SaintDidier, ne peut empêcher qu'en se pla-

(3) Lettre de Bosc et Ludot, membres du Tribunat à Lerouge et Mennessier, membres du Corps législatif, en date du 2 prairial an X. Archives de l'Hôtel de Ville de Troyes, série F 4,

(4) Alexandre Guénin, Troyes et le département de l’Auhe de 1789 à 1848, p. 386 et s. Mémoires de la Société d'Agriculture de l'Aube (1856).

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Gant dans le trou creusé à cet effet par les manifestants. En 1838, nouvelle démonstration républicaine, au cours des obsèques de M. Perrot, commandant de la garde nationale et chef de la « fraction la plus avancée de l'opinion libérale », qui se firent au chant de la Marseillaise.

La seule émeute populaire se produisit en l'année 1847, qui fut marquée par une pénurie de céréales.

Au marché du samedi 7 août, un cultivateur de Rouilly- Sacey ayant acheté du (blé à un boulanger au prix de 7 fr. 15 le doulble décalitre, alors que le prix courant n'avait pas dépassé 5 fr. 15 jusqu'alors, il se produisit un rassemblement houleux qui « grossit bientôt à la sortie des ate. liers et des fabriques et intercepta toute la rue de la Cité, depuis l’hospice Saint-Nicolas jusqu'à la Cathédrale. »

Les manifestants, qui se trouvaient être environ 3.000, empêchèrent d'allumer « les consoles à gaz du quartier » à la tombée de la nuit, et firent voler en éclats la devanture de la boulangerie au ehant de la Marseillaise.

Le calme put être rétabli vers minuit, mais le lendemain 8 août, vers six heures et demie, un nouveau rassemblement se formait devant la maison du boulanger dans laquelle les manifestants entraient de vive force : « des jeunes gens de quinze à vingt ans avaient escaladé les fenêtres et jetaient à la foule par toutes les issues les pains qui se trouvaient sous la main. »

Un autre groupe assez important, arborant un morceau d’étoffe noire au bout d’une perche, se dirigea vers le moylin Notre-Dame, où les sieurs Marot et Lutet qui, depuis la cherté des subsistances, faisaient « fabriquer et vendre du pain au-dessous de la taxe, » avaient fait disposer « tout la pain euit de manière à en effectuer facilement la distribution (5). »

Durant toute la journée, les boulangers vendirent le pain « à prix débattu, cessant d’invoquer la taxe », et le lendemain celui-ci était diminué de cinq centimes par kilog.

(6) Troubles arrivés à Troyes le samedi 7 et le dimanche 8 août 184% Archives de l'Hôtel de Ville de Troyes, série I.

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