SU
RÉCRÉATIONS
L'usage du tabac à fumer, aussi bien pendant le travail que pendant les instants de repos, est la principale récréation des trois ouvriers de la famille : chaque homme consomme moyennement 67 grammes de tabac par jour. Une autre récréation, à laquelle ils attachent tous beaucoup de prix, est de boire de l 'eau-de-vie le matin et le soir. Dans la famille décrite par la présente monographie, les deux ouvriers boivent chaque
jour O'H d'eau-de-vie à la maison et autant au cabaret. I.e samedi, il y a, en outre, dans l'atelier, une distribution supplémentaire d'cau-de-vie à laquelle prennent part le maître et ses trois ouvriers. Les femmes ne font aucun usage des narcotiques ni des spiritueux. Il est très-rare que la famille boive, pendant les repas, de l'eau-de-vie, de la bière et, h plus forte raison, du vin. Chaque année, les hommes prennent part à un tir à la cible qu'on peut considérer comme le principal divertissement du pays. Les quatre foires qui ont lieu à Solingen chaque année, et quelques fêtes annuelles dans les villages voisins, sont à peu près la seule récréation que prennent en commun tous les membres de la famille. Un repas au cabaret, la danse, plus rarement les petits théâtres, sont, dans ces occasions, les plaisirs les plus recherchés. Beaucoup d'ouvriers, cependant, restent étrangers à ces derniers amusements, et l'on peut dire que les seules récréations fondamentales du pays sont, pour les hommes, le tabac et l'eau-de-vie; pour les femmes, la conversation avec les voisines.
ff iÉtoire de la famille*
PHASES PRINCIPALES DE L'eXISTENCE.
Les enfants, avant leur première communion, ne secondent guère les parents dans leurs travaux, et consacrent tout leur temps à l'école. Vers 13 ou 14 ans, les filles commencent à assister leur mère et à faire à dos le transport des objets que travaille le père de famille. A la même époque, les garçons entrent comme apprentis dans une des branches de l'industrie locale. Dans les familles composant la classe des finisseurs (i), un seul garçon tout au plus prend la profession du père; les frères échappent ainsi à la nécessité d'être un jour amenés à se faire concurrence. Sous ce rapport, la famille décrite dans la
présente monographie offre une exception assez rare parmi les ouvriers de Solingen appartenant à celte classe. Après 3 ou 4 ans d'apprentissage, le jeune ouvrier passe son examen de compagnon, et travaille ensuite en cette qualité, pendant i an ou 2, chez son premier maître ou chez quelque autre chef d'atelier qui le rétribue déjà à prix fait. Il arrive ainsi à l'âge du service militaire, qui dure moyennement deux années. Après avoir rempli cette obligation, et avant de commencera travailler pour son propre compte, l'ouvrier doit passer son examen de maître. Il se marie enfin dès qu'il est suffisamment pourvu d'outils, de linge et de meubles. A cette occasion, les filles de la classe ouvrière n'apportent, en général, rien à leur mari, tandis que ce dernier reçoit souvent, en objets mobiliers ou en argent, une petite dot de ses parents. "A partir de cette époque, les ménages où règne l'esprit d'ordre et d'épargne s'élèvent progressivement à l'aisance. Malheureusement, ces qualités manquant au plus grand nombre, les familles restent constamment dans la condition moyenne décrite par la présente monographie. Elles s'empressent de s'attribuer tout le bien-être physique que comporte l'activité de la fabrique, en supportant avec résignation les privations qui résultent, aux époques de crises commerciales, de l'absence de toute réserve.
Les examens que les apprentis et les compagnons ont successivement à subir pour être nommés compagnons et maîtres ne sont en vigueur, en Prusse, que depuis 1850. Antérieurement à cette époque, il y avait, depuis l'occupation française, liberté absolue pour le choix et l'exercice des professions. A Solingen, la commission d'examen se compose de 25 personnes qui se constituent, pour chaque examen, en comité de 5 membres. Pour l'examen conférant le grade de compagnon, le comité se compose d'un fabricant, président, de deux maîtres et de deux compagnons; pour l'examen conférant le grade de maître, le comité ne comprend que des fabricants et des maîtres. L'épreuve consiste à exécuter un travail devant le comité, ou à lui présenter un chef-d'œuvre dont l'origine est certifiée par des témoins dignes de foi.
468 en. IV. — ARMURIER DE LA FABRIQUE DEMI-RURALE DE SOLINGEN,
MOEURS ET INSTITUTIONS ASSURANT LE BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET MORAL DE LA FAMILLE.
Nonobstant l'absence de subventions régulières et le manque de prévoyance, les ouvriers de Solingen, et en particulier la famille décrite dans la présente monographie, sont dans une position assez heureuse. En raison des circonstances favorables où la fabrique s*est trouvée jusqu'à ce jour et du mouvement de progrès qui s'y manifeste, la population manufacturière ne présente point une agglomération exagérée ; elle doit même se recruter régulièrement dans les provinces voisines (i) . Cependant cette situation n'offre point pour l'avenir toutes les garanties désirables ; et la fabrique de Solingen ne possède pas en elle-même toutes les sources du bien-être dont elle jouit. Ici, à vrai dire, le bien-être des familles est garanti par les consommateurs étrangers qui, chaque année, accroissent leurs demandes suivant une progression plus rapide que le développement spontané de la population.
Sous plusieurs autres rapports, les ouvriers westphaliens de la région manufacturière (17) sont dans une situation fort inférieure à celle des ouvriers Scandinaves et hanovriens; et ils se rapprochent déjà de la condition instable qui se manifeste de plus en plus, au milieu des agglomérations créées sur les bassins houillers de l'Angleterre, de la Belgique et de la France. L'un des traits les plus regrettables de cette situation est la coutume qui établit de plus en plus les ouvriers dans des habitations occupées sous un régime de location ; et il est à craindre que ce régime ne tende encore à s'aggraver.
Aujourd'hui les rapports qui existent entre la famille et le capitaliste, propriétaire delà maison, ont un caractère affectueux fondé sur l'échange de certaines habitudes de déférence et de patronage. Le propriétaire ne se croit pas permis d'augmenter le prix de location qui a d'abord été fixé ; et le locataire se croit tenu de rendre les menus services qui peuvent être agréables à son propriétaire. Si ces bons rapports de propriétaire à tenancier
étaient un jour remplaces par les débats irritants que suscite, dans certaines villes de l'Occident, la fixation du prix des loyers, on aurait lieu de regretter l'absence du régime réglementaire qui interdit aux marchands du Hartz (m, o) de faire fructifier leur capital en se portant acquéreurs des maisons habitées par les ouvriers. Les bons rapports signalés ci-dessus sont assurément, à quelques égards, favorables au règne de la paix sociale ; mais il semble que, dans ce cas particulier, ce règne serait plus solidement établi par une coutume qui épargnerait à l'ouvrier, touchant l'acquisition de sa demeure, la concurrence des capitalistes. Quand on se reporte aux sommes considérables que la famille affecte à des récréations inutiles ou nuisibles ( i s ) , on comprend que la famille serait depuis longtemps propriétaire de son habitation si la coutume, appuyée par le patronage, eût dirigé vers cet intérêt important la sollicitude de la famille. Celle-ci n'eût pas seulement amélioré sa situation financière ; elle eût conquis, dans la hiérarchie sociale, un rang plus élevé.
Beaucoup de motifs donnent lieu de craindre que le développement de l'industrie manufacturière, dans la plaine saxonne, n'enlève prochainement aux familles de cette contrée l'ascendant moral qu'elles avaient conquis par dix siècles de vertu. Pour apercevoir le danger qui menace l'existence de ces modèles, il suffit de comparer le sort que procurent à leurs rejetons les plus pauvres manœuvres de la zone rurale et les plus riches ouvriers de la région manufacturière.
Un simple Kotter (i 7) , ou manœuvre rural de la Westphalie, dont le salaire journalier dépasse rarement 1^50, réussit habituellement à établir, dans le Nouveau-Monde, en qualité de propriétaires indépendants les frères et les sœurs de son héritier. Au contraire l'armurier de Solingen, qui jouit d'un salaire moyen de 3*80, sera dénué de tout dans sa vieillesse s'il n'est pas secouru par ses enfants. Et cependant, si, depuis l'époque de son mariage, il eût adopté les habitudes de sobriété du Kotter, il pourrait aujourd'hui posséder tous les immeubles qu'il occupe comme locataire et consacrer une somme annuelle de 1,200 fr. à l'établissement de ses rejetons.
170 en. IV. — ARMURIER DE LA FABRIQUE DEMl-RURALK DE SOLINGEN.
SOURCES DES RECETTES
EVALUATIOX
approximative
des
sources
de recettes
SECTION ^e.
Propriétés possédées par la famille.
Art. l^"". — Propriétés immobilières.
La famille ne possède aucune propriété de ce genre). ,
Art. 2, — Valeurs mobilières.
Animaux domestiques entretenus toute l'année :
1 chèvre, 18*^75; — 2 poules, 2^00
Animaux domestiques entretenus seulement une partie de l'année :
1 porc (valeur calculée) (6j
Matériel spécial des travaux et industries :
Pour les travaux d'armurier : établis, meubles, mobilier et outils (0)
Pour la location en garni d'une partie de la maison : meubles divers,
Art. 3. — Droit aux allocations dk sociétés d'assurances mutuelles.
(La famille ne fait partie d'aucune société de ce genre)
Valeur totale des propriétés
VALEUR
des propriétés.
-2fî6 .S7
SECTION II
Subventions reçues par la famille.
Art. ler. — Propriétés reçues en usufruit.
(La famille ne reçoit aucune propriété en usufruit) .
Art. 2. — Droits d'usage sur les propriétés du seignkue.
(La famille no jouit d'aucun droit de ce genre) ,
Art. 3. — Allocations d'objets et de services.
Allocations concernant les dettes
— concernant les industries
cil. IV. — ARMURIER DE LA FABRIQUE DEMI-RURALE DE SOLINGEN.
RECETTES
SECTION I"
Revenus des propriétés.
Art. 1". — Revenus des propriktks immobilières. (La famille ne jouit d'aucun revenu de ce genre)
Art. 2. — Revenus des valeurs mobilières. Intérêt (6 p. 100) de la valeur de ces animaux
— de la valeur de ce porc
Intérêt (5 p. 100) de la valeur de ces objets
— et amortissement (5 p. 100) de la valeur de ces meubles
■ Art. 3. — Allocations des sociétés d'assurances mutuelles.
(La famille ne reçoit aucune allocation de ce genre) ,
Totaux des revenus des propriétés
SECTION II
Produits des subventions.
Art. l". — Produits des propriétés reçues en usufruit.
(La famille ne jouit d'aucun produit de ce genre)
Art. 2. — Produits des droits d'usage.
( La famille ne jouit d'aucun produit de ce genre)
Art. 3. — Objets et services alloués.
Sommes d'argent prêtées sans intérêt à l'ouvrier dans les moments de crises commerciales : pour mémoire
Somme d'argent (on moyenne, par an, 50' 00) avancée sans intérêt par lo chef d'industrie pour l'achat de matériaux : remise d'intérêt (."3 p. 100)
Total de» produits des subventions
MONTANT DES RECETTES
VAIiBOR
des objets
reçus en nature.
If24
argent.
'7f03 7 ÔO
SOURCES DES RECETTES (SUITE)