‹ Les "Pagès"Chapitre 7 sur 33 · PROLOGUE li · texte numérisé non relu

PROLOGUE li

les colères, du père contre les enfants, des frères entre eux, vous-mêmes soumises à toutes les rudesses, à toutes les rebuffades !

Et vous, domestiques, non, aides, amis fidèles, petits vachers, futurs bouviers qui, dès dix ans, sans plus de peur du loup et de la vipère qu'à vingt ans de l'ennemi, poussez vos « vaccades » dans les devèzes les plus ombreuses; vieux pâtres de brebis, savants du temps, des eaux et des simples, qui portez le camias et la limousine comme des pasteurs bibliques, et jouez du fifre, ainsi que des bergers de mythologie; villageois de misère que l'on voit encore, comme il y a mille ans, attaquer avec la pioche un coin de friche et qui la féconderez à son tour, votre histoire à tous n'est pas moins pleine, et qui l'entreprendrait écrirait une légende dorée de vos vertus !

Mais tout cela est déjà du passé, croule et tombe chaque jour. Une transformation morale, plus profonde peut-être que la transformation sociale, bouleverse les assises séculaires de la propriété terrienne. Les plus grands domaines

ne sont plus à leurs anciens maîtres; à chaque crise un peu forte, les riches des villes les ont • acquis pour les abandonner à des fermiers qui les dévastent, ou, s'ils y apparaissent à la belle saison, c'est pour y porter, au heu des nobles exemples de travail et de sobriété qui en partaient jadis, des habitudes corruptrices de paresse, de luxe et de plaisirs.

D'un autre côté, les petits paysans qui ont réussi à s'élever, se jugeant malheureux par contraste, maudissent leur sort; les plus pauvres, enfin, gagnés par l'attrait des villes et des plara, désertent le pays; les cabarets qui se multiplient, la démoralisation qui s'étend...

Ainsi la terre rouergate et la terre d'Auvergne et la terre de Guyenne paraissent bien mourir. elles aussi, dédaignées, délaissées, scandalisées par leurs meilleurs enfants.

Au spectacle de tant de ruines et de misère morale, la pitié s'émeut et le cœur se serre. On redoute l'avenir; on regrette ce passé de joies modestes et sûres, de souffrance résignée, de bonheur quand même...

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