MÉTHODES DE CHOIX
des flacons ne donne le matin aucune réaction, après mise au contact direct de tissu de chien récemment sacrifié. Le soir, c'est-à-dire quelques heures après, cette même teinture provoque une réaction immédiate, alors que celle conservée dans le flacon B, bouché et à l'abri de la lumière, restait sans action sur le même poumon. Il en est de même pour les solutions de paraphénylènediamine, d'hydroquinone, de pyrogallol. On doit chercher l'explication "de ce phénomène dans ce fait que de l'eau oxygénée se forme dans ces solutions, cela grâce à l'oxydation directe de ces corps au contact de l'oxygène de l'air : ce sont les corps oxydables de Traube. L'eau oxygénée ainsi formée peut vivre côte à côte de l'acide gaïaconique, sans oxyder cet acide et provoquer son bleuissement, mais il suffira de mettre au contact une substance décomposant l'eau oxygénée pour que l'oxygène ainsi mis en liberté détermine la coloration bleue immédiate. Ainsi sera révélée la présence d'un ferment oxydant indirect et non d'une véritable oxydase.
Enfin, non seulement il peut se former de l'eau oxygénée dans les réactifs eux-mêmes ; mais il peut s'en former également dans les tissus, organes, ou humeurs en expérience. C'est là un fait sur lequel les auteurs, sauf Lépinois, n'insistent pas. Or, beaucoup de substances organiques, et en particulier les capsules surrénales
(Lépinois), sont capables de modifier les propriétés chimiques de l'oxygène de l'air, et peuvent engendrer de petites quantités d'eau oxygénée ou de peroxydes analogues.
Nous avons pu constater nous-mêmes que certains fragments d'organes de chien (poumon, pancréas), abandonnés le matin au laboratoire, sur la table, en plein soleil et à une température élevée, donnèrent le soir, avec la teinture de gaïac, une réaction bleue positive. La réaction s'était pourtant montrée négative le matin avec des fragments similaires frais des mêmes organes. On ne pouvait dans ce cas incriminer la formation d'eau oxygénée au sein de la teinture, puisqu'elle ne donnait aucune réaction après mise au contact des tissus d'un chien tout récemment sacrifié.
On voit de quelles précautions il faut s'entourer. La présence d'eau oxygénée fausse les résultats, et l'on sait qu'elle peut prendre facilement naissance, soit dans les réactifs, soit dans les humeurs, ou le parenchyme des organes en expérience.
// nous semble donc nécessaire de n'accepter : comme appartenant au groupe des ferments oxydants directs ou oxydases^ que ceux recherchés à ïaide de r acide sallcy tique et de la mensuration des volumes respectifs cV oxygène et d acide carbonique ; et : comme appartenant au groupe des
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ferments oxydants indirects^ que ceux dont on a mesuré le volume dégagé de F oxygène de l'eau oxygénée^ dans des conditions de précision absolue.
11 ne suffit pas, en effet, de mentionner dans une expérience, des conclusions hâtives ; il faut tenir encore grand compte de l'influence de la chaleur, de la réaction du milieu (acide, neutre, alcalin), de la lumière, de la présence de corps réducteurs ou de corps suroxydés.
Certaines oxydases ne peuvent être décelées qu'à une certaine température, comprise en général entre 40 et 50*", parfois plus élevée (oxydase de la bile par exemple). La chaleur à 100°, l'ébullition détruisent le ferment oxydant direct, qui ne peut récupérer ses propriétés par le refroidissement.
La lumière joue également un grand rôle dans les phénomènes d'oxydation (diastase de la casse du vin) (Duclaux).
L'influence de la réaction du milieu est incontestable. Certaines oxydases des tissus des animaux inférieurs, écrevisse, langouste, ne peuvent être décelées qu'en présence de l'alcalinité du milieu, l'acidité entravant toute réaction.
Les corps réducteurs peuvent agir puissamment et masquer le phénomène.
Ainsi, Bourquelot (1) cite l'exemple suivant: on met en présence du sérum de bœuf et quel-
(1) Bourquelot. — Luc. cit., p. 471.
ques gouttes de teinture de gaïac, puis on ajoute quelques gouttes d'eau oxygénée. Un bouillonnement se produit, l'oxygène est mis en liberté. Cependant aucune coloration bleue n'apparaît. Il faut, pour qu'elle apparaisse, ajouter à plusieurs reprises de nouvelles provisions d'eau oxygénée. Les corps réducteurs du sérum fixaient et gardaient pour eux l'oxygène de l'eau oxygénée mis en liberté, et ce n'est qu'après la saturation de ces corps réducteurs, que l'oxydation de l'acide gaïaconique est devenue possible.
Nous avons, de notre côté, vu qu'en plaçant du sérum humaia dans de certaines proportions en contact avec une solution aqueuse de suc de feuilles ou de tubercules de dablia, et en mettant les tubes à l'étuve à 45°, on n'obtenait plus la réaction noirâtre par l'adjonction d'une solution de tyrosine, alors que les tubes témoins privés de sérum présentaient encore nettement cette réaction.
De Rey-Pailbade (1) a mis en évidence directement ce pouvoir réducteur des tissus. Il a prouvé que les tissus frais des animaux renferment un ferment réducteur, le pbilotbion (diastase d'hydrogénation de Duclaux), ferment qui possède le pouvoir de fixer de l'hydrogène à froid sur le soufre.
(1) En. DE Rky-Pailhade. — Pouvoir n'Mhictcur dos tissus (Sociélé de Biulu<jie, 3 avril 1897 et 20 mars 1898).