ÉTAT DU SOL, DE L'INDUSTRIE ET DE LA POPULATION
Le royaume de Hanovre offre à ses extrémités deux constitutions sociales fort différentes. Le contraste réside surtout dans l*ordre matériel : il apparaît dans la nature des travaux, qui est elle-même la conséquence de la diversité des lieux; mais l'uniformité règne, au fond, dans les sentiments qui président aux rapports mutuels des patrons et des ouvriers. Ces nuances sont fort apparentes, notamment : au midi, dans les montagnes, les forêts et les mines du Hartz; au nord, dans les plaines rurales,
400 Cn. III. — MINEUR DES CORPORATIONS DE MINES DU HAUT-IIARTZ.
et surtout à l'est dans celle de Lunebourg. La présente monographie a pour objet principal de décrire la constitution sociale de ces deux subdivisions du royaume de Hanovre.
L'ouvrier du Haut-ïïartz, auquel se rapporte le titre principal de la monographie, demeure dans la ville de Clauslhal, près des mines d'argent et de plomb ouvertes à 700 mètres au-dessus de la mer. Ce groupe de montagnes, dominé par le Broken, est situé vers la limite commune des plaines du Hanovre, du Brunswick, des duchés d'Anhalt, du Brandebourg, du Mansfeld et du pays de Stolberg. Le sol se compose principalement de schistes argileux de transition, au milieu desquels sont enclavés de puissants filons métallifères, exploités depuis neuf siècles. Le climat très-rigoureux, vu la latitude (51° 48') et l'élévation considérable du sol au-dessus de la mer, est peu propre à la culture des céréales, des fruits, des pommes de terre et de la plupart des légumes; le jardin attenant à chaque maison ne produit guère que des choux et quelques salades ou légumesépices. Les montagnes du Hartz sont, au contraire, éminemment propres à la production des bois résineux. Les beaux massifs de sapin épicéa {Abies excelsa^ l.d.), qui couvrent ces montagnes et qui s'exploitent par révolutions de 120 ans, sont peut-être le plus bel exemple de culture forestière qui existe dans le monde. Nonobstant la rigueur du climat, ils produisent moyennement dans les bons sols 4,000 kilogrammes de ligneux par hectare et par année (is). De belles prairies, voisines des habitations, produisent le foin et l'herbe nécessaires à la nourriture des vaches laitières. En se développant aux dépens des forêts, ces prairies pourraient servir à l'élevage des bestiaux ; mais on trouve plus d'avantage à tirer la viande des plaines voisines et à réserver le sol pour la culture des bois, dont la récolte annuelle limite seule les travaux des mines et des fonderies. Ces mines appartiennent à des compagnies d'actionnaires; mais un même filon est souvent subdivisé entre plusieurs compagnies par des plans perpendiculaires à la direction générale du gîte. Toutes ces exploitations particulières sont conduites dans des vues d'ensemble, sous la direction d'officiers des mines institués
par le souverain. Les forêts sont la propriété de l'État (is), ainsi que les fonderies; les bois nécessaires au soutènement des excavations souterraines sont fournis aux exploitants à titre gratuit. Les minerais sont achetés par les fonderies domaniales à des prix fixés, conformément au tarif en vigueur, par k teneur en métaux utiles.
La population tout entière se consacre directement ou indirectement à l'indiislrie minérale. L'administration supérieure, suivant une tradition ancienne, ne tolère pas que le nombre des marchands et des artisans se développe au delà des limites déterminées par les vrais besoins de la population. Par un ensemble de mesures directes et indirectes, elle interdit aux étrangers de venir spéculer sur les vices de la population ouvrière; et c'est ainsi qu'elle conjure, comme il va être dit au § 7, le danger des prêts usuraires. La population se compose surtout d'ouvriers attachés a vie aux travaux des mines, des bocards et des fonderies. Le surplus comprend trois catégories principales, savoir : les bûcherons, les charbonniers et les gardes forestiers, dont les habitations sont éparses au milieu des forêts; les entrepreneurs de transports [Fuhrherrn) , qui possèdent, dans les vallées et sur les pentes inférieures des montagnes, des exploitations agricoles, notamment des prairies avec lesquelles ils entretiennent de 2 à 6 chevaux^ enfin les ouvriers-domestiques attachés aux Fuhrherrn. Souvent, comme dans la Garinthie, les travaux forestiers et ceux de la carbonisation sont accomplis par ces derniers. Les ouvriers qui dépendent directement de l'administration des mines et usines lui sont attachés en permanence, suivant un régime de corporations dont le Hartz peut être considéré comme l'un des types les plus remarquables (i7).
La population tend à se développer, dans le Haut-Hartz, au delà des limites d'activité industrielle posées par les ressources forestières ; cependant l'administration supérieure n'a point manqué, jusqu'à ce jour, à ses devoirs de patronage C'est ainsi que, dans ces derniers temps, elle a créé deux sources nouvelles de travail : elle emploie les enfants, et particulièrement les jeunes filles, à des plantations qui régénèrent les forêts
plus sûrement que le réensemencement naturel; elle confie aux adultes la construction d'un grand nombre de routes forestières et divers autres travaux utiles à l'industrie minérale. En résumé, cette intéressante région a conservé jusqu'à ce jour, dans leur pureté, les habitudes de patronage de tous les anciens régimes sociaux. On a réussi en même temps à y conjurer les inconvénients de la concurrence commerciale. Ce succès, il importe de le remarquer, est obtenu dans un groupe d'industries fondées sur l'exploitation des mines, des eaux et des forêts, où la concurrence se trouverait étroitement limitée par la nature même des choses. Il ne serait donc pas a espérer que la même organisation pût s'appliquer aux diverses branches d'industrie manufacturière, dont les moyens de production sont illimités. Quoi qu'il en soit, les mines du Hartz, situées aujourd'hui à 36 heures de Paris, peuvent fournir, au moins comme terme de comparaison et comme exemple de l'ancienne tradition européenne, des enseignements précieux aux hommes d'État préoccupés des questions sociales qui s'agitent en Occident.
ÉTAT CIVIL DE LA FAMILLE
La famille comprend les deux époux et trois enfants, savoir :
i. Karl M*% chef de famille, né à Clausthal, marié depuis 15 ans.. . 40 ans.