‹ Les ouvriers européens (volume 2)Chapitre 148 sur 159 · CARACTÈRES SPÉCIAUX DES CHANGEMENTS DANS LES TROIS GROUPES DU NORD · texte numérisé non relu

CARACTÈRES SPÉCIAUX DES CHANGEMENTS DANS LES TROIS GROUPES DU NORD

Toutes les régions du Nord ont subi les deux influences que je viens de signaler : elles ont participé avec empressement aux améliorations introduites dans la pratique des arts usuels ou dans l'emploi de leurs produits; elles ont

plus ou moins résisté, sous le règne dominant de la loi morale, à la corruption engendrée trop souvent par les progrès du bien-être matériel. On doit constater, toutefois, de grandes différences dans les initiatives qu'elles ont prises comme dans les influences qu'elles ont subies. Cette diversité se lie à des causes qui ont exercé de tous temps une action prépondérante sur le bonheur et le malheur des hommes. Ces causes nous sont incessamment signalées par tous les événements de l'histoire; et l'étude comparée des faits, que nous offrent, depuis un quart de siècle, les six régions du Nord, suffirait au besoin pour les mettre en pleine lumière. Les innombrables phénomènes de la souffrance et de la prospérité de§ peuples ne sont, à vrai dire, que le résultat des sentiments inspirés par le vice et la vertu. Ils sont la manifestation extérieure du travail latent qu'opère dans les âmes la lutte éternelle du bien contre le mal. Or l'étude de l'histoire et l'observation des sociétés contemporaines s'accordent pour nous désigner les deux auxiliaires principaux du bien et du mal, du vice et de la vertu. Deux peuples qui, à un moment donné, se montrent également soumis aux prescriptions du Décalogue marchent, en général, si les lieux diffèrent beaucoup, vers des destinées contraires : le règne du bien est d'autant mieux assuré que la subsistance est plus restreinte par la rareté des sols fertiles et parles rigueurs du climat. Le règne du mal tend à prévaloir si la fécondité et la situation des lieux, amenant la prospérité matérielle, se prêtent à l'agglomération des familles. Toutefois, il n'y a rien de fatal ni d'absolu dans le rôle de ces forces physiques ; et les sociétés, selon l'usage qu'elles font de leur libre arbitre, peuvent toujours, en changeant leurs idées, leurs mœurs ou leurs institutions, faire naître successivement la prospérité, la souffrance ou la ruine.

§ 3. CUANGEMENTâ DANS LE PREMIER GROUPE. ^U

: Ces vérités se présentent à l'esprit quand on obsqrve les caractères spéciaux des changements survenus depuis 1855 dans la constitution sociale des six grandes régions du Nord. Pour simplifier, autant que possible, cette démonstration, je m'altacherai uniquement aux faits principaux, et je grouperai ces régions en trois unités, savoir : les États Scandinaves, la plaine saxonne (iv, 17) et la Néerlande, la Grande-Bretagne et ses essaims de la Nouvelle-Angleterre.

Page 1