OXYDASES OU FERMENTS OXYDANTS DIRECTS
OZONIDES.
Les oxydases ou ferments oxydants directs, comme les appelle Bourquelot (1), appartiennent au grand groupe des diastases ou, ce qui revient au même, des enzymes, des ferments solubles ou des ferments diastasiques, et à ce titre possèdent des propriétés et des caractères communs aux diastases en général.
Parmi ces propriétés communes aux ferments diastasiques en général, les deux principales sont :
1"' Possibilité de déterminer sous un poids infiniment petit des transformations infiniment grandes ;
2° Influence constante de la chaleur sur l'activité du ferment soluble, cette activité croissant avec la température jusqu'à une limite optima de 40° à 45° en moyenne, faiblissant, au contraire, au delà de 60° à 70°, pour se détruire totalement à 100° environ. Les autres propriétés
(1) Bourquelot. — Congrès international de Moscou, 1897 [Journal de Pharmacie et de Chimie, 6^ série, t. YI, p. 42G).
des ferments soliibles sont : la précipitation par l'alcool fort dans lequel ils sont insolubles ; leur solubilité dans leau, lorqu'ils ont été desséchés et réduits en poudre après le traitement à l'alcool ; leur fixation sur les précipités déterminés au sein des mélanges qui les contiennent; enfin, ils ont la propriété de ne pas dialyser.
Les caractères d'action des ferments diastasiques sont bien dilTérents suivant le ferment considéré, et l'on sait que les diastases sont d'ordre multiple : diastases d'hydratation, de liquéfaction, de coagulation, d'oxydation, pour ne citer que les plus actives d'entre elles. Diiclaux a défini ainsi le caractère d'action des oxydases (1) ^ « celui de permettre à r oxygène atmosphérique de se porter rapidement à la température ordinaire et^ dans des conditions qui restent physiologiques^ sur des corps^ que cet oxygène^ sans les oxydases, n attaquerait que plus lentement ». C'est donc là le rôle des oxydants directs, celui de prendre directement l'oxygène pour le fixer ensuite rapidement sur les substances oxydables de l'organisme.
C'est Schonbein (2) qui, le premier, avait émis l'hypothèse qu'il pouvait exister des corps excitateurs de l'oxygène, possédant la double
(1) DucLAux. — Traité de iiiici'obiologio. Diastases, toxines, venins, p. 5Go.
(2) ScHÔNDELN. — Juu/'nal /'. prakt. Chemie, 18G8, t. GV, p. 198.
OXYDASES. — OZONIDES. 23
propriété de fixer cet oxygène durant un certain temps et de le céder ensuite, pour les oxyder, aux substances oxydables, mises à leur contact. Nous trouvons la démonstration de cette hypothèse dans Texemple suivant cité par Bourquelot (1) : « Une macération aqueuse d'orge germée, battue en présence d'un air ozonisé, acquiert la propriété de fixer une partie de l'ozone sur cet air. Cette macération, mise en présence d'un corps oxydable, devient dès lors capable d'oxyder ce corps, en lui cédant son oxygène, et l'oxydation ainsi produite pourra, suivant la substance oxydable choisie, se révéler par une réaction caractéristique. »
A ces macérations ozonisées, à ces substances excitatrices de l'oxygène, Schônbein donna le nom à'ozfmides, de porte-ozone (ozontrager).
Dans la pensée de Schônbein, comme le fait remarquer Bourquelot, une partie de l'oxygène se fixait sur ces corps à l'état d'ozone prêt à passer sur d'autres corps. »
Ces ozonides ne sont pas de véritables ferments oxydants, des diastases oxydantes. Ils peuvent bien, dans certaines circonstances, se charger d'oxygène et céder cet oxygène, ils sont d'assez bons véhicules, mais de mauvais chargeurs, et
(1) Bourquelot, — Remarques sur les matières oxydantes que l'on peut rencontrer chez les êtres vivants [Journal de Pharmacie et de Chimie, 6» série, t. V, p. 465; 1897).
leur marchandise cédée, ils deviennent incapables du transport de nouvelles provisions. Ils sont usés. Le phénomène d'oxydation, toujours peu marqué, est terminé une fois pour toutes.
Tout autres sont les véritables oxydases. Avec ces dernières nous devons retrouver le caractère propre d'une diastase, la disproportion énorme entre l'effet et la cause qui l'engendre, son rôle actif restant pour ainsi dire indéfini.
Une petite quantité de cette oxydase peut, dans certaines conditions, fixer, puis véhiculer de grandes provisions d'oxygène et provoquer ainsi l'oxydation de notables quantités de matières oxydables.
L'oxydase se montre bon chargeur, chargeur actif, écoulant rapidement sa provision d'oxygène, et renouvelant cette provision toujours la même pour combler les vides au fur et à mesure qu'ils se produisent. Ainsi, pour emprunter encore un exemple à Bourquelot : si, à une solution d'indigo additionnée d'un peu de carbonate de soude, on ajoute une solution de glucose et que l'on chauffe légèrement, l'indigo, cédant son oxygène au glucose, va perdre sa couleur bleue. Laisse-t-on refroidir, l'indigo, fixant à nouveau l'oxygène de l'air, récupérera sa coloration première, prêt à la perdre une seconde fois, en cédant cette nouvelle provision d'oxygène, pour oxyder à une certaine température
FERMENTS OXYDANTS INDIRECTS. 25
une nouvelle quantité de glucose. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que la totalité du glucose, qui peut être renouvelé presque à l'infini, soit complètement oxydée.
Il est juste d'avouer qu'en pratique, et surtout en ce qui concerne les oxydases du corps des animaux, on ne constate pas le renouvellement indéfini de ces diastases oxydantes. Cela tient sans doute à ce que l'on opère le plus souvent in vitro ^ dans des conditions qui ne restent pas physiologiques, et qu'à côté de ces ferments oxydants, peuvent encore exister des substances réductrices amoindrissant réellement ou masquant seulement le phénomène.