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Photé Nicolaévitch, 4» fils, du deuxième lit

Le fils aîné doit contracter l'année prochaine un mariage dont les conditions sont agréées par les deux familles. Il est convenu que les deux jeunes époux s'établiront dans la maison et sous l'autorité de Nicolai Pavlovitch.

<02 nil. m. — FORGERON DES USINES A FER DE L OURAL.

RELIGION ET HABITUDES MORALES

La famille professe la religion gréco-russe orthodoxe ; elle n'a jamais appartenu à l'une des sectes dissidentes qui comptent dans le pays des adhérents nombreux et fervents. La conduite du chef et des autres membres de la famille est régulière ; cependant ces habitudes morales résultent moins de l'énergie du sentiment religieux que de l'influence protectrice dérivant des subventions qui assurent l'existence de la famille, des habitudes de travail imposées par la coutume, de la surveillance de l'autorité seigneuriale, en un mot de l'ensemble des conditions au milieu desquelles la famille doit se développer.

sa-

HYGIÈNE ET SERVICE DE SANTÉ

Le climat, plutôt sec qu'humide, exempt des vicissitudes qui se présentent à chaque saison dans des régions plus tempérées, est en général salubre. Les travaux s exécutent pour la plupart dans des ateliers vastes et bien aérés. Les habitations, construites avec des madriers de bois très -épais, et contenant des installations spéciales pour les deux saisons d'hiver et d'été, présentent aussi des conditions favorables à l'hygiène publique. Les maladies les plus communes sont : pour les enfants, la coqueluche et les maladies éruptives ; pour les adultes, les fièvres catarrhales et rhumatismales. Dans les hameaux épars au milieu des forêts, les secours de la médecine sont parfois demandés à des empiriques. Dans tous les centres importants d'industrie minérale, ces secours sont donnés, aux frais du seigneur, par des médecins habiles, à domicile ou dans des hôpitaux tenus avec autant de soin et de propreté que ceux des grandes villes de l'Occident.

Les usines métallurgiques ont plus contribué que tous les autres établissements industriels à propager en Russie les secours de la médecine et le bienfait de l'instruction. Cette honorable initiative a surtout été prise dans les beaux établissements auxquels sont attachés les ouvriers décrits dans la présente monographie.

RANG DE LA FAMILLE

Le forgeron et le charbonnier appartiennent à la catégorie des tâcherons-propriétaires ; leur travail principal se fait à la tâche, au compte du seigneur. La famille possède ses immeubles avec les restrictions indiquées au § 6. L'ouvrier forgeron, étant fort habile dans son métier, obtient, en travaillant au taux du tarif fixé par le seigneur, une rétribution journalière très-élevée, qu'il ne consacre jamais à l'épargne, mais qui répand dans la famille un état de bien-être dont les enfants profitent. Le seigneur, en tenant compte de ce bien-être qui permet à la famille d'entretenir un cheval, a classé le fils aîné dans la catégorie des charbonniers. Il lui a ouvert ainsi une carrière dans laquelle il peut améliorer sa condition (i7; iv, is), et même s'élever à celle de propriétaire-ouvrier plus facilement que les ouvriers attachés directement au service des mines et usines.

I?Ioyenii d'eiLitsIence de la ffimlllc9.

PROPRIÉTÉS

(Mobilier et vêtements non compris).

Immeubles : maisons construites avec l'aide du seigneur; prairie formée peu à peu par défrichement et empiétement sur la forêt seigneuriale 1,209 ^ 60

104 CIL III. — FORGERON DES USINES A FER DE l'oURAL.

1" Habitation. — 1 maison d'iiiver et 1 maison d'été, %1Z^ CO : on les dtîbarrasse alternativement des Taracancs {blatta orientalis L.) et des autres insectes en les laissant ouvertes, exposées aux grandes gelées d'hiver.

2" Bâtiments ruraux. — Écurie et étable attenant à la maison, 156^80.

3° Terres. — Jardin-potager (0'',07) attenant à la maison, 89^60; — prairie (3'>,80) située dans la forêt, à 12 kilomètres de la maison, 89^60. — Total, 179^20.

La famille a sur les immeubles ruraux, comme sur l'habitation, tous les droits de propriété qu'elle peut utilement exercer ; elle en jouit comme un propriétaire de l'Occident, et les transmet par vente ou par testament aux autres habitants dépendant de la même seigneurie. Mais elle ne peut les transmettre à une personne étrangère à la seigneurie, ni lés hypothéquer au profit de qui que ce soit. L'observation des faits prouve que ces restrictions au droit de propriété sont dans l'intérêt commun du seigneur et des ouvriers. Ces dispositions tutélaires sont éludées en partie par les marchands sédentaires et les colporteurs, qui excitent les familles à prendre des objets à crédit et qui perçoivent implicitement dans le prix de vente un intérêt fort élevé (15, S"" V).

Argent -. 0^ 00

Loin déposséder de l'argent disponible, la famille doit environ 30 francs au colporteur qui vend les objets de toilette, et 20 francs à l'épicier.

Animaux domestiques entretenus toute l'année : de bonnes races; assez bien soignés 235 ^ 00

1 cheval, une vache, 2 brebis, 1 mouton, 7 volailles.

Chaque famille possède au moins une vache, beaucoup en possèdent deux : la possession d'un cheval est l'un des premiers symptômes d'aisance ; elle fournit aux familles laborieuses l'occasion de s'initier à l'esprit d'entreprise (IV, 20).

Matériel spécial des travaux et industries ; construit avec intelligence, bien entretenu 173^ 60

. 1° Culture du jardin potager. — Bêches, houes, etc., 4^00.

2° Exploitation de la prairie. — Râteaux à foin, fourches, faux, marteaux et enclumes pour les faux, 12^00.

3° Exploitation du cheval. — 1 chariot à 2 roues, 1 chariot à 4 roues, 2 traîneaux, 104^00.

4" Confection des métiers à tisser. — Rabots, scies, vrilles, etc., 8^00.

5° Abatage du bois. — 10 haches, 10^00.

6° Tissage des étoffes. — 2 métiers, 5^ 60.

7° Chasse. — 2 fusils, 30^00.

Valeur totale des propriétés 4,618^ 20

SUBVENTIONS

Une partie des propriétés possédées par l'ouvrier ne lui est arrivée que par subvention. En quittant à 37 ans la maison paternelle alors trop peuplée, l'ouvrier, qui n'était pas pourvu par héritage, a obtenu du seigneur diverses allocations qui l'ont aidé à se créer une habitation; à cette occasion, il a reçu le terrain nécessaire pour la maison, le jardin et les autres dépendances, divers matériaux de construction et surtout des remises considérables sur le nombre de journées de travail qu'il devait fournir conjointement avec son fils. Le seigneur lui aurait accordé, au même titre, la prairie, s'il n^n avait pas déjà été pourvu par héritage.

La famille a le droit de couper gratuitement dans les forêts seigneuriales le bois nécessaire à l'entretien de la maison et au chauffage domestique, et même les bois de construction et de chauffage vendus par le fils, au profit de la famille, aux autres habitants qui n'ont point de chevaux pour en faire eux-mêmes la récolte. Cette subvention devient ainsi l'objet d'un commerce lucratif. La famille a encore le droit de chasser et de pêcher dans toutes les propriétés seigneuriales et d'y récolter les champignons et les fruits sauvages. Les secours médicaux, dans les cas de maladie, sont aussi accordés à titre gratuit dans les hôpitaux {II) . L'instruction est donnée aux enfants dans les écoles entretenues par le seigneur.

TRAVAUX ET INDUSTRIES

Travaux du père de famille. — Le travail principal du père de famille a pour objet l'affinage du fer dans les usines de Laïa; il acquitte ses obligations envers le seigneur en travaillant

^06 cil. ni. — FORGERON DES USINES A FER DE l'oURAL.

220 jours par année à la forge, moyennant un salaire fixé par le tarif. Quatre semaines de travail sont toujours suivies d'une semaine de repos. Les travaux secondaires comprennent la récolte des noisettes de pin cembro; la fabrication et la vente, au profit de la famille, des meules à grains et des métiers à tisser; les réparations fréquentes que la rigueur du climat oblige de faire à la maison ; la chasse des animaux sauvages, qui est une récréation autant qu'un travail ; enfin la récolte du foin, à l'occasion de laquelle la famille tout entière va s'établir pour 17 jours dans la forêt pendant les beaux jours du mois de juillet.

Travaux de la femme. — Le travail principal de la femme a pour objet les travaux de ménage. Les travaux secondaires sont : la préparation et l'élaboration des matières textiles, la culture du jardin, les soins nécessaires aux animaux domestiques, enfin la récolte du foin.

Travaux du fils aîné. — Le fils aîné, déjà inscrit dans la classe des charbonniers, a pour travail principal la fourniture de 14,000 kilogrammes de bois et de 90,000 kilogrammes de charbon de bois pour les forges seigneuriales. Il fournit luimême le bois, et traite avec un ouvrier étranger à la seigneurie pour la fourniture du charbon ; il lui cède à cet effet la rétribution allouée par le seigneur comme salaire de la fourniture, et lui accorde en outre une indemnité de 30 centimes pour chacune des 65 journées de travail qu'elle exige. Il emploie le temps que cette combinaison laisse disponible à des travaux plus lucratifs entrepris au profit de la famille (i4, s"" m, art 3).

Travaux des jeunes enfants. — Les plus jeunes enfants secondent la mère dans les travaux du ménage, et concourent avec le fils aîné à la récolte des champignons et des fruits sauvages.

Industries entreprises par la famille. — Les industries

de la famille sont nombreuses. La plus importante est la spéculation faite par le père de famille, à l'occasion de son propre travail, sur la substitution de la rétribution à la tâche au salaire journalier, et sur les primes accordées par le seigneur en proportion du combustible épargné et de la quantité de fer fabriqué. Les autres industries, fondées pour la plupart sur l'exploitation des propriétés ou l'exercice des droits d'usage, sont : la culture du jardin et de la prairie, l'exploitation des animaux domestiques, la fabrication des meules à grain et des métiers à tisser, la vente du bois de chauffage et de construction, la vente de noisettes du pin cembro, le filage, le tissage, le blanchiment et le tricotage. D'autres ouvriers de cette localité s'adonnent spécialement à la fabrication des plateaux en tôle vernie : ils exploitent ce genre d'industrie avec un vrai succès dans les conditions générales propres aux communes industrielles (lo).

mode d'existence de la faonillc.

ALIMENTS ET REPAS

Les céréales sont consommées sous deux formes principales : le seigle et le froment à l'état de pain ; l'orge, le millet, le froment et quelquefois le sarrasin, à l'état de gruau obtenu par une mouture imparfaite entre des meules. Au commencement di l'hiver on achète, pour la saler, de la viande de bœuf ou de vache ; on achète aussi quelques poissons salés (Maksounes et Siroks). Les autres éléments principaux de la nourriture proviennent en grande partie de l'exploitation domestique et agricole du ménage : tels sont le lait et le beurre, les viandes de veau et de mouton, la volaille et les œufs, et une grande variété de légumes. On se procure du gibier par la chasse, et on récolte dans les forêts des baies et des champignons. Les baies appartenant aux genres fraise, ronce et airelle (i, i), se produisent

408 CH. m. — FORGERON DES USINES A FER DE l'oURAL.

spontanément pendant deux raois, dans les forêts, avec une abondance inconnue dans l'Europe occidentale, et forment, à cette époque, un élément assez important de la nourriture ; plusieurs de ces baies, et particulièrement la framboise, le fruit de la ronce arctique, une airelle dite Brousniga, se conservent pour l'hiver au moyen de diverses préparations.

Indépendamment de certaines consommations extraordinaires d'eau-de-vie (ii), la famille en fait usage régulièrement avant les repas les jours de fête et le dimanche; mais la boisson habituelle est le Qvass, espèce de petite bière fabriquée, dans le ménage, tantôt avec du pain, tantôt avec des céréales diversement préparées et aromatisées avec certains végétaux (iv, 21).

La famille fait chaque jour quatre repas, savoir :

Déjeuner (7 heures du matin) : lait avec pain.

Dîner (midi) : le mets national dit Chtchi, sorte de soupe aux choux faite, les jours gras, avec de la viande de bœuf, les jours maigres, avec du poisson et de l'huile, et mangée avec du pain; un mets de gruau dit Kacha; puis, selon la saison, le jour (gras ou maigre) et le degré d'aisance de la famille, de la volaille et du gibier, cuits dans leur jus, avec addition de légumes ; des Piroggi, autre mets national composé d'une pâte remplie de viande et de gruau; enfin des légumes du pays, parmi lesquels dominent les choux, les concombres, les oignons, les betteraves, les pois, etc.

Goûter (4 heures de l'après-midi) : pain avec les restes du dîner.

Souper (7 heures du soir) : pain avec laitage, fruits frais ou conservés, concombres frais ou salés, etc.

HABITATION, MOBILIER ET VÊTEMENTS

L'habitation, construite avec des tronçons d'arbres de grosse dimension, soigneusement assemblés et calfeutrés, s'étend, avec ses dépendances, le jardin, la cour, l'écurie, les établcs et les

OBSERVATIONS PRKf.lMINAinES. 109

magasins aux provisions, sur une étendue de 960 mètres carrés, savoir :

Maison d'habitation, 45""i; écuries et établcs, magasin, 45""i; dépôt de bois, do foin, etc., 80""i; maison de bain, 10""î; jardin, 780'"'i. —Total, 900""!.

La maison comprend : en contre-bas du sol, une grande cave où se gardent en partie les provisions de bouche; puis, à un mètre au-dessus du sol, l'habitation proprement dite, composée d'une grande pièce et de trois pièces plus petites servant d'antichambre, de cuisine, de lingerie et de vestiaire. Les principales dépendances sont : les écuries ou étables, avec trois subdivisions principales pour le cheval, la vache et les brebis ; une glacière, où plusieurs provisions essentielles se conservent fraîches pendant l'été; un bain russe, dont tous les membres de la famille font un fréquent usage et où la vapeur est produite au moyen de pierres chauffées au rouge et projetées subitement dans l'eau.

Le mobilier a la valeur indiquée ci-après :

Meubles : suffisants, propres, avec un certain cachet d'élégance -. 163^00

Niche aux saintes images, avec 7 images, 2 croix, 2 cierges (rite grec) ; — 1 lit pour les deux époux, composé d'un bois de lit, d'un lit de plumes, de 3 coussins et de rideaux en indienne ; — tapis et coussins servant de lit aux enfants ; — 1 berceau d'enfant; — 3 tables; — 3 bancs en bois au pourtour de la grande chambre; — \ fauteuil ; — 4 coffres ; — 8 nattes et peaux ; — 2 étagères pour la vaisselle, avec rideaux ; — rideaux de croisée e.i indienne imprimée.

Ustensiles : solidement établis, fabriqués en partie dans la localité, tenus avec propreté. 35^ 00

1 marmite en fonte pour faire bouillir l'eau ; — 2 poêles en fer ; — 1 queue mobile pour les poêles ; — 4 assiettes en fer ; — jattes en bois ; — 6 fourchettes ; — 10 couteaux; — cuillers en bois ; — 1 pelle en bois pour enfourner le pain ; — 3 ringards p3ur le four à pain ; — 1 ringard à crochet pour remuer le charbon ; — 1 bassin à laver en cuivre ; — 1 lanterne ; — 4 balais et brosses ; — 3 chandeliers et lampes.

Linge de ménage : rare et peu employé : usage des draps de lit inconnu 12 ' 00

Serviettes, essuie-mains, 8^; — torchons de chanvre et de lin, 4^.

Vêtements ; Les vêtements ordinaires offrent beaucoup d'analogie avec ceux dont le détail est donné, pour deux autres

1J0 en. m. — FORGERON DES USINES A FER DE l'oURAî,.

familles, aux chapitres ii et v. Les vêtements de fête ont toutefois un cachet plus prononcé d'élégance et même de richesse : plusieurs pièces de vêtement mentionnées ci-après ont été accordées par le seigneur à l'ouvrier comme un témoignage de satisfaction pour sa bonne conduite. L'un de ces surtouts, galonné et accompagné d'une ceinture de soie, n'est porté que dans les cérémonies publiques et dans quelques circonstances solennelles ... 550^00

Vêtements du chef de famille (138'' 00). l" Vêtements du dimanche. — I surtout {Kaftan) de drap vert foncé ; — 1 chapeau de soie; — 1 ceinture en soie; — 1 pelisse en drap gros bleu et doublée de peau de mouton ; — 1 surtout galonné (kaftan) de drap gros bleu avec 1 ceinture en soie. — Total, 90^00.

2" Vêtements de'travail. — "2 kaftans en drap; — I pelisse en peau de mouton ; — 2 caleçons en drap ; — 2 caleçons en toile ; — 2 ceintures en laine ; — 5 chemises en toile ; — 2 paires à'Anoutclii en laine ; — 2 paires d'Anoutchi en toile ; — 2 paires de bottes en cuir; — 6 paires de Lapfi; — 1 bonnet fourré en laine; — 2 paires de gants.

— Total, 48f 00.

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