PROLOGUE
sauvages du territoire, les moins bien lotis en étendue et en qualité.
Soit que leur tenure ne pût longtemps nourrir qu'une famille, soit que ces chefs plus âpres et plus ardents n'en eussent point voulu consentir le démembrement, ils l'ont préservée intacte en reprenant pied à pied et sans cesse les concessions arrachées. C'est ce qui explique que, dans beaucoup de hameaux, se trouvent, à côté de la grande ferme, tant de vieilles masures abandonnées et tant de vestiges de petites clôtures, intentionnellement détruites pour remettre tout le sol dans l'exploitation du début. Et ainsi, après plus de mille ans, tantôt au sommet d'un coteau, parmi les bruyères, tantôt au milieu d'une vallée, entourée de pommiers d'hiver mangés de gui, tantôt sur Viaur ou sur Yioulou, dans des moulins qui tournaient au temps des Romains et des druides, au milieu de tout ce qui périt ou qui change, se sont conservés les vieux mas et la forte race des pages.
Archéologues, qui lisez aux vieilles pierres, venez voir aux manteaux des cheminées an-
tiques ou aux linteaux des maisons refaites avec les clefs de voûte primitives, et vous trouverez souvent des dates antérieures aux Croisades.
Historiographes; chartistes, collectionneurs de vieux papiers, cherchez les parchemins d'achats, moisis au fond des armoires, et vous constaterez que, bien avant que tel marquis ou tel comte, qui se croit un sang plus bleu, eût pris un nom de terre, Jean Boudou, Joseph Barrau, Gaffier, Séguret, Vergnes, Bousquet, Pierre Blanchis, Jacques Salvatet tant d'autres, étaient dans leurs terres, comme aujourd'hui.
Mais pour s'y implanter, pour y durer ainsi, que de labeurs et que d'efforts de la longue suite des ancêtres il leur a fallu, depuis le jour où. au penchant de la colline ou dans la combe la plus abritée, près de la bonne source, le premier d'eux était venu dresser, pétrie en terre et couverte de genêts, la première cabane, noyau des solides et spacieuses bâtisses actuelles, berceau de leurs vigoureuses lignées!
Que de labeurs et que de peine, depuis que les fourrés impénétrables de bois et de ronces, Les