‹ Les ouvriers européens (volume 2)Chapitre 33 sur 159 · XXXVIII CONSTITUTION SOCIALE DES RACES DU NORD · texte numérisé non relu

XXXVIII CONSTITUTION SOCIALE DES RACES DU NORD

sortes d'arbres qui, à l'orient de l'Europe, ne prospèrent que sous des latitudes plus méridionales. Dans les Alpes Scandinaves, l'échelle de la végétation forestière, comparée à celle des monts Oural, est reculée de 5^ vers le Nord

(il, 21).

L'opinion est maintenant fixée sur l'heureuse influence du Gulf-stream, en ce qui touche les productions spontanées des pâturages et des forêts ou les produits des champs : il n'en est pas de même en ce qui touche les productions spontanées de la mer. En cette matière, l'incertitude est due à l'ignorance qui semble régner encore, dans l'art de la pèche, sur la nourriture des poissons et les migrations des espèces qui jouent un rôle important dans l'alimentation des peuples du Nord. Les pécheurs et les marins que j'ai souvent consultés ont, à cet égard, deux opinions extrêmes.

Selon les premiers, chaque poisson a des lieux de naissance et d'alimentation qui lui sont propres. Les poissons émigrants sont ceux qui trouvent dans des lieux différents les conditions favorables à leur reproduction et les poissons plus petits dont ils se nourrissent. Le Gulf-stream, fleuve sans parois solides, ne saurait être un lieu de reproduction ; et, dépourvu de poissons spéciaux à son cours, il n'est pas non plus un lieu d'alimentation. Il ne saurait donc être considéré comme un moyen de fécondité pour la mer du Nord que ses eaux longent et traversent.

Les seconds admettent les mêmes faits, notamment au sujet des poissons émigrants; et, comme preuve, ils insistent sur les causes, désormais avérées qui président aux migrations périodiques du saumon (ii, 2 2). Ils admettent également que les espèces alimentaires fournies par la pêche se nourrissent d'espèces plus petites ; mais ils arrivent à une autre conclusion touchant l'utihté sociale du

§ 6. l'abondance des productions spontanées. XXXIX

Gulf-stream. Dans leur opinion les poissons ne se nourrissent pas seulement d'espèces plus petites : ils sont organisés pour s'assimiler les animalcules infiniment petits qui abondent dans toutes les eaux marines et qui y sont en quelque sorte à l'état de dissolution. Ce dernier moyen d'alimentation semble même être exclusif pour les espèces de mollusques et de madrépores qui ne peuvent poursuivre une proie et qui s'assimilent, dans une immobilité complète, la matière animale de leur organisme, comme les matériaux calcaires de leur habitation. Ces animalcules marins se développent avec une abondance prodigieuse dans les eaux chaudes des tropiques. Le Gulfstream qui les charrie est une eau essentiellement alimentaire : elle apporte donc la fécondité aux bancs de Terre- Neuve et à la mer du Nord. Plusieurs autres causes démontrent l'utilité sociale du Gulf-stream. Ainsi, par exemple, dans les hivers les plus rigoureux, il préserve de toute congélation en Norvège les eaux poissonneuses du West-fiord et des îles Lofifoden : il permet donc en tous temps des pêches abondantes jusque sous le 70^ degré, tandis que dans l'hémisphère austral, la mer est rarement accessible au-delà du 60* parallèle.

Le Gulf-stream est donc, pour toutes les régions du Nord, un élément de bien-être matériel. Ses eaux chaudes y favorisent, en toute saison, les productions spontanées de la mer, des friches et des forêts, comme la fonte lente des neiges accumulées pendant l'hiver sur les steppes de la Haute-Asie développe au printemps la luxuriante végétation des herbes (II, In. 3). Ces libéralités de la nature remédient d'ailleurs en partie, dans le Nord comme dans l'Orient, aux fléaux déchaînés par la corruption des hommes : elles sont toujours prêtes à réparer les désastres qu'engendrent, après une longue prospérité, les abus éma-

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