‹ Les ouvriers européens (volume 2)Chapitre 12 sur 159 · LES TROIS CAUSES PRINCIPALES DE LA PROSPÉRITÉ. XV · texte numérisé non relu

LES TROIS CAUSES PRINCIPALES DE LA PROSPÉRITÉ. XV

régnait chez les pasteurs des premiers âges, et qui se retrouve de nos jours dans la Grande-steppe de l'Asie centrale. Elle se présente dans les localités où le sol, précédemment dépeuplé et partant disponible, est occupé par un patriarche assisté d'enfants et de serviteurs assez nombreux pour que la sécurité de la famille soit garantie. Dans cet état de société, dont la Bible rattache le type au nom d'Abraham, la propriété du sol n'a point le caractère individuel : le patriarche gouverne la famille en toute souveraineté; il est à la fois patron, pontife et roi. L'organisation sociale d'une steppe se complique à mesure que la population s'y multiplie. Quand celle-ci atteint tout son développement, les familles sont agglomérées par voisinages ou tribus dont l'origine remonte à un ancêtre commun. Les caractères de la propriété individuelle commencent à apparaître dans la station d'hiver de chaque famille; ceux de la communauté sont plus distincts sur le territoire que les familles d'une même tribu parcourent dans les autres saisons; enfin ceux du patronage sont encore plus marqués par les devoirs imposés au chef touchant la sécurité de la tribu. Mais, en général, les moyens de bien-être sont fondés sur l'abondance des herbes et assurés à tous, indépendamment de limites rigoureusement définies. La paix sociale ne peut guère être troublée par le manque de subsistance, tant qu'il y a soumission au Décalogue et à Tautorité paternelle. D'ailleurs, une famille mécontente de son sort peut ordinairement s'établir sur quelque steppe peu éloignée, rendue disponible par l'action des fléaux naturels. Enfin le titre du tome II est justifié par une autre circonstance essentielle: les familles, maintenues dans la tradition par des vieillards expérimentés, sont peu disposées au changement.

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