‹ Les ouvriers européensChapitre 14 sur 196 · LU BIEN-ÊTRE CHEZ LES FAMILLES UÉCRITES AU TOME II. XIX · texte numérisé non relu

LU BIEN-ÊTRE CHEZ LES FAMILLES UÉCRITES AU TOME II. XIX

monts Ourals jusqu'aux rivages de la Méditerranée.

Le sol non approprié à la culture abonde encore dans la Qiajeure partie de cette immense région. Tout jeune ménage fondant une nouvelle famille, se procure aisément les ressources nécessaires pour se créer une habitation avec quelques dépendances rurales. Même dans la condition la plus modeste, il peut s'établir d'abord avec la dignité inhérente à la propriété foncière ; il est dès lors en situation de s'élever dans la hiérarchie sociale, sans être grevé des charges de location que nos ouvriers de l'Occident supportent contrairement à notre ancienne tradition et à la coutume de toutes les races chez lesquelles régnent la paix et la stabilité.

L'ignorance des langues étrangères a favorisé jusqu'à présent la conservation des bonnes mœurs. Les populations n'ont encore aucune idée des appels à la révolte faits contre Dieu et sa loi par les lettrés de l'Occident. Elles restent soumises au Décalogue éternel : elles peuvent faire le mal par faiblesse ou par esprit de nouveauté ; mais elles gardent une notion nette des avantages assurés par la pratique du bien. Cependant, les familles sédentaires et agricoles de la lisière européenne ne sont pas attachées à la coutume, dans ses moindres détails, avec autant de fermeté que les pasteurs nomades de l'Asie. Même quand les steppes non défrichées l'emportent encore sur les cultures, ce qui permet aux jeunes générations de rester groupées en grand nombre sous l'autorité de l'aïeul, celui-ci réprime moins que le nomade l'introduction des usages nouveaux. Le patriarche sédentaire, tout en repoussant pour lui-même les innovations dans le vêtement et la nourriture, se laisse aller au plaisir de satisfaire, sous ce rapport, les jeunes femmes et les enfants, qui sont partout les agents de l'esprit de nouveauté. J'ai souvent observé

XX CONSTITUTION SOCIALli DES RACES Dli l'oRIENT.

cette nuance chez les familles sédentaires de l'Orient : j'en ai fait mention expresse dans la monographie du Paysan des steppes de terre noire du pays d'Orenbourg (ii, 3).

Toutes les races de l'Orient sont encore profondément imprégnées des traditions patriarcales de leurs ancêtres. Celles mêmes qui montrent un certain relâchement, en ce qui touche l'observation des six derniers commandements du Décalogue, restent strictement soumises aux quatre premiers. Le blasphème est inconnu ; et la résistance à la volonté des parents est une rare exception. L'obéissance à l'autorité paternelle dresse journellement les individus à obéir au souverain. La bonne organisation du foyer domestique engendre tout naturellement la paix dans la commune, la province et l'État.

Tous les pouvoirs superposés à l'autorité paternelle restent imbus des sentiments qui émanent de la vie patriarcale. Ils sont attachés à la coutume des ancêtres; et, quand ils ne cèdent point à quelque intérêt coupable, ils aident à cet égard les particuliers à maintenir, dans la constitution sociale, la stabilité et la paix.

Les agglomérations urbaines n'ont pris jusqu'à ce jour que peu de développement. Elles ne fournissent guère d'aliments aux vices sensuels émanant de la richesse, ni de véhicules aux erreurs propagées par les lettrés. En Orient, la vie rurale se montre moins apte que la vie pastorale à perpétuer les bonnes mœurs des ancêtres; mais, comme en Occident, quand elle reste sous la haute direction des classes influentes, elle est la meilleure digue qui puisse être opposée aux corruptions de la vie urbaine. Les campagnes sont tellement prépondérantes, dans les régions qui ont fourni les matériaux de ce volume, que ,les villes n'en sont, à vrai dire, qu'une dépendance. Dans •les rapports journaliers que j'ai entretenus, de 1837 à

§ 4. LE BIEN-ÊTRE ClIliZ LES F.UiILLES DECRITES AU TOME II. XXI

1853, avec ces régions je me suis assuré que, sauf deux exceptions, les villes elles-mêmes n'offraient aucune prise aux redoutables erreurs que déchaîne, en Occident, l'abus des cultures intellectuelles. Dans le cours de mes voyages, j'avais un moyen sûr d'exciter l'étonnement et souvent l'indignation des Autorités sociales des villes et des campagnes : c'était de leur dire qu'il existe en Occident des lettrés célèbres qui professent la. croyance à la perfection originelle de l'enfant. Ces hautes influences de la vie privée affirmaient, aussitôt avec les preuves tirées de la nature humaine, la fausseté du principe et celle des trois dogmes révolutionnaires (7). J'éprouvai moi-même, au début de ces entretiens, un étonnement mêlé d'admiration. Je compris que la vraie science se trouve chez les sages qui, sans autre enseignement que la pratique de la paix sociale, perpétuée de concert avec les serviteurs et les voisins, renversaient en quelques mots l'échafaudage de sophismes à l'aide desquels fut élevé, pour le majheur de l'Occident, l'édifice de 1789.

La fécondité des familles est, dans la majeure partie de l'Orient, une précieuse conséquence du respect accordé à l'autorité patriarcale. Certain que sa volonté sera la loi de ses enfants, le père de famille ne s'inquiète pas lorsqu'ils se multiplient. Même quand la terre disponible commence à manquer, il sait que rien ne l'empêchera d'assurer, par sa prévoyance, un établissement convenable à tous ses descendants. Il dote successivement, avec les produits du travail commun, les jeunes ménages, isolés ou groupés en essaims , et il les établit soit sur les territoires disponibles de la région, soit sur des colonies éloignées. Celte organisation de la famille fortifie singulièrement la constitution de la société. Une race féconde, soumise à l'autorité patriarcale, recrute le personnel de ses ateliers

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