‹ Les ouvriers européens (volume 2)Chapitre 75 sur 159 · TflERESiA ou Rœsi M'*% sa femme, née à Lennep · texte numérisé non relu

TflERESiA ou Rœsi M'*% sa femme, née à Lennep

3. Joseph ou Sep B**, leur second fils, né à Solingen .... 23 —

4. Carolina ou Line B**, leur première fille, née à Solingen 20 —

5. Margaretha ou Gretchen B**, leur seconde fille, née à Solingen 17 —

6. Christian ou Christe B**, leur troisième fils, né à Solingen . 0 —

Le fils aîné, Johann ou Hans B**, âgé de 28 ans, est marié et établi dans son propre ménage; il ne fait plus, par conséquent, partie de la famille bien qu'il travaille dans l'atelier du père en

qualité d'ouvrier. Le second fils travaille également avecle père; le troisième fils n*a encore d'autre occupation que de suivre les exercices de l'école.

RELIGION ET HABlTGDES MORALES.

La famille professe la religion réformée de Calvin. Sans montrer une ferveur extraordinaire, elle accomplit régulièrement les principaux devoirs religieux : tous les membres se rendent chaque dimanche à l'église, et reçoivent chaque année une fois la communion. Une grande honnêteté règne dans les relations d'intérêt. La tendance pour la bonne chère et les boissons fermentées est le seul défaut dominant de la famille ; le goût de l'intempérance est surtout prononcé chez le fils aîné, qui a servi dans l'armée prussienne pendant plusieurs années.

Ces habitudes sont celles de la majeure partie de la population de Solingen. Les mœurs sont convenables : les naissances illégitimes sont rares et sont ordinairement régularisées par le mariage. Cependant on distingue, sous ce rapport, des nuances prononcées entre les trois catégories d'ouvriers énumérées au § 1". Il est digne de remarque que les ouvriers les plus dissolus appartiennent à la classe des meuliers, dont les salaires, ordinairement fort élevés, sont parfois (en ce moment par exemple) décuples des salaires moyens de la fabrique. C'est dans la catégorie des salaires moyens que se trouvent les ouvriers les plus tempérants, les mieux préparés, par conséquent, à s'élever progressivement par l'épargne à la condition de fabricants et de négociants.

HYGIÈNE ET SERVICE DE SANTÉ

La contrée est salubre : l'industrie, exercée dans un atelier bien aéré, et qui met en jeu tous les organes du corps sans en

1o8 ClI. IV.— ARMURIER DE LA FABRIftlJE DEMI-RURALE DE SOLINGEN.

fatiguer aucun outre mesure, est plutôt favorable que nuisible à la santé. Les chambres à coucher sont établies sainement à un premier étage. En résumé, la famille est placée dans de bonnes conditions hygiéniques : en cas de maladie grave, elle a recours à l'un des médecins de la ville, qu'elle paie à raison de i fr. 25 par visite. Les plus grandes charges qui aient pesé sur elle, jusqu'à ce jour, ont été supportées à Foccasion de maladies qui ont amené la mort de trois jeunes enfants.

RANG DE LA FAMILLE

L'ouvrier appartient à la catégorie des tâcherons; il travaille dans un atelier qu'il a loué à son compte ; il fournit lui-même les outils et les matières accessoires nécessaires pour l'exécution du travail; il engage des aides, et ne diffère, en général, d'un chef de métier qu'en ce qu'il ne possède pas les matières premières élaborées, et ne dispose pas de la clientèle qui consomme les produits. Cependant, en raison de l'importance des travaux qu'il entreprend, l'ouvrier se place au-dessus de la majeure partie des tâcherons. Il se serait élevé aisément au rang de fabricant, s'il eût été doué du discernement, de la prévoyance et de l'esprit d'ordre que cette condition exige (voir § 6) .

Moyens d'existence de la famille.

PROPRIÉTÉS

( Mobilier et vêtements non compris.)

Immeubles et Argent 0 ' 00

Conformément aux habitudes dominantes de la population ouvrière de ce district, la famille n'a guère fait d'épargnes que pour acquérir son mobilier et les outils nécessaires à l'exercice

du métier d'armurier; elle ne possède, ni argent, ni immeubles. Le jardin, le champ et le pré qu'elle exploite sont pris à loyer.

Animaux domestiques entretenus toute Tannée.. 20 ^ 75

1 chèvre, 18^ 75; — 2 poules, 2' 00. — Total, 20' 75.

Animaux domestiques entretenus seulement une partie de l'année 30^ 00

1 porc d'une valeur moyenne de 72^00, entretenu pendant 5 mois : la valeur moyenne, calculée pour l'année entière, équivaut à 30^ 00.

L'ouvrier achète ce porc à la mi-juillet, au moment où l'on peut commencer à joindre, aux débris et aux eaux grasses de la cuisine, quelques pommes de terre du champ cultivé au compte de la famille (le, c) ; puis il le tue à la Noël pour sa propre consommation. Des familles plus pauvres ne peuvent entreprendre une telle opération. Elles se contentent d'acheter, à la fin de l'année, au moins la moitié d'un porc qu'elles salent pour en faire une conserve.

4° Pour les travaux cVarmurier. — 1 établi et outils divers (pour 5 personnes), 112^50; — poêle pour le chauffage de l'atelier, avec tuyaux, 18^75; — 4 lampes pour l'éclairage de l'atelier, 9^37. — Total, 140^62.

2° Pour la location en garni d'une partie de la maison. — Meubles divers, 75^00.

Fonds de roulement 0^00

Les principales matières premières nécessaires pour les travaux d'armurier sont livrées à l'ouvrier par le fabricant pour lequel il travaille; les matières accessoires sont achetées à crédit ou au moyen d'avances faites par le négociant, et les salaires que l'ouvrier doit à ses compagnons ne sont payés qu'à mesure qu'il est lui-même payé par le fabricant. Aucun fonds de roulement n'est donc nécessaire pour l'exercice de l'industrie principale de l'ouvrier. Celui-ci n'en possède pas davantage pour l'exercice des travaux accessoires. C'est surtout ce détail qui donne lieu de prévoir que l'ouvrier ne s'élèvera jamais à la condition de fabricant.

Valeur totale des propriétés. . . . 266 ' 37

460 en. IV. — ARMuniBR de lk fabrique demi-rurale de solingen.

SUBVENTIONS

Les ouvriers de Solingen sont de petits chefs de métier (s) plutôt que des tâcherons proprement dits. Par la même raison, les chefs d'industrie sont plutôt des négociants et des capitalistes que des fabricants. Les relations des patrons avec l'ouvrier se réduisent ordinairement à régler de gré à gré le prix d'une commande que ce dernier doit exécuter; à lui faire au besoin des avances de matières et d'argent; enfin, à solder, après la livraison, le prix intégral de la commande. Dans cette situation indépendante, les ouvriers ne manquent pas de se prévaloir des avantages inhérents aux périodes d'activité commerciale; mais aussi ils ont à subir les chances défavorables qu'amène le ralentissement des commandes. Cependant les chefs d'industrie se croient tenus, dans les moments de crise, de maintenir un peu de travail; ils avancent, au besom, aux ouvriers qu'ils occupent ordinairement, des sommes dont ils se remboursent ensuite sur le montant des salaires, lorsque les travaux de la fabrique reprennent leur activité. Dans ces mêmes moments de crise, les ouvriers trouvent aussi quelques ressources dans le crédit que leur accordent le propriétaire de l'habitation et les fournisseurs de comestibles.

TRAVAUX ET INDUSTRIES

Travaux de l'ouvrier. — L'ouvrier appartient à la classe des « finisseurs ». Son travail principal a un unique objet, le montage des sabres. Il reçoit du fabricant, qui exploite le commerce d'exportation de cet article, les lames, les poignées et les fourreaux, et il rend les sabres prêts à être livrés au commerce, moyennant un prix convenu par pièce. L'ouvrier est assisté, dans ce travail, par ses deux fils aînés (2) et par un ouvrier étranger à la

famille. L'ouvrier ne s'emploie jamais, pour le compte des propriétaires et des fermiers voisins, aux travaux de Fagriculture.

Travaux de la femme et des deux filles aînées. — Le travail principal de la femme et des deux filles aînées se rattache au travail industriel du chef de famille. En premier lieu, elles vont chercher les lames, les poignées et les fourreaux chez les fabricants ; puis elles y rapportent les sabres montés. Pour chaque jour de travail, dans les moments d'activité de la fabrique, les femmes ont ainsi à transporter deux fois un poids moyen de 210 kilogrammes à la distance d'un kilomètre.

Parmi les travaux secondaires, les travaux de ménage occupent le premier rang; viennent ensuite la confection de bas et d'autres vêtements, la culture du jardin et du champ à pommes de terre (loués par la famille) et les divers soins réclamés par les animaux domestiques.

Travaux du fils aîné âgé de 28 ans. — Il ne fait plus partie de la communauté (2), et par suite son budget n'est pas compris dans celui de la famille; il exécute, comme son père, toutes les manipulations du travail principal.

Travaux du fils âgé de 23 ans. — Le travail principal du fils est le même que celui du père, avec lequel il travaille en qualité de compagnon. Il n'entreprend d'autre travail secondaire que le fauchage du pré loué par la famille pour l'entretien de la chèvre laitière.

Travaux d'un aide étranger a la famille. — Il exécute, comme le chef de famille, toutes les manipulations du travail principal.

Industries entreprises au compte de la famille. — L'industrie principale comprend les spéculations variées que la famille entreprend à l'occasion du montage des sabres. Les autres industries de la famille sont : l'engraissement et l'abatage du porc; l'exploitation de la chèvre laitière et des poules; la location en III. 44

garni d'une partie de la maison habitée par la famille; enfin Texploitation de trois lots de terre pris à loyer du même propriétaire qui loue la maison, savoir :

Jardin pour la culture des plantes potagères, situé à

250 mètres de Thabitation 0» 14 loués à 7^ 00. . . 42' 77

Terrain à pommes de terre, situé à 1,500 mètres de

rhabitation 4 82 3 50. . . 16 87

Prairie pour la récolte de Tlierbe et du foin, située à

400 mètres de l'habitation 3 37 7 00... 23 59

Totaux 14 30 83^23

Ces chiffres, rapprochés du budget (i4 à le), prouvent que rindustrie domestique conserve une importance notable dans la famille présentement décrite. A cet égard, celle-ci représente bien la coutume dominante du pays. La région manufacturière de la Westphalie reste donc fidèle aux traditions rurales des Hanovriens et des Scandinaves (i à m) ; et, jusqu'à ce jour, les chefs d'industrie ne se montrent pas enclins, comme ceux de l'Angleterre, à concentrer sur le travail principal toute l'activité de leurs ouvriers, en les privant ainsi, aux époques de chômage, de tout moyen régulier d'existence.

mode d'existence de la famille.

ALIMENTS ET REPAS

La famille fait l\. repas par jour.

Déjeuner (8 heures du matin) : café sans sucre, avec peu de lait ou sans lait; on prend du café pur, sans chicorée, et l'on met à peu près 40 grammes d'eau pour 1 gramme de café; on mange du pain et du beurre avec le café.

Dîner (midi) : on cuit des pommes de terre avec de l'eau, et l'on y ajoute ensuite un peu de graisse. On prépare en outre un mets composé de 0'' 96 de viande cuite avec de la graisse

(à moins que ce ne soit de la viande de porc), de choux et d'autres légumes frais et conservés, de sel et de V2 d'eau qui s'évapore peu à peu, en laissant seulement un jus concentré. Quand on ne peut se procurer de la viande, on se contente de légumes cuits avec un peu de lard de la provision. Un ouvrier qui gagne 2^ 50 par jour, et dont la famille comprend 5 à 6 personnes, ne peut guère manger de la viande que deux à trois fois par semaine. Le dimanche on ajoute souvent, au dîner, du bouillon dans lequel on met un peu de riz.

Goûter (à û heures de l'après-midi) : comme le déjeuner.

Souper (à 8 heures du soir) : pommes de terre, ou un mets farineux appelé Buchweitzenkuchen^ sorte de crêpe qui se fait avec de la farine de sarrasin, qu'on cuit en pâte avec de l'eau et du sel, et qu'on grille ensuite sur la poêle ; on mange à ce repas du pain avec du beurre, et on prend du café pour la troisième fois, mais sans lait. Quelquefois, au souper, on a comme mets principal un gâteau appelé Eierkuchen^ sorte d'omelette faite avec de la farine de froment, du lait, du sel et des œufs, et cuite avec du beurre sur la poêle.

Les produits du. porc interviennent sous des formes trèsvariées dans l'alimentation du ménage. On achète, à la mi-juillet, un porc d'un poids de 35 kilogrammes en moyenne; on l'engraisse et on le tue à Noël; il pèse alors environ 105 kilogrammes. On en emploie quelques parties à préparer une sorte de pâte à saucisses, en ajoutant 5 kilogrammes de farine à 14 kilogrammes de viande hachée en petits morceaux ; on coupe la matière par tranches ; on les fait saurir dans un four de boulanger pendant 5 jours, puis on les conserve au grenier. On prépare aussi ^^ 8 de boudins de sang ; on sale et on fume les h jambons; la tête est coupée, hachée, mélangée avec du sel, et exposée pendant quelque temps à l'air; le lard est en partie fumé, en partie fondu pour graisse ; le reste de la viande enQn est fumé, sauf les oreilles, les pieds et la tête, qu'on mange frais.

Outre le lard fondu et le beurre dont il a été question cidessus, on emploie encore l'huile de navette comme corps gras, principalement pour l'assaisonnement des pommes de terre : on

commence d'abord par purifier l'huile et lui ôter le goût acre qui lui est propre, en la chauffant fortement et en y plongeant pendant quelque temps un morceau de pain. On ajoute ensuite à l'huile bouillante de l'oignon et de la farine, et on y jette les pommes de terre préalablement cuites à l'eau. Quelquefois on prépare une meilleure sauce pour les pommes de terre, et principalement pour les crêpes, en ajoutant à l'huile un poids égal de beurre. Pour les autres légumes, à défaut de gras de lard, on emploie aussi, comme assaisonnement, de l'huile, après l'avoir épurée comme il vient d'être dit; on y ajoute parfois du gras de bœuf. La boisson ordinaire du ménage est le café; on ne fait jamais usage, pendant les repas, de boissons fermentées; en revanche, les ouvriers en boivent beaucoup en dehors des repas et surtout au cabaret; chaque ouvrier boit en moyenne OMl d'eau-de-vie par jour ; les plus modérés se contentent de la moitié de cette ration.

HABITATION, MOBILIER ET VÊTEMENTS

La famille est logée dans une maison prise à loyer d'un petit marchand établi à Solingen. Cette maison comprend, au rez-dechaussée, un grand atelier pour le montage des sabres, une cuisine et une pièce où la famille se réunit et prend ses repas; au premier étage, 3 chambres à coucher, une pour les deux époux, une pour les garçons et une pour les filles ; une quatrième chambre, située au même étage, est meublée par la famille et souslouée, avec quelques petites dépendances, à un étranger, au prix de i05 francs; comme le loyer total de la maison ne monte qu'à 277^ 50, cette sous-location constitue pour la famille une industrie lucrative.

L'habitation est tenue avec une certaine propreté; le mobilier et les vêtements dénotent quelques habitudes d'aisance et de confort.

Meubles 979 ' 25

1° Lits. — 3 lits, y compris pour chacun : 1 matelas de plumes, 1 couverture, 2 coussins de plumes, 1 traversin, 1 paillasse, — Ensemble, 530^50.

2° Mobilier. — 4 tables, 67' 50 ; — 15 chaises, 45' 00 ; — 1 armoire à poterie (vaissellier), 45' 00; — 1 armoire à habits, 67' 50; — 1 armoire à linge, 3' 75; — 3 coffres ou caisses, 22' 50 ; — 2 bancs, 7' 50 ; — 1 poêle-four pour la cuisine, 75' 00 ; — 1 horloge, 15' 00; — meubles et linge en provision pour le mariage prochain du fils aîné, lOO'OO.

— Total, 448' 75.

Ustensiles 110 ^ 62

1® Pour le service de r alimentation. — Vaisselle, poterie et verres, 15'00; — vases en fer et en cuivre, 75'00; — couteaux, fourchettes et cuillers. 11' 25. — Total, 101'25.

2** Pour usages divers. — 4 lampes pour la maison, 9' 37.

Linge réduit au plus strict nécessaire 32' 00

6 paires de draps, 32' 00.

Vêtements tenus avec propreté et un sage esprit d'économie.

— C'est sur la nourriture et non sur le vêtement que se portent les tendances manifestées par la famille pour les jouissances appartenant à l'ordre matériel 485 ' 00

VÊTEMENTS DE l'ouvrier, 100' 00; — 1 montre en argent, 15^00. — Total, 115' 00.

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