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nal de police correctionnelle et passibles d’une amende de 16 à 100 francs. On considère qu’il y a récidive quand dans les douze mois précédents, une première contravention a été relevée.
Les « recommandations bienveillantes », n'ayant pas abouti, il ne reste plus qu’à employer les mesures répressives. En 1845 encore, des enfants interrogés par Lachave, en l'absence des maîtres qui les occupent, déclarent entrer à l'atelier à 5 heures du matin et en sortir à la nuit; certains l’assurent qu'ils n’ont aucun repos et sont obligés de manger en travaillant (34).
La situation de Lachave est très délicate, car äl se heurte aux membres de la Commission « dont l’incurie paralyse l'effet de la loi. » Grâce à une surveillance sévère et à des inspections fréquentes, il parvint cependant à aplanir bien des difficultés et ne rencontra plus d’obstacle sérieux, si ce n'est à la filature de Barberey, appartenant au manufacturier Fontaine-Gris. Celuici, par sa position sociale, est un des hommes les plus considérables de la ville de Troyes : membre du Conseii Supérieur des manufactures, ancien président de la Chambre et du Tribunal de Commerce, membre du Conseil Municipal, il fait également partie de la Commission de Surveillance, chargée d'assurer l’application de la loi de 1841.
Dès son entrée en fonctions, Lachave constate que les infractions se renouvellent constamment chez ce manufacturier, « qui tout en paraissant se conformer à la loi, cherche à en éiuder les dispositions contraires à ses intérêts. » Les ouvriers sont soumis à un régime très strict : les contremaîtres, deux Allemands, sont les plus impitoyables de toutes les filatures : « ils exigent un travail telement assidu qu'une absence de 5 minutes opère une retenue sur le salaire de la journée (35). »
En novembre 1843, au cours d’une de ses tournées d'’inspection, Lachave reçoit les plaintes d’un enfant qui déclare
(34) Archives de l’Aube, M 12 b 1.
(35) Archives de l'Aube M 12 b 1.
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avoir passé 4 nuits en 10 jours à travailler à la filature. Etant donnée la personnalité de Fontaine-Gris, l'inspecteur en réfère au Préfet avant de donner suite à l'infraction constatée ; ce dernier l'ayant assuré de son appui, le procèsverbal est transmis au Juge de Paix.
L’industriel intervient cependant auprès du Préfet et s'étonne « de la confiance de Lachave pour l'affirmation d’un enfant (36). » Sa démarche semble couronnée de succès, puisque plusieurs mois après, le Ministre fait part de sa surprise que le procès-verbal en question, « transmis au juge de paix du canton, soit resté entre les mains du commissaire de police chargé des fonctions du ministère public, sans recevoir aucune suite (37). »
Le Préfet, visiblement soucieux de se ménager les influences politiques de Fontaine-Gris, lui répond que les opinions politiques de ce dernier, « essentiellement conservatrices, lui ont suscité des ennemis, dont l'influence n’a peutêtre pas été étrangère à la rédaction du procès-verbal », et qu'il est d’ailleurs à regretter que Lachave ait « constaté sans avertissement préalable une contravention au sujet de laquelle » Monsieur Fontaine-Gris avait certainement fait les « recommandations les plus pressantes (38). »
Cette explication modifie l'attitude du Ministre et l’amène à passer l'éponge sur l'infraction pourtant flagrante, commise par un membre même de cette Commission de Surveillance chargée de veiller à la bonne exécution de la loi : « M. Fontaine-Gris comprend trop bien sans aucun doute la haute moralité d’une loi à l'exécution de laquelle il prête son concours comme inspecteur, pour ne pas l’appuyer encore, dans la haute situation industrielle qu’il occupe, de l’autorité de son exemple », et le procès-verbal dressé contre lui ne constituera qu’un « avertissement salutaire, »
(36) Celui-ci est d’aflleurs victime de sa déposition, puisqu'on apprend quelques jours plus tard que Fontaine-Gris l’a renvoyé de son usine.
(37) Lettre du 9 octobre 1844, adressée par le Ministre au Préfet de l’Aube. Archives de l’Aube, M 12 b 1.
(38) Lettre adressée le 13 oëtobre 1844 par le Préfet de l’Aube au
Ministre. Archives de l’Aube, M 12 b 1.
$ 4. — La condition des enfants après la loi de 1841.
La durée effective du travail des enfants dans les manufactures est désormais limitée, mais les deux heures d’enseignement scolaire qui s’y ajoutent, ne leur laissent pas beaucoup de temps de liberté.
Dans les manufactures de Troyes, où 125 enfants environ sont occupés, le travail commence le matin à 6 heures pour se terminer le soir à 20 heures pendant l'été, et à 7 heures 30 jusqu’à 21 heures durant l'hiver (39), soit environ 14 heures de présence et 11 heures de travail effectif, puisque de 9 à 11 heures, les jeunes ouvriers fréquentent l’école spéciale de la rue du Flacon, et que l'après-midi, une heure, de 2 à 3, est consacrée au repos.
Cet horaire est sensiblement celui de toutes les manufactures, celui des deux filatures d’Arcis-sur-Aube, de la filature de Lenclos, près de Bar-sur-Seine,
Le travail n’est pas fatigant en lui-même, mais il nécessite une certaine attention et oblige les enfants à conserver toujours la position debout : il consiste à « enlever les bobines épuisées et à les remplacer par d’autres et à renouer les fils qui se cassent de loin en loïn. » Dans les filatures de laine, la tâche des plus habiles consiste à « enlever les nœuds qui peuvent se trouver dans la laine au sortir du peigne (40). »
Les enfants qui travaillent dans les ateliers comprenant moins de vingt ouvriers, ou ceux qui sont employés dans les petits ateliers familiaux, échappent à la protection de la loi. Sous prétexte de ne pas troubler l'autorité paternelle et de ne pas violer le secret du foyer, le législateur a permis la continuation des abus et des excès, qui avaient pourtant été constatés et réprouvés.
Dans les petites fabriques de bas de la région d’Arcis-sur- Aube et de Romilly surtout, des enfants à peine en adoles-
(39) Archives de l’Aube, M 12 b 1.
(40) Les filatures d’Arcis emploient une dizaine d'’enfants, celle de Lenclos une trentaine, tous fils des ouvriers employés à la filature, Archives de l’Aube, M 12 b 1.