PRIMAVERA, GIUVENTU DE L'ANNO
Maintenant arrivent les pluies : pluies grises et menues des brouillards, pluies d'étoupes et pluies de cordes, qui clapotent sans arrêt, pluies furibondes, qui crépitent en grêle. La bourrasque cesse et recommence; le ciel sanglote et sourit; c'est le diable dans le nuage qui fait l'amour à sa femme; mais tantôt elle le griffe en hurlant. . .
Et déjà cependant, à travers le ciel délavé, le soleil envoie des rayons plus chauds; à la fourche d'un frêne, un pinson engourdi les capte délicieusement dans ses plumes qui s'ébouriffent; les roitelets chantent, de leur petite voix qui stride comme un ressort de montre; des mésanges piaulent en sautillant dans les branches ; et les bergères frileuses, leur troupeau broutant la tige amère des genêts, se pelotonnent au fond des halliers et réchauffent leurs pieds mouillés.
Les chenilles des noisetiers sont tombées; les saules allongent leurs houppes grises; les bour-
geons des groseilliers s'éveillent; la vie monte dans l'arbuste; mais l'herbe des prés reste encore flétrie.
Comme "des fantômes de fleurs, les perceneige et les anémones balancent leurs corolles pâles. Sur les hauteurs, les blés tallent en carrés de verdure sombre.
Le ciel s'adoucit tout à fait; les vents sont des caresses; la pluie a cessé. Mais la terre, qui l'a bue, la regorge en ruisseaux écumants. Ils tombent en cascades des talus, courent dans les rigoles, s'étendent en nappes, s'infiltrent encore et ressortent aux trous des taupinières. Sous cette coulée de vie, l'herbe pointe et s'unit en festons. Autour des villages, où elle pousse plus drue, les taurillons et les génisses largués galopent et se poursuivent, et les agneaux bêlent de leurs voix claires.
Aux soirs tombants, les mères brebis descendent des pâtures; elles s'avancent en broutant et en bêlant comme eux. Elles se hâtent davantage; ils s'échappent de leurs enclos; et
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c'est, dans toutes les fermes, avec le tintamarre des clochettes, une clameur immense et confuse, quand chaque mère et chaque petit s'appellent et, d'un instinct sûr, s'en vont l'un vers l'autre entre des centaines.
Bientôt cependant leur clameur s'apaise; on n'entend plus que la voix plaintive de quelque orphelin à la toison hirsute et aux jambes gourdes, un orphelin qui pleure, rebuté de tous côtés; les autres, en mordant la mamelle, frétillent de la queue; et les brebis, qui parfois les lèchent, laissent voir du bonheur dans leurs yeux glauques, où brille une agate.
Enfin, sous les rayons persistants du soleil qui la presse, la belle dormeuse se détend et s'épanouit, se pare et se transforme; sa toilette du jour efface les richesses de la veille, et, comme des franges à son manteau d'herbes, les arbustes des bordures bourgeonnent et se garnissent. Les grands arbres chenus, vieillards glacés par l'âge, ne sont pas encore partis ; mais la sève luit sous l'écorce lisse des peupliers
et des frênes, et, dans leurs branches qu'elle sature, les enfants découpent des sifflets et des trompes qui résonnent.
Les taureaux meuglent, les pleines voix des laboureurs retentissent, les oiseaux sont là : le coucou dans les bois, le rossignol dans les haies, la caille dans les blés.
Tout chante, tout feuille, tout pousse et va fleurir.
C'est Mai.