QUANTITE
récoltée
Froment (Gamah)
Orge (Chehir)
Maïs blanc ou millet
(Doura-beda)
Féveroles (Khirsenné) . .
Vesces noires (Namanic).
Pois lupins (Hommous).
Lentilles (Adse)
Fèves (Foulh)
Ricin (Kharoua)
Totaux (9 Fedhlans)
et moyennes
POIDS
de l'hectolitre.
PRIX
du
Of MO
PRIX
de l'hectolitre.
Le tableau ci-dessus, dressé d'après les renseignements recueillis sur les lieux, indique les quantités de semences employées et les quantités de grains récoltés par un paysan haourânien propriétaire d'une paire de bœufs et cultivant par cela même un seul Fedhian. On y a joint trois colonnes indiquant pour chaque espèce de produit le poids et le prix de l'hectolitre et le prix du kilogramme. Les prix adoptés sont ceux auxquels se fai-.
saient les ventes dans le Haourân en décembre 1857; ces prix, d'après le dire des paysans, représentent assez bien la valeur moyenne des produits du sol dans leur pays pendant la dernière période quinquennale. Avant cette période, qui correspond à la guerre d'Orient, les prix étaient beaucoup moins élevés, l'exportation pour l'Europe n'ayant pas encore commencé et l'argent ayant alors, en raison de sa rareté, une valeur relative beaucoup plus grande.
Si on prend en considération ce fait que les paysans du Haourân sèment peu serré et si on admet qu'ils répandent en moyenne 1 hectolitre 50 litres de semence par hectare, on arrive à conclure qu'un paysan qui possède un Fedhlan cultive environ 7 hectares de terre.
il est à remarquer que les rapports, indiqués dans le tableau précédent, entre les diverses plantes cultivées ne restent plus les mêmes quand il s'agit d'exploitation de plusieurs Fedhians. Ordinairement le chiffre des céréales augmente beaucoup plus proportionnellement que celui des légumineuses. La raison en est que ces dernières, destinées à la consommation locale, sont cultivées seulement pour les besoins de chaque famille, tandis que les céréales sont produites pour être livrées au commerce.
SUR LE TRIBUT (eL KHOUi) PAYÉ AUX ARABES NOMADES PAR LES PAYSANS DU HAOURAN.
« Les Arabes, a dit l'émir Abd-el-Kader, tirent la richesse u la plupart du temps de la chasse, du vol dans les chemins et « des incursions chez les nations qui les avoisinent. » Gela est vrai des Arabes d'Asie aussi bien que de ceux de l'Afriijue. Les seules sources légitimes de gain qu'ils possèdent sont leurs troupeaux ; mais la vente des produits de ces troupeaux et celle des chameaux et des chevaux qu'ils élèvent ne peuvent suffire pour leur fournir des moyens d'existence. Ils sont ainsi conduits par la force des choses à recourir au vol pour se procurer un sur-
croît de ressources. Les vols sont la cause la plus ordinaire des guerres qu'ils ont entre eux et souvent même ils entreprennent ces guerres afin d'avoir l'occasion de voler.
Mais cette occasion leur est naturellement fourme par les populations sédentaires qui habitent sur la lisière du désert et qui se livrent à l'agriculture. Isolés par petits groupes dans des villages éloignés les uns des autres, au milieu d'une plaine ouverte, les paysans, dans le cas même où ils auraient toujours les armes à la main, ne pourraient résister efficacement aux incursions des Arabes ; la présence d'une force militaire, spécialement chargée du soin de garder cette frontière, serait seule capable de les protéger; mais, en l'absence de cette force, ils sont réduits à la nécessité d'abandonner aux Arabes une portion de leurs récoltes pour préserver le reste. Là est le principe de la redevance que les paysans sont obligés de payer aux tribus nomades.
Cette redevance a un nom spécial : on l'appelle el Khoui (la fraternité), c'est-à-dire gage d'alliance et de fraternité. La tribu, qui a perçu sur les habitans d'un village cette redevance, devient la sœur {el Ukta) de ce village et le Cheikh de la tribu s'engage à faire respecter par les siens les récoltes, les troupeaux et les autres propriétés des paysans. D'une manière générale, cet engagement est exécuté : jamais, en effet, on ne voit les cavaliers d'une tribu venir ravager le territoire de ses alliés; mais chaque Arabe, agissant pour son propre compte, cherche toujours à prendre ce qu'il peut et les paysans doivent veiller continuellement sur leurs champs et sur leurs bestiaux. Dans le cas où un Arabe voleur est surpris en flagrant délit, on le force à restituer ce dont il s'emparait, mais presque jamais il n'est puni pour le fait même du vol.
Le taux du Khoui n'est pas fixé une fois pour toutes ; il varie chaque année suivant les rapports existant entre le village qui paie et la tribu qui reçoit : en général, il est réglé en proportion du tort que la tribu pourrait faire au village en se déclarant contre lui. Les conditions sont débattues chaque année entre le Cheikh des Arabes etcelui des paysans : le plus souvent,
après avoir longtemps discuté, le Cheikh paysan (Fellah) est obligé d'accorder une légère augmentation ; d'ordinaire cette augmentation porte, non sur le principal, mais sur les accessoires, tels que cadeaux en vêtements^^ en armes ou en argent, qui sont faits au Cheikh arabe personnellement. Ces cadeaux deviennent souvent un moyen de corruption employé pour rendre les Cheikhs arabes plus conciliants et les décider à sacrifier, dans une certaine mesure du moins, les intérêts de leur tribu.
De son côté, le Cheikh Fellah s'efforce toujours de prélever pour lui-même une certaine somme sur l'impôt payé par son village. Ainsi les deux Cheikhs, en débattant entre eux les intérêts opposés du village et de la tribu, ont à se faire des concessions mutuelles dans leur propre intérêt, mais aux dépens de leurs administrés.
Le village de Bousrah paie depuis quelques années le Khoui à sept tribus ou fractions de tribus; il s'est élevé, en 1857, à la somme de 3,202^ 50.
Comme exemple de la variabilité de ce chiffre, on peut citer ce fait qu'une de ces tribus, qui, en 1856, n'avait touché que 50^00, a reçu, en 1857, 250^00. On pense même qu'elle exigera plus encore en 1858, sa puissance s'étant beaucoup accrue.
Envisagé en lui-même, le Khoui présente un double caractère : on peut le considérer d'abord comme l'équivalent de la partie de l'impôt qui, dans notre organisation sociale, est employée à l'entretien de la police et de l'armée. Ici les populations, étant complètement laissées à elles-mêmes, abandonnent une partie de leurs produits aux déprédateurs, au lieu d'entretenir une force permanente capable de les défendre contre eux. A ce point de vue, on pourrait regarder cet impôt comme un abonnement fait sous certaines conditions avec des voleurs, ou encore comme une prime payée pour une assurance : la tribu arabe, qui, moyennant cette prime, consent à suspendre ses ravages, représente à la fois le fléau et la compagnie d'assurance.
Mais le Khoui a encore un autre caractère : c'est le prix de l'alliance qui s'établit entre le village qui paie et la tribu qui reçoit. Celle-ci s'engage, non-seulement à ne pas faire tort aux
habitants du village, mais encore à leur donner aide et protection en cas de besoin. Il est très- rare, d'ailleurs, que cette partie de la convention ne soit pas exécutée, et, à ce point de vue du moins, l'institution mérite le nom de Fraternité qu'on lui donne dans le pays.
SUR LA CÉLÉBRATION DES MARIAGES ET INHUMATIONS CHEZ LES PAYSANS DE BOUSRAH.
La célébration des mariages est une occasion de fêtes prolongées dont les dépenses doivent toujours être proportionnées au rang de la famille et à la considération qu'elle veut obtenir dans le pays. Ces dépenses sont ordinairement très-fortes, et une des principales préoccupations d'un chef de famille est de réaliser une épargne suffisante pour lui permettre d'établir ses fils ; assez souvent le mariage est longtemps retardé par l'impossibilité où se trouve la famille d'atteindre ce but. A ce point de vue, le chef de celle qui est ici décrite a manifesté son état de bien-être en mariant cette année même sou fils, à peine âgé de 17 ans. Les dépenses faites à cette occasion se sont élevées à A, 500^ 00 environ, suivant le détail ci-après.
Achat (le bijoux et de parfums pour la fiancée 1,125'
Habits pour le fiancé et la fiancée, café, sucre, bonbons,
poudre pour les Fantasia, etc 4,500
Valeur des animaux et des provisions consommées 1,375
Cadeaux (Bakchich) faits en nature et en argent au père de
la fiancée 500
i Total 4,a0
Toutes ces dépenses cependant n'ont pas été à la charge de la famille, l'usage étant que chacun des invités apporte un cadeau dont l'importance est proportionnée à son rang. Elle a reçu de cette manière assez de moutons, de chevreaux et d'autres animaux pour compenser les dépenses en nature.
Les inhumations entraînent, comme les mariages, des réunions qui, à certains titres, présentent le caractère des récréa-
lions. Après la cérémonie funèbre, tous ceux qui y ont assisté prennent un repas commun dans la maison mortuaire. En cette circonstance aussi, l'usage est que les hôtes les plus distingués apportent quelques présents en nature, et le plus souvent des animaux vivants. Mais, l'usage du vin étant interdit, aucun désordre ne se produit et les musulmans ne sortent pas à cette occasion de leur gravité ordinaire.
Une solennité de ce genre a lieu chaque année à Bousrah. L'un des fils d'Abbas- Pacha, ancien vice-roi d'Egypte, étant mort dans le désert, l'émir arabe Anezé, auquel son père l'avait confié, lui a fait élever un riche tombeau dans la mosquée d'el Mabrak (i). Depuis, il vient une fois par an prier sur cette tombe et donne alors des réjouissances (avec immolation et distribution d'animaux) auxquelles participent les habitants de Bousrah.