PROLOGUE
charge de redevances, de larges bandes de territoire. C'était tel carre de plaine, tel coin de vallée, tel « coteau », telle « côte » dans la montagne, avec une partie en bas-fonds pour servir de prés, des terres profondes pour les labours, et des puechs (podia) ou monts, pour la dépaissance des troupeaux. D'où leur viennent , en certains lieux, les noms de Costa, Cotta, Cot, dont les Costes, la Coustarie, le Coustal, Costes-Gozon, qui subsistent encore.
Mais le mot de « pages » était plus en harmonie, dans le Midi, avec les étymologies de la langue et le développement de l'institution. En effet, par suite de la prospérité et de l'accroissement de la population agricole sur ces premiers tènements uniques, les descendants du concessionnaire primitif se ramifièrent autour de lui. Là où il n'y avait eu d'abord qu'un foyer, se formait bientôt un village, dont les nombreux habitants étaient tous frères ou cousins et dont les tenures s'enchevêtraient. Le seigneur, pour plus de commodité, et les tenanciers, pour main-
tenir les censives primitives, généralement peu élevées, en arrivèrent naturellement à convenir d'une redevance pour toute l'agglomération. Le tenancier du noyau initial, qui en était responsable, était dit « le pages », c'està-dire le représentant du seigneur, le plus ancien, le plus direct, ou, à la fin, le plus riche, le chef.
Les « pagésies » de village étaient ainsi créées.
Mais ces pages et ces pagésies ont relativement peu duré. Grâce à la fertilité des fonds d'origine, les descendants des premiers tenanciers prirent bientôt une situation prépondérante et se firent anoblir; ou bien, suivant une loi d'évolution générale, ils délaissèrent les travaux de la terre pour le commerce et les charges; ou bien, enfin, ils ne purent maintenir leur suprématie au regard des voisins venus de moins haut, et, perdant leur situation, ils perdirent leur nom et leur rang.
Ceux qui ont surtout survécu, ce sont les pages solitaires, cantonnés aux parties les plus