ABUS
Tour à tour, dans les années qui suivirent, les tanneurs et mégissiers, les ouvriers tailleurs, les menuisiers, ébénistes et tourneurs se réunirent en société de secours mutuels et firent appel à Laffrat pour « faire toutes les démarches et écritures nécessaires. »
De leur côté, les fileurs, les cordonniers et les peintres créèrent des sociétés mutualistes à l’imitation de celles qui existaient déjà, si bien que les statuts des neuf sociétés de secours mutuels qui se formèrent à Troyes durant la Monarchie de Juillet, ne présentent aucune particularité les uns par rapport aux autres (mises à part les différences résultant des conditions professionnelles), ayant tous été rédigés ou inspirés par les mêmes hommes.
A la Société de Secours Mutuels et de Prévoyance des Fileurs et autres de la Ville de Troyes, dont les statuts furent autorisés le 24 août 1845, les cotisations sont de 1 fr. 50 par mois (9).
Les membres malades reçoivent un secours quotidien de 1 fr, 25 centimes, et si la durée de la maladie excède l’année, une pension provisoire de 100 francs par an, prélevée sur chaque sociétaire par une cotisation extraordinaire.
Au cas d'incapacité de travail, celui qui a fait partie de la société pendant 15 ans au moins, touche une pension de 75 centimes par jour.
En dehors de la ville de Troyes, il ne se forme auçune société de Secours Mutuels dans le département, durant la Monarchie de Juillet, et l'existence de celles qui s’y créèrent entre 1848 et 1850 fut de courte durée,
La Société des Bonnetiers de Méry-sur-Seine fut fondée le 1% décembre 1849 (10), L'Association Fraternelle des Travailleurs du canton de Romilly (Société des Bonnetiers de Romilly), fondée en mai 4850, comprenait déjà 250 membres deux ans plus tard, pour la plupart bonnetiers,
(9) Statuts de la Société de Secours mutuels et de Prévoyance des Fileurs et autres de la ville de Troyes. Archives de l’Aube, M 3 € 3. (10) Archives de l’Aube, M 3 c 8.
Ces deux associations furent dissoutes par arrrêté du 15 janvier 1852 du « général commandant l’état de siège de la 6° subdivision militaire », pour avoir mené une activité politique, sous le couvert de la bienfaisance, « Composées d'hommes notoirement eonnus comme hostiles au gouvernement et imbus de principes subversifs, elles n'étaient en réalité qu'un foyer de propagande qu'il importait essentiellement à la cause de l’ordre de ne pas laisser subsister (11). »
Cette opinion sembierait devoir être confirmée par le fait qu'au mois de novembre 1850, soit six mois après sa fondation, la Société des Bonnetiers de Romilly comptait 130 membres, chiffre jamais atteint après plusieurs années d’existence par la société la plus florissante de Troyes,
On est done en droit de supposer que cette association menait une activité spéciale, plus propre encore que l’entr'aide et La solidarité à attirer les ouvriers.