XXXVI CONSTITUTION SOCIALE DES RACES DU NORD
de ce puissant courant d'eau chaude sont fort éloignées des lieux où se produisent les effets qui sont souvent signalés dans ce volume. Au nord de l'Equateur, les vents alizés, soufflant constamment vers l'ouest, accumulent sur la côte des Guyanes, dans la mer des Antilles, puis dans le golfe du Mexique, une masse énorme d'eaux chaudes. Entrée au midi par le canal de Yucatan dans le golfe, cette masse continue à s'y échauffer et à s'élever au dessus du niveau moyen de l'océan; elle en sort, au nord, par le canal de Bahama.
Le courant se dirige ensuite du Midi au Nord parallèlement à la côte orientale de l'Amérique. Il en est séparé par un courant d'eau froide large de 50 à 100 kilomètres qui se dirige, en sens contraire, vers le midi et ramène en partie vers l'équateur les eaux de l'océan. Arrivé à l'obstacle que lui opposent l'Ile et les bancs de Terre-Neuve, le Gulf-stream est rejeté vers l'est. Enfin, parvenu aux côtes européennes, il est infléchi par la Manche, par les rivages de la mer du Nord et surtout par ceux de l'Ecosse, vers le cercle polaire qu'il atteint entre l'Islande et la côte de Norvège.
Dans la première partie de son cours, devant les côtes de la Floride, le Gulf-stream peut être considéré comme un fleuve puissant, variant selon l'ordre des saisons, ayant moyennement une largeur de i 00 kilomètres, une profondeurde 1/2 kilomètre, une vitesse de 5 kilomètres à l'heure et une température de 30^ centigrades. Cependant il n'est pas renfermé, comme un fleuve terrestre, dans des limites invariables; et, dans son parcours de 12,000 kilomètres, il subit de profondes variations. 11 s'amincit rapidement et prend en largeur un accroissement proportionnel. A l'inflexion de Terre-Neuve, cette largeur dépasse 600 kilomètres ; sur les côtes occidentales de l'Europe, elle embrasse
§ 6. l'abondance des productions spontanées. XXXVII
les 2,000 kilomètres compris, du sud au nord, entre le promontoire du Finistère, en Galice, et les îles Féroë. Quant aux différences de température qui existent en hiver entre Tair et l'eau, c'est-à-dire au résultat qui intéresse le plus les régions du Nord, le changement est beaucoup plus prononcé aux deux extrémités du courant. A la source, près de la Floride, la température du Gulf-stream est parfois inférieure à celle de l'air. Dans le parcours indiqué ci-dessus, le fait inverse est permanent et devient de plus en plus marqué. L'excédant de la température de l'eau sur celle de l'air dépasse souvent iO* à Terre-Neuve, 15** dans la Manche et 25° en Norvège.
C'est surtout par ce phénomène que le Gulf-stream exerce une action prépondérante sur les constitutions sociales du Nord. Les eaux chaudes du courant réchauffent les rivages; elles émettent des vapeurs qui, transformées dans une atmosphère froide en nuages, en brouillards et en pluie, vont réchauffer les territoires contigus à la mer. Cette influence se fait particulièrement sentir sur les côtes frappées par le centre du courant : tel est le cas pour l'ouest de la Manche, l'Irlande, les Hébrides et les lies qui s'étendent au nord de l'Ecosse et surtout pour les côtes de Norvège situées au nord du 60^ degré. Elle se fait également sentir sur tous les rivages de la mer du Nord, soit par le contact des flots qui y pénètrent par le Nord et le Midi, soit surtout par l'action des vents dominants qui, soufflant des horizons compris entre le Nord et l'Ouest, apportent aux rivages la chaleur et l'humidité du Gulf-stream. Grâce à ces précieux véhicules, les pâturages, les terres arables et les forêts du Nord prennent une fécondité qui n'existe point ailleurs sous les mêmes latitudes. Cet différence est telle qu'en Norvège les forêts offrent, avec une supériorité de puissance productive, les