XXXIV CONSTITUTION SOCIALE DES RACES DU NORD
lant qu'elles restent disponibles, sont le plus sûr moyen de bien-être pour les ouvriers, parce qu'elles ont la permanence des lois naturelles. Au contraire, les trois principales institutions de la sécurité sont parfois annulées par les discordes intestines des communautés, par l'imprévoyance des ouvriers-propriétaires, par la corruption des hommes et surtout par l'égoïsme des patrons. Dans les constitutions sociales du Nord, comme dans celles de l'Orient, tous ces moyens de sécurité se trouvent réunis : les plus pauvres ouvriers ont tout au moins la communauté de la famille, la propriété du foyer patrimonial et le patronage du père; tous récoltent, en outre, avec une abondance extrême, les productions spontanées du sol ou des eaux.
Dans la répartition actuelle des populations à la surface du globe, les productions spontanées ont, au point de vue social, une importance qu'on ne soupçonne guère en Angleterre et dans les localités de l'Occident, où les ouvriers ont pour unique moyen d'existence le salaire manufacturier. Complétées par de petites industries domestiques, ces productions sont l'unique moyen d'existence de nombreuses races sauvages. Gomme l'indiquent, avec de minutieux détails, nos budgets domestiques, elles apportent, presque partout, une addition notable au bienêtre des ouvriers européens. C'est notamment ce qui a lieu dans la plupart des régions du Nord.
En Suède et en Norvège, les forêts qui occupent la majeure partie du territoire fournissent d'ordinaire à titre gratuit le bois de chauffage qui, sous ce climat rigoureux, est un moyen indispensable d'existence; elles livrent également les bois d'œuvre qui sont la matière principale des habitations, des meubles, des ustensiles domestiques et des outils. Conjointement avec les forêts, les friches, les marais, les lacs et les rivières offrent aux populations
§ 6. l'abondance des productions spontanées. XXXV
éparses sur le territoire deux sortes de ressources : des pâturages où se nourrissent d*excellentes races laitières de rennes, de chèvres et de vaches, avec d'autres animaux domestiques ; des récoltes variées en gibiers de terre et d'eau, en poissons, en champignons et en fruits-baies. Ces ressources diminuent à mesure qu'on s'avance vers le midi et l'occident sur les territoires plus peuplés du Danemark, du Slesvig, du ; Holstein, du Mecklembourg, du Hanovre; mais la tradition en assure encore le bienfait aux ouvriers, même au milieu des agglomérations manufacturières qui se créent aujourd'hui à l'ouest de la plaine saxonne (iv, 20). En Néerlande et en Grande-Bretagne, les forêts et les friches ont été en grande partie attribuées à la culture; et elles ne procurent plus aux ouvriers des ressources notables que dans certaines régions de marais ou de montagnes. En revanche, la pêche côtière ou fluviale et les houillères qui sont des productions spontanées du sol, accumulées par les forces géologiques, offrent à ces populations une compensation partielle. La houille pour le chaufiFage domestique n'est pas, il est vrai, livrée partout à titre gratuit aux ouvriers ; mais, en beaucoup de localités, le prix de vente n'excède guère les charges qu'impose à chaque famille sur le Continent la récolte de la quantité équivalente de bois.
Les populations de la Grande-Bretagne ont d'ailleurs une autre compensation : elles continuent à jouir, à un plus haut degré que celles du rivage opposé, des productions spontanées que le Gulf-stream multiplie dans la mer du Nord.
Le Gulf-stream est un des plus grands phénomènes naturels de l'hémisphère boréal : c'est celui qui contribue le plus à maintenir le bien-être et l'homogénéité dans les constitutions sociales des peuples du Nord. Les sources