PATRONS ET DES OUVRIERS
Les mémorables enquêtes ouvertes depuis 1830 par le parlement anglais, touchant la condition des classes laborieuses, ont démontré jusqu'à l'évidence que l'excessive liberté laissée en Angleterre aux transactions privées, combinée d'une part avec l'antagonisme développé par le débat des salaires, de Fautre avec l'interruption périodique du travail, engendrait des calamités jusqu'alors inconnues dans l'histoire des nations civilisées. Il fut alors prouvé qu'il n'y avait pas de limites à l'abjection oîi pouvaient tomber les populations abandonnées sans protection à ces influences. Dès ce moment, les hommes d'État comprirent qu'il fallait abandonner, dans une certaine mesure, la doctrine absolue du Zamer-/atre^ qui tendait à se constituer et qui formait ce qu'on a justement appelé la religion économique du pays. L'intervention du gouvernement dans les relations des chefs d'industrie et des ouvriers fut résolue en principe. Ne cessant pas, d'ailleurs, d'apprécier à leur juste valeur les avantages inhérents au régime de la liberté, le gouvernement s'est borne tout d'abord à réprimer les abus les plus criants et ceux qui ailligeaient le plus l'humanité; mais, en même temps, il en a suivi la répression avec sollicitude et avec énergie, en prouvant qu'il ne s'arrêterait dans cette voie nouvelle qu'à la limite où les mœurs, prenant enfin l'initiative des réformes, rendraient inutile l'intervention du pouvoir souverain.
L'application du nouveau régime restrictif et réglementaire date de la loi du 29 août 1833 : celle-ci ne concerne, à la vérité^
que les enfants et les adolescents attachés aux noanufactures de tissus, mais elle établit des principes que des lois plus récentes ont développés et qui peuvent être considérés comme une véritable révolution dans la constitution sociale et dans les traditions administratives de l'Angleterre. Les dispositions tutélaires ayant pour objet de régler la durée et les autres conditions du travail ne sont point restées une lettre morte. Conformément auK habitudes pratiques du pays,. elles ont été mises en vigueur par l'intervention de quatre inspecteurs de manufactures investis du pouvoir de pénétrer, à toute heure du jour et de la nuit, dans les ateliers, de faire toutes les enquêtes, de recueillir sous serment tous les témoignages, et de promulguer tous les règlements jugés par eux nécessaires pour constater et assurer l'exécution de la loi. Ces inspecteurs sont, en outre, autorisés à juger les contraventions et à appliquer des amendes dont le maximum peut atteindre 500 francs. Un tel régime réglementaire suscita, pendant plus de 15 années, de très-vifs débats dans le sein du parlement, et mit sans cesse en présence deux écoles rivales. Celle qui repoussait l'esprit de la nouvelle législation se montrait surtout pénétrée des merveilles que la grande industrie avait réalisées en échappant à l'autorité des Guildes (viii, 17). Se fondant d'ailleurs sur la force des choses qui avait abrogé les anciennes restrictions et inauguré le système de la liberté illimitée des transactions, elle insistait pour le maintien du régime nouveau qui avait donné à l'Angleterre la suprématie commerciale sur tous les autres peuples. Les partisans de la liberté gémissaient sans doute de la triste condition des classes ouvrières; mais, loin de regarder leurs maux comme la conséquence de la liberté, ils n'y voyaient qu'un déplorable legs de l'ancien régime. Cette dernière assertion était celle qu'il fallait avant tout éclaircir : et l'éternel honneur de l'administration anglaise sera de n'avoir reculé devant aucune des études qui furent jugées nécessaires pour démontrer que ces symptômes de décadence étaient en réalité Tune des conséquences du régime nouveau, et pour porter, à cet égard, la conviction dans les esprits. Les innombrables enquêtes ouvertes sur tous les détails de la ques-