LE MALAISE EN ORIENT
Aucune race, alors même qu'elle jouit de la meilleure conpvitution, ne saurait éviter li souffrance. Elle subit
■ XXIV CONSTITUTION SOCIALE DES RACES DE l'oRIENT.
iion-seulement les maux attachés à l'existence de chaque individu, mais encore ceux qui frappent plus ou moins l'ensemble de la société. Les races de l'Orient n'échappent point à cette dure nécessité : toutefois, le malaise offre chez elles des caractères distincts de ceux qui se montrent à l'autre extrémité de l'Europe. Les calamités sociales dérivent de la nature des lieux plutôt que de la volonté et de l'imperfection des hommes. Les causes du mal sont accidentelles plus que permanentes; et, quand ces causes ont produit leur effet, le bien reprend son empire plus facilement que dans les autres formes de société.
Tels sont les caractères propres aux épizooties, aux famines et aux autres fléaux naturels qui exercent périodiquement leurs ravages en Orient. En général, ce genre de souffrance pèse particulièrement sur les populations qui atteignent le plus haut degré de perfection. Tel est le cas des pasteurs signalés ci-dessus comme des modèles. Après les longues périodes de fertilité, les familles s'écartent de la tradition des ancêtres. Séduites par la continuité de l'abondance, elles retiennent près d'elles les jeunes, ménages, au lieu d'en provoquer l'émigration. De là les terribles disettes qui déciment la population d'une steppe, quand le manque d'herbes ou la maladie des troupeaux viennent tout à coup tarir les moyens d'existence. L'éloignement des voies commerciales qui, en temps ordinaire, est le principe conservateur de la constitution, exclut en ces temps d'épreuve tout espoir d'assistance.
Les mœurs et les institutions des races de l'Orient provoquent une foule de souffrances qui sont beaucoup moins redoutées que la famine, mais qui seraient considérées comme intolérables par les hommes de l'Occident. Ainsi, par exemple, les populations clair-semées sur des
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territoires incultes sont souvent privées de la sécurité que devraient leur garantir les agents de l'autorité souveraine. Dans les villes, l'esprit d'obéissance développé par la soumission au pouvoir paternel, porte les populations à subir avec résignation l'oppression exercée par les gouvernants. Ainsi encore les ouvriers attachés à un grand atelier de travail sont liés au patron par une dette qui, à première vue, semble constituer un état de servage. Le lecteur qui voudra bien étudier attentivement, parmi les monographies, les chapitres vi, vm et ix, reconnaîtra que ces défauts de la constitution sociale des Orientaux ne sont pas sans compensation.
Quant au genre de malaise qui est devenu la plus redoutable plaie de l'Occident, il est absolument inconnu dans les régions qu'habitent les familles décrites dans ce volume. Le paupérisme héréditaire et même le dénûment accidentel ne sauraient s'y développer dans des localités où abonde le sol disponible, au milieu d'habitudes et d'institutions spécialement conçues dans l'intérêt des individualités imprévoyantes. Les plus pauvres familles possèdent en propre leur habitation, et elles trouvent toutes les garanties désirables dans l'organisation de la propriété. En Russie, les propriétés seigneuriales sont grevées d'une hypothèque légale qui assure la subsistance des ouvriers, quand surviennent les calamités publiques. L'assistance, en cas de dénûment, est fondée partout ailleurs sur une foule d'institutions spéciales, savoir: en Hongrie, sur l'organisation féodale ; dans l'empire ottoman, sur une immense quantité de terres Wakfi, affectées spécialement aux besoins des pauvres (vi, 17). Dans les États barbaresques, le même bienfait est assuré chez les sédentaires par ces mêmes terres Wakfi, et chez les nomades par les communautés pastorales.