‹ Les ouvriers européens (volume 2)Chapitre 15 sur 159 · XVIII CONSTITUTION SOCIALE DES RACES DU NORD · texte numérisé non relu

XVIII CONSTITUTION SOCIALE DES RACES DU NORD

ruine que par l'appui des types stables, ou simplement ébranlés, auxquels leur sort reste lié par l'ancienne constitution qu'elles s'acharnent à détruire. La lecture des introductions placées en tête de ces volumes met en lumière les faits sociaux que la présente introduction devait simplement indiquer.

Les causes ou les institutions que je viens de rappeler ne sont pas les seules dont l'existence ou l'absence amène la prospérité ou la souffrance des sociétés. Il en existe beaucoup d'autres parmi lesquelles «les lois » figurent au premier rang. Les questions que soulèvent la création et l'usage des lois donnent lieu à des erreurs et engendrent des conflits qui désolent aujourd'hui l'Occident. Dès le début de mes études sociales, je me suis heurté à ces questions. Mes doutes n'ayant point été levés par l'opinion des légistes de profession, j'ai appliqué à cette branche de faits sociaux la méthode qui m'a réussi pour les autres : j'ai apprécié la valeur des lois par leurs résultats; et j'ai vérifié l'exactitude de mes jugements auprès des autorités sociales qui, en chaque localité, possèdent la confiance et Taffection de leurs serviteurs et de leurs voisins. Dans cette voie sûre, j'ai été fixé peu à peu sur le principe des lois : le doute a été remplacé par la conviction ; et je puis la résumer ici en peu de mots.

Dans l'extrême Orient, les sociétés patriarcales soumises aux prescriptions de la loi suprême ne sentent nullement le besoin de la voir formulée par écrit dans un texte. Gomme leur ancêtre Abraham, les chefs de famille transmettent par tradition orale la connaissance des dix commandements. Ils s'en inspirent journellement pour régler, à la satisfaction de tous, les rapports mutuels du père, de la mère, des enfants, des proches parents et des serviteurs. Ils procèdent de même, en ce qui touche les

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rapports mutuels des familles constituant un voisinage ou une tribu \ L'application constante de ces règles, dans une vie simple dont tous les éléments restent invariables, crée des « coutumes », c'est-à-dire des lois d'autant plus puissantes que, n'étant point écrites, elles sont gravées dans le cœur de chacun. Ces sortes de lois ne sont point suspectes au peuple, puisque c'est lui qui les fait à sa convenance. Elles ne fournissent point aux gouvernants des moyens d'oppression, puisque les gouvernés sont chargés de l'exécution ; et, comme elles dérivent d'une distinction nette du bien et du mal, elles ne sauraient être faussées au gré d'aucun intérêt particulier. En fait, elles résolvent

J\. M. l'abbé Hue, qui a visité le pays des Mongols pendant les années 1844- 1 846, démontre par une foule de citations la supériorité morale que conservent plusieurs de leurs races sous l'empire de coutumes séculaires. Je transcris ici deux de ces citations extraites des Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, t. I", ch. VIII. La première concerne le pays des Ortous et signale le respect accordé au bien d'autrui. La seconde se rapporte au pays des Khalkhas; il décrit les excellents rapports qui existent entre les maîtres et les serviteurs liés les uns aux autres par un régime d'engagements forcés.

« L'empereur Khang-Hi, dans le cours de son expédition contre les Éleuts, en 1696, fit quelque séjour parmi les Ortous. Voici ce qu'il disait de ce peuple dans une lettre écrite au prince son fils, resté à Péking : « Jusqu'ici, dit-il, je « n'avais point l'idée qu'on doit se former des Ortous; c'est une nation très- « policée et qui n'a rien perdu des anciennes coutumes des vrais Mongols. Tous « leurs princes vivent entre eux dans une union parfaite, et ne connaissent « point la différence du tien et du mien. Il est inouï de trouver un voleur (( parmi eux, quoiqu'ils ne prennent aucune précaution pour la garde de leurs « chameaux et de leurs chevaux. Si par hasard un de ces animaux s'égare, celui (t qui le trouve en prend soin, jusqu'à ce qu'il en ait découvert le propriétaire, « et il le lui rend alors sans le moindre intérêt. »

« Cette citation, que nous empruntons à l'abbé Grosier, est en tout point conforme avec ce que nous avons pu remarquer chez les Ortous. Il paraît que, depuis le temps de l'empereur Khang-Hi, ces peuples n'ont nullement changé. »

« Dans le pays des Khalkhas, au nord du désert de Gobi, on trouve une contrée entièrement occupée par les Tailsi; on les croit descendants do la dynastie mongole, fondée par Tchinggiskhan, et qui occupa le trône impérial depuis l'an 1260 jusqu'en 1341. Les Taitsi passent leurs jours dans la plus grande indépendance, sans être soumis à aucune charge» sans payer de tribut à personne et sans reconnaître aucun souverain. Leurs richesses se composent

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