‹ Les ouvriers européens (volume 2)Chapitre 143 sur 159 · II · texte numérisé non relu

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43^i CH. IX. -- FONDEUR DES USINES A FER DU DERBYSHIRE.

iion ne laissèrent aucun doute sur rur2;ence des réformes : loin de renoncer au régime restrictif de 1833, le parlement, obéissant, souvent à contre-cœur, à une impérieuse nécessité, se trouva dans l'obligation de l'aggraver. C'est sous cette inspiration que furent rendus : l'acte du 10 août 1842, qui interdit le travail des mines aux femmes et aux jeunes garçons n'ayant pas 10 ans révolus ; l'acte du 6 juin 1814, qui modifie et réglemente par des prescriptions minutieuses plusieurs principes posés dans les deux actes antérieurs, et qui étend aux femmes de tout âge la règle du maximum de travail établie en 1833 pour les adolescents; l'acte du 8 juin 1847, qui abaisse à 10 heures par jour le maximum de travail établi par l'acte antérieur pour les adolescents et pour les femmes.

La vivacité des débats soulevés à l'occasion de ces diverses lois prouve que les opposants du parlement et de la presse ne furent pas convaincus par les votes successifs de la majorité. Mais cette opposition a cessé peu à peu, depuis que l'expérience a mis en lumière les avantages de la nouvelle législation. Les rapports des inspecteurs de manufactures signalent chaque année les excellents résultats qu'on en obtient. Dans plusieurs établissements anciens, la condition physique et morale des ouvriers cesse de s'empirer ; dans la plupart des autres, il y a progrès marqué. Les créateurs des usines fondées depuis l'inauguration du nouveau régime se sont plus préoccupés que ne le faisaient leurs devaaciers de placer leurs ouvriers dans des conditions permanentes de bien-être et de moralité. Tout en respectant la liberté individuelle, qui reste la tendance dominante de cette époque, ils commencent à reprendre les traditions de solidarité auxquelles l'Angleterre semblait avoir renoncé pour toujours. En entrant dans cette voie, ils considèrent surtout que le parfait accord des chefs et des ouvriers est le seul moyen de préserver leur industrie des difficultés au sujet desquelles le gouvernement est dorénavant décidé à intervenir. Cet effet préventif, auquel se joint la pression de l'opinion publique et de l'esprit chrétien, est une des conséquences fécondes de la législation nouvelle.

L'Auteur des monographies a eu souvent l'occasion de con-

stater les heureux résultats de ces tendances. Plusieurs établissements métallurgiques, récemment élevés dans diverses parties de l'Angleterre, ont été systématiquement fondés sur le principe de la solidarité et du patronage. Les propriétaires qui les ont créés n'ont pas pensé qu'il leur fût permis de réunir une nombreuse population, sans prendre l'engagement de lui fournir au moins les plus indispensables éléments du bien-être physique et moral. Ils gagnent la confiance et la reconnaissance des ouvriers en leur faisant comprendre que ce minimum de bienêtre ne leur fera jamais défaut. Ils complètent spontanément le salaire, aux époques de prospérité, aussi largement que le comporte la nature des choses ; et ils obtiennent aisément, aux époques de crises, que les ouvriers se résignent temporairement à une réduction de salaire et aux privations qui en sont la conséquence. En fait, dès que l'esprit de bienveillance et de justice qui inspire ces administrations a établi la confiance, tous les embarras qui se rattachent ailleurs à la fixation du salaire disparaissent comme par enchantement.

L'usine du Derbyshire à laquelle est attaché l'ouvrier décrit dans la présente monographie se trouve précisément placée dans ces conditions. D'autres usines plus considérables du nord de l'Angleterre adoptent les mêmes principes. Dans l'une de ces usines, à laquelle est attachée une population de 15,000 personnes, on retrouve avec un vif intérêt les principaux éléments de solidarité qui unissaient, dans l'ancienne constitution britannique, les patrons aux ouvriers, et qui sont signalés dans les trois premiers chapitres du présent volume. L'inspecteur chargé de veiller, dans ce district, à l'application des lois nouvelles, après avoir indiqué dans un rapport otliciel l'excellente influence du système de subventions établi par la compagnie propriétaire, fait remarquer qu'elle a obtenu les plus heureux résultats, en revenant a la « vieille coutume du Northumberland » qui consiste à engager les ouvriers à l'année. En fait, depuis quinze ans, il ne s'est point présenté, dans cette usine, une seule difliculté relative au règlement des salaires.

Les divers types d'ouvriers anglais décrits dans le présent

volume résument assez bien les principaux traits de Torganisation industrielle de l'Angleterre et des réformes considérables qui s'y introduisent depuis 1833. Ils mettent en lumière l'esprit de persévérance qui distingue, en ce pays, l'administration publique.

Les ouvriers peu intelligents, dépourvus de prévoyance, et en relation avec des chefs d'industrie animés de l'esprit d'individualisme (vi et vu), vivent dans une situation précaire. Ce mal n'est allégé en rien par la taxe des pauvres, aussi longtemps que la famille, conservant l'espoir d'échapper aux dernières atteintes de la misère, refuse de se dissoudre.

Les ouvriers placés dans la même situation, mais qui peuvent recourir, dans un grand centre industriel, aux ressources de l'association, commencent à trouver, dans le principe de certaines Unions (vu, 21), les moyens d'échapper aux dures privations qui résultent pour eux de la mauvaise concurrence et de l'antagonisme des classes. Ces solutions, toutefois, n'offrent encore que des germes d'organisation ; elles présentent de graves dangers pour l'ordre public, même en Angleterre ; elles seraient inapplicables d'ailleurs dans toute société où l'esprit de conciliation ne régnerait pas au plus haut degré avec le respect de la loi et de la liberté individuelle.

En Angleterre, comme dans le reste de l'Europe, les ouvriers placés dans la meilleure condition sont ceux dont le bien-être repose sur la moralité et la prévoyance. Cet heureux état de choses est souvent assuré, en Angleterre comme chez les autres peuples du Nord, par la solidarité qui unit le patron à l'ouvrier : tantôt l'union repose sur la nature du travail (viii, s) ; tantôt elle résulte, comme dans l'usine présentement décrite (13), d'une réaction intelligente et généreuse des patrons contre les habitudes d'antagonisme qui, vers 1833, menaçaient de scinder la société anglaise en deux camps ennemis.

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