‹ Les ouvriers européensChapitre 9 sur 196 · XI.I CONSTITUTION SOCIALE DES BACES DE l'oRIÊNT · texte numérisé non relu

XI.I CONSTITUTION SOCIALE DES BACES DE l'oRIÊNT

un vénérable octogénaire, doué d'une admirable lucidité d'esprit, répondait qu'il avait deux raisons pour croire que le Décalogue a été directement révélé par Dieu aux premiers hommes. « En premier lieu, disait-il, c'était la « croyance de mon grand-père, qui était plus sage que « moi, parce qu'il n'avait jamais été en contact, comme je « le suis, avec les commerçants européens. En second « lieu, les traditions de nos pères nous apprennent que la « croyance contraire a toujours été funeste à ceux qui « l'avaient adoptée. En effet, les novateurs qui ont vu « dans le Décalogue une conception humaine, ont eu la « présomption de penser qu'ils pourraient être plus sages (( que leurs aïeux : ils ont déchaîné la discorde, en prô- « nant contradictoirement de nouvelles règles de conte duite ; et leurs familles se sont mutuellement détruites « dans une confusion inextricable. »

La seconde cause de bien-être est l'institution universelle de la famille patriarcale. Pendant une longue suite de siècles, des familles se sont fondées sur des territoires inoccupés. Il en est encore ainsi de nos jours. Les vieux parents, trouvant dans la nature des lieux d'amples moyens de subsistance, peuvent grouper autour d'eux quatre générations issues de leur sang. Le père de famille, dont le pouvoir est justifié par une longue expérience, possède l'ascendant nécessaire pour tenir la jeunesse et l'âge mûr soumis au Décalogue et à la coutume. Sous ce régime, la paix et la stabilité s'étendent, de la famille, à la race entière. Au contraire, comme nous le montrent les volumes suivants, ces deux biens s'amoindrissent peu à peu d'Orient en Occident : c'est surtout parce que, de proche en proche, l'autorité patriarcale s'affaiblit selon la même proportion que les autres causes de bien-être signalées dans ce paragraphe et démontrées par ce volume.

§ 3. LES RACES MODÈLES DE l'oRIENT. XlII

La troisième cause est l'étendue des territoires non appropriés à la culture, ou, en d'autres termes, la jouissance d'un sol disponible et l'abondance des productions spontanées fournies par les terres ou les eaux. I La libre disposition du sol et des produits qu'il offre gratuitement aux populations apporte un puissant concours au règne de la paix sociale. C'est, il est vrai, le moins indispensable des trois éléments du bien-être; mais les deux autres n'y ont jamais complètement suppléé. Dès que le sol est entièrement approprié à la culture, les classes dirigeantes ne maintiennent l'harmonie qui doit les unir intimement aux classes populaires qu'en procurant à celles-ci, par divers moyens, des ressources équivalentes. La connaissance des moyens employés à cet effet, selon la nature des lieux, est fournie, avec une extrême précision, par les monographies de familles. Elle sera fort utile pour la solution du problème qui s'impose aujourd'hui aux nations manufacturières de l'Occident.

En résumé, le règne de la loi divine, la ferme constitution de la famille, la jouissance gratuite du sol inculte et de ses productions spontanées conservent à certaines races de l'Orient le bonheur le plus stable que l'humanité ait connu jusqu'à ce jour. Quelques détails complémentaires vont mettre en lumière les circonstances dans lesquelles ces trois causes principales élèvent le bien-être d'une race d'hommes au plus haut degré de perfection.

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