‹ Les ouvriers européens (volume 2)Chapitre 47 sur 159 · III. A · texte numérisé non relu

III. A

50 en. I. — rouGKRON des usines a fer de dannemora.

On trouvera d'utiles sujets d'étude en comparant les avanta.^esde cette antique organisation industrielle avec les inconvénients amenés, dans plusieurs autres districts métallurgiques de rEuroi)e, par l'abrogation brusque des institutions qui régissaient autrefois la propriété forestière.

SUR l'ouganisaïion des communautés de paysans exploitant

LES PETITIvS FORGES DU WERMLAND.

Les paysans (21), qui, dans l'organisation décrite au § 1^" de la présente monographie, apportent leur concours aux forges exploitées pour le compte d'un grand propriétaire, emploient ailleurs d'autres combinaisons pour tirer parti de leur bois, de leur travail et de leurs animaux de trait. L'association leur a fourni le moyen de s'élever à la grande industrie et d'exploiter eux-mêmes des hauts fourneaux et des forges. Ces usines de paysans abondent particulièrement dans l'ancienne province du Wermland, au nord du lac Wénern, à proximité des riches mines de fer de Persberg et de Nordmark. Elles ont été établies à une époque déjà ancienne. L'histoire de ces établissements, rapprochée de celle des communautés agricoles et industrielles de la Russie (II, m, 19), suffirait seule pour prouver que les anciennes institutions économiques de l'Europe avaient pourvu au progrès des classes ouvrières d'une manière plus efficace que ne l'ont fait, à une époque récente, certaines institutions créées avec retentissement dans le but de donner à l'industrie un caractère plus démocratique.

Les usines de paysans ont parfaitement résolu pour l'industrie du fer le problème du travail en commun qui provoque en Occident tant de solutions chimériques. Elles prouvent qu'avec de sévères règlements et le concours des mœurs publiques il est possible, à la rigueur, de concilier les exigences de l'individualité humaine avec les avantages de la communauté, même pour les industries qui semblent le moins se prêter à cette convenance.

La propriété d'un haut fourneau de paysanâ, dans le Wermland, est subdivisée en parts appartenant à des associés dont le nombre varie de 6 à 12. La production annuelle y est fixée, comme on Ta indiqué ci-dessus (22), parles règlements mêmes du Bergslag; d'un autre côté, la rareté des eaux motrices et surtout la nécessité de pourvoir aux récolles de foins et de céréales obligent les exploitants à mettre le fourneau en chômage durant une partie de la belle saison. En partant de ces données premières et du droit qui lui est acquis dans l'usage de la propriété commune, chaque paysan associé détermine à l'avance le nombre de jours pendant lequel il peut user du haut fourneau et la quantité de fonte qu'il y doit produire. Il exploite et prépare en conséquence les provisions de minerai, de combustible et de fondant, dont il a besoin; il en effectue le transport pendant la saison la plus convenable et en opère le dépôt dans le magasin qui lui est attribué. Chaque paysan associé vient ensuite à tour de rôle faire emploi du fourneau. Des règlements assez complexes, mais qui, dans la pratique, ne soulèvent ni embarras ni conflits, répartissent équitablement entre les associés les avantages et les inconvénients de l'industrie, et spécialement ceux qui se rattachent à l'inégale consommation du combustible. La fonte de fer, en effet, ne se produit pas dans les mêmes conditions à toutes les époques de la campagne d'un haut fourneau. Au début et lorsque l'appareil n'est encore chauffé que d'une manière imparfaite, celui-ci donne peu de fonte en consommant beaucoup de charbon. Cet état de choses s'améliore progressivement jusqu'au milieu de la campagne, qui correspond à la plus grande production journalière et au roulement le plus économique. Le travail devient ensuite de moins en moins avantageux jusqu'à ce que, le fourneau étant dégradé et les approvisionnements épuisés, on se décide enfin à cesser la fusion. On tient compte de ces circonstances en répartissant entre tous les associés les périodes de jouissance : chacun d'eux revient au moins à trois reprises différentes participer aux chances des diverses époques de roulement. Le fourneau est dirigé par un fondeur assisté d'un certain nombre d'ouvriers. Ce personnel, choisi et rétribué

5S en. I. — FORGERON DES USIÎS'ES A FER DE DANNEMORA.

par l'association, est successivement renforcé par les divers associés, secondés eux-mêmes par leurs enfants ou par les aides attachés à leur exploitation agricole. Pendant les premières semaines de la mise en feu, où la consommation de combustible est fort considérable, la fusion s'opère au compte de la communauté. Dans cette période exceptionnelle, chaque associé prend part à la fourniture des matières premières et au partage des produits, en proportion de son droit de propriété.

Les usines à fer fonctionnant d'après ces principes ne se sont jamais établies sous l'influence du nouveau régime économique de l'Occident. Celles qui subsistent encore en Weslphalie et en Lombardie ne peuvent guère résister à la concurrence des usines exploitées avec l'esprit d'initiative et les puissantes ressources de riches particuliers ou de compagnies financières. Elles se conservent en Suède sous l'égide de la législation des Bergslags(2 2), et à la faveur de coutumes locales appropriées aux convenances de paysans ayant pour unique moyen d'action une faible part de propriété et le travail de leurs bras. En effet, c'est surtout pour les fourneaux de paysans que les circonscriptions forestières ont été fixées en Suède avec une précision rigoureuse. Il n'y est point permis à un maître de forges de brûler dans son propre fourneau aucune partie du charbon attribué par les règlements au fourneau d'une communauté de paysans. Un de ceux^ ci peut renoncer à l'usage de son droit de propriété : il est libre de céder ce droit et de vendre son combustible à un autre maître de la même communauté; il lui est même facultatif de vendre son bois sur pied, à la condition toutefois de contribuer à l'approvisionnement du combustible nécessaire à la mise en feu du haut fourneau. Mais il n'en peut rien céder, comme on vient de le dire, au propriétaire d'un fourneau rival. En cas de contravention, chaque paysan associé est frappé d'une amende de 11^ 70 par chaque tonne de charbon détournée de sa destination régulière. L'utilité de cette partie du règlement est évidente : elle a pour objet d'empêcher l'extinction graduelle des fourneaux de paysans au profit des fourneaux de riches propriétaires. Le droit commun des associés serait illusoire, s'il

était permis à Tun d'eux de diriger vers un établissement rival une partie des forces productives de la communauté, et de ne point contribuer aux cbarges de l'exploitation.

Considérées dans leur organisation technique et commerciale, les communautés de fondeurs de la Suède, de même que les communes industrielles de la Russie (II, m, 19), offrent moins d'éléments de progrès matériel que les usines et les manufactures possédées à titre individuel. Mais il faut constater qu'au point de vue moral les institutions de ce genre ont joué un rôle important, aussi bien en industrie qu'en agriculture, dans l'ancien régime européen. Si donc les tendances modernes, qui détruisent en ce moment les derniers vestiges de ces institutions dans le midi et dans l'occident de l'Europe, devaient également provoquer la ruine de celles qui subsistent dans le Nord et dans l'Orient, il y aurait à rechercher dès à présent comment pourront être comblés les vides produits par cette destruction. La transformation qui devient imminente aura surtout pour résultat de convertir les petits chefs de métier du Wermiand en simples salariés devenus étrangers aux bénéfices de l'industrie et privés désormais des avantages propres au régime de la communauté. Les ouvriers qui veulent conserver à tout prix l'entier exercice de leur libre arbitre, ceux surtout auxquels l'égoïsme, le vice et Terreur refusent les bienfaits du patronage, seront de plus en plus exposés aux dangers de l'isolement. Dans cet état de souffrance, ils seront toujours amenés à demander la sécurité ou l'indépendance au principe de la communauté, sans se rendre compte des obstacles créés par leurs défaillances intellectuelles et morales. D'un autre côté, la force des sociétés modernes se trouve dans la substitution graduelle de l'initiative individuelle à l'action collective; et le plus grand danger qu'elles aient à redouter vient de la rupture d'un juste état d'équilibre, qu'il faudrait maintenir entre ces deux principes. L'art du gouvernement consiste en grande partie à les concilier.

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