MM. A. BAUX ET F. LE PLAY
DÉFINISSANT LA CONDITION DES DIVERS MEMBRES DE LA FAMILLE
Définition du lien, de l'org^anisation industrielle et de la famille.
SI-
ÉTAT DU SOL, DE l'iNDUSTRIE ET DE LA POPULATION.
La famille demeure près des forges de Samakowa, réunies au nombre d'une vingtaine environ près de la ville de ce nom, à 24 kilomètres S. S. 0. de Sophia, à 36 kilomètres 0. de Tatarbazardjik, dans la province de Nissa. Ces usines sont assises sur le fond d'une petite plaine enclavée dans de hautes montagnes. Le sol de la contrée se compose de roches schisteuses amphiboliques et surtout de diorites dans lesquelles sont disséminées en abondance de fines parcelles de fer oxydulé. La proximité des montagnes rend le climat d'hiver assez rigoureux ;
cependant les champs voisins des forges sont propres à la production de toutes les céréales cultivées en Europe, même à celle du maïs. Les forêts de hêtre et d'arbres résineux, ainsi que les prairies, occupent la majeure partie de ce district, qui, en échange de ses fers, reçoit du dehors une partie des céréales et la viande de porc nécessaires à la nourriture des ouvriers forgerons. Les forges forment la principale industrie du pays; le minerai de fer s'extrait, sous forme de sable ou de schlich, des débris provenant de la décomposition naturelle ou artificielle des roches compactes de diorite. Ce minerai, soumis d'abord à une préparation mécanique, est traité au moyen du bois et du charbon de bois par un procédé antique qui comprend deux manipulations successives : 1° la conversion du minerai en loupes de fer spongieux; 2° le réchauffage et l'étirage de ces loupes sous forme de barres, au moyen d'un marteau mû, comme les soufflets des fourneaux, par une roue hydraulique. C'est à ce dernier travail qu'est attaché l'ouvrier décrit dans la présente monographie. Cette méthode de fabrication entraîne une grande consommation de matières et de main-d'œuvre. Si les riches seigneurs turcs qui possèdent ces exploitations soutiennent la concurrence des fers étrangers, c'est à raison du bas prix des bois et de la main-d'œuvre, et surtout à la faveur d'une ancienne organisation industrielle qui identifie, à beaucoup d'égards, les intérêts des patrons et des ouvriers. La population se compose principalement d'ouvriers attachés au service des forges, dans les conditions décrites par la présente monographie, et concourant aussi au travail des moissons chez les paysans qui cultivent les terres Ochri (\i) appartenant au seigneur. Le reste se compose de tenanciers exploitant les terres mortes (17) et d'ouvriersdomestiques qui, après avoir accompli les travaux agricoles, entreprennent, pour le compte des maîtres de forges, l'abatage et la carbonisation des bois, le transport des bois, des charbons et des minerais. En principe, les ouvriers sont attachés aux chefs d'industrie volontairement et pour un temps limité ; en fait, ce sont des engagés à vie. En effet, ils sont tous liés aux patrons par une dette en quelque sorte héréditaire (18), et
aucun d'eux ne peut s'attacher à un autre patron qu'après l'avoir remboursée. Cette circonstance, jointe aux excellentes relations qui existent entre les deux classes, maintient une solidarité intime entre les générations successives d'ouvriers et de patrons. Ld?ville de Samakowa, bâtie sur la rivière Isker, contient 4,000 familles, dont 2,500 sont chrétiennes et attachées au rite grec. Otftre les forges, la ville et sa banlieue présentent des filatures à moteurs hydrauliques, 'des tanneries, des ateliers de filles pour la fabrication des tapis et surtout des fabriques qui livrent des tissus de laine fort estimés, connus sous le nom de Chaiak,
ÉTAT CIVIL DE LA FAMILLE
La famille appartient à la race bulgare slave. Elle est issue de parents attachés aux forges de Samakowa depuis plusieurs générations. Elle comprend 5 personnes, savoir :