Evdokia Ivanowna, leur deuxième fille
RELIGION ET HABITUDES MORALES
La famille appartient à la secte des vieux croyants (Starowertzi) , qui a jeté dans le pays des racines profondes, et dans laquelle le culte, confié aux anciens de la communauté, se distingue essentiellement du culte orthodoxe. Les habitudes morales sont plus fermes que celles de la famille décrite au chapitre III; mais cette circonstance doit être attribuée moins à l'influence religieuse qu'au caractère personnel du chef de famille. On s'accorde cependant à reconnaître dans les mœurs de ces dissidents une nuance particulière d'austérité et d'attachement pour les vieux usages, jointe a un esprit systématique d'opposition contre les innovations. Ils montrent, par exemple, une grande répugnance à donner à leurs enfants l'instruction primaire. Une tendance prononcée pour l'épargne préside à tous les actes des deux époux et de leurs enfants, sans dégénérer toutefois en avarice. Les vêtements sont plus simples, la consommation d'eau-de-vie surtout est moindre que dans la plupart des autres familles placées au même niveau social. Par suite de cette tendance, l'ouvrier est parvenu à accumuler un capital de 225^ qu'il a engagé avec intelligence dans un commerce de grains ou de farines. Ayant déjà vaincu les principaux obstacles qui se trouvent dans la voie conduisant à la propriété privée, il parviendra infailliblement à se créer une position indépendante (12), bien que son salaire soit moins élevé que celui de beaucoup d'ouvriers de la même localité (ht, g) qui ne sortent jamais delà condition où ils sont nés. L'étude comparative de la famille décrite au chapitre III et de celle dont il est question dans la présente monographie conduit, sous ce rapport, à des conclusions qui se reproduisent invariablement pour toutes les professions et dans toutes les régions de l'Europe ; elle prouve que les conditions essentielles de l'indépendance ou de l'asservissement pour les classes ouvrières rési-
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dent moins dans les circonstances extérieures que dans les qualités ou les imperfections du caractère et dans le développement intellectuel et moral du chef de famille.
HYGIÈNE ET SERVICE DE SANTÉ
L'excellente constitution physique de tous les membres de la famille est une des principales causes de l'état de bien-être qui leur est acquis. En cas de maladie, ils trouvent dans les hôpitaux entretenus par le seigneur, ou tout au moins auprès des hommes de l'art qui y sont attachés, les secours ordinairement assurés aux populations de ce pays dont, l'existence dépend des grands élablissements métallurgiques (m, 4).
RANG DE LA FAMILLE
L'ouvrier, par sa principale profession, appartient à la catégorie des journaliers; par le commerce de farine qui commence à jouer un rôle important pour l'économie intérieure de la famille, il a aussi le caractère des chefs de métier; enfin les immeubles que possède l'ouvrier le rattachent à la catégorie des ouvrierspropriétaires, bien qu'il n'en jouisse qu'avec les restrictions utiles mentionnées ailleurs (m, g). On retrouve donc ici ce caractère multiple propre à la plupart des ouvriers de l'Europe orientale, et qui distingue si nettement ces derniers des ouvriers à occupations uniformes dépendant des grands centres manufacturiers de l'Occident. La principale supériorité de la famille dérive de l'ordre moral. Elle se manifeste surtout par les sentiments qui portent ses membres à contenir leurs appétits physiques et à s'élever par l'épargne à la propriété.
OOSEUVATIONS PRELIMINAIRES. 447
moyens il'existeuce de la faniillo.
PROPRIÉTÉS
(Mobilier et vôtemcnts non compris.)
Immeubles : maison construite récemment avec l'aide du seigneur; prairie formée par le défrichement de la forêt; possédées avec les restrictions indiquées (m, e) 935^ 00
1" Habitation. — 1 maison d'hiver et 1 maison d'été avec dépendances, 593^60. Chaque chef de famille possède au moins une maison : la plupart en ont deux.
2" Bâtiments ruraux. — 1 écurie et 1 étable, 156^80.
3» Terres. — Jardin potager (0'' 07) attenant à la maison, 89^60; — prairie (2'' 90) formant clairière au milieu de la forêt, à 8 kilomètres de l'habitation (19), 95*^00.
Argent et fonds de roulement des travaux et industries 225' 00
Somme d'argent en réserve pour achat de farines ou de grains ; — grains ou farines en magasin où en élaboration chez le meunier.
Animaux domestiques entretenus toute l'année: bien soignés 2^0' 00
1 cheval (de petite taille), 1 vache (bonne race), 5 brebis, 4 poules.
Matériel spécial des travaux et industries : de construction simple 0 0.,.. 7li^ 00
Outils pour la culture du jardin et l'exploitation de la prairie, S^OO ; — outils pour l'abatage du bois, 8^00 ; — mobilier pour le transport du bois, du foin, de la farine: un Télègue, un traîneau, harnais, 58' 00.
Valeur totale des propriétés. . ..... ilxTli^ 00
448 eu. IV. — CHARPENTIER DES LAVERIES D'OR DE l'oUBAL.
SUBVENTIONS
Comme tous les habitants de cette localité et de la majeure partie de l'empire russe, la famille jouit sans aucune restriction des droits de chasse, de pêche et de cueillette; elle récolte à titre gratuit, dans les forêts seigneuriales, les bois destinés au chauffage, à l'éclairage et à l'entretien des bâtiments et des mobiliers; elle reçoit enfin du seigneur, à titre d'allocation régulière ou en cas de malheurs et d'accidents, un certain nombre d'objets ou de services qui contribuent essentiellement à son bien-être et la mettent à l'abri de revers imprévus.
TRAVAUX ET INDUSTRIES
Travaux de l'ouvrier. — Le travail principal de l'ouvrier s'exécute dans les laveries de sables aurifères, dont les unes sont établies seulement pour l'été, et dont les autres fonctionnent au milieu des froids de l'hiver : ces ateliers sont ordinairement construits en bois de même que les principales parties des machines qui en dépendent; leur construction et leur entretien donnent emploi à une grande quantité d'ouvriers charpentiers. L'ouvrier décrit dans la présente monographie consacre à ce travail, au compte du seigneur, 220 jours par an.
Pendant le reste du temps, l'ouvrier exécute plusieurs travaux secondaires : il abat et transporte du bois de chauffage pour les besoins de son ménage, et vend le surplus de cette récolte aux habitants du pays; il soigne le cheval, récolte le foin de sa prairie avec le concours de sa famille, et fait lui-même les travaux nécessaires à l'entretien de sa maison construite en bois, comme toutes les habitations de la même contrée. Chaque année,
il s'adonne avec plus de zèle à un petit commerce de farine entrepris avec un capital qu'il a créé par ses épargnes.
Travaux de la femme. — Le travail principal de la femme a pour objet les travaux de ménage, c'est-à-dire la préparation des aliments, les soins exigés par les petits enfants, les soins de propreté concernant la maison et le mobilier, l'entretien et le blanchissage des vêtements et du linge.
Les travaux secondaires sont la culture du jardin, les soins donnés aux animaux domestiques, le filage et le tissage du lin.
Travaux des enfants. — La fille aînée aide la mère dans plusieurs de ses travaux; elle récolte, en outre, des champignons et des baies dans les forêts voisines. Le fils aîné assiste le père dans le commerce de farine; il accompagne sa sœur pour la récolte des fruits sauvages, et pêche quelquefois à la ligne dans les rivières voisines.
Industries entreprises par la famille. — Les industries qui donnent un bénéfice à la famille sont : la culture du jardin, l'exploitation de la prairie et des animaux domestiques, les élaborations du lin pour les vêtements du ménage.
La principale ressource de la famille, celle qui exerce sur son avenir la plus heureuse influence, est un commerce de farine qui produit déjà des bénéfices assez considérables.
La vente d'une partie du bois que l'ouvrier abat dans les forêts seigneuriales et transporte à domicile lui constitue encore une industrie lucrative. On n'a pas séparé, dans la présente monographie, le bénéfice résultant de cette industrie de la valeur qu'il faut attribuer à la subvention qui en est la source (i6, n) . A défaut de son commerce de bois et de grains , l'ouvrier emploierait utilement le travail de son cheval (le, c) en effectuant des transports à l'entreprise pour le compte du seigneur