CHUA-HAI-BA
Pendant une période de 149 ans, sous les empereurs de la dynastie chinoise des Han (de 111 avant J.-C. à 38 après), l’Annam eut à subir des gouverneurs chinois.
Le dernier de ces gouverneurs, nommé To-dinh, se signala par son injustice, son incurie et sa froide férocité.
A cette époque vivaient deux sœurs également douées de qualités rares, habiles, hardies, savantes et vertueuses, l’aînée se nommait Trung-trac, lajîadette Trung-nhi, elles descendaient de la famille royale des Hung, du pays des Giao-chi, et habitaient toutes deux le huyen de Mi-linh, du phu de Phong-chau.
Trung-trac avait épousé un homme du huyen de Clni-duyen nommé Chi-sach, cet homme déplut à To-dinh qui, sans autre motif, le fit décapiter.
L’assassinat de Chi-sach porta à son comble la fureur populaire, il y eut spontanément un soulèvement général ; Trung-trac dépouilla ses vêtements de femme, revêtit la cuirasse et se mit à la tête des révoltés, sa sœur se joignit à elle ainsi que les mandarins Cu’u-hoang, Nhût-nam, et Hop-pho. De tous les côtés les insurgés se ruèrent sur les Chinois, l’armée de Trung-trac fit des prodiges, soixante-cinq villes se soumirent à l’héroïne et tous les Chinois furent rejetés au delà des frontières. Le féroce To-dinh ne dut son salut qu’à une fuite précipitée ; mais l’empereur chinois Quang-vu le fit poursuivre, arrêter, et il fut incarcéré à Thiêm-nhi.
Trung-trac, proclamée reine, établit sa capitale dans la province de O-duyen (1) et régna avec la plus grande sagesse.
Trois ans après ces événements, l’empereur Quang-vu voulut prendre sa revanche ; il réunit une armée puissante et la lança contre l’Annam ; il en avait confié le commandement au plus brave de ses généraux, Ma-vien, et lui avait adjoint un vaillant officier Lu’u-lang.
L’armée chinoise rencontra les Annamites, à la tête desquels étaient les deux sœurs Trung, dans les montagnes de Lang-son,
[1] Aujourd’hui partie de la province de Son-tay.
et l’attaque commença aussitôt : on se battit avec acharnement de part et d’autre et lorsque la nuit vint, aucun parti n’avait eu l’avantage sur l’autre. Alors commença une guerre d’embuscades et d’escarmouches au cours de laquelle Trung-trac déploya les plus grandes qualités militaires. Mais l’armée annamite s’épuisait en hommes tandis que de l’autre côté les Chinois arrivaient toujours plus nombreux.
Trung-trac dut abandonner le terrain et battre en retraite, elle ne le fit qu’en guerroyant et tint ainsi pendant plus d’un an l’ennemi en échec. Lorsque, après avoir défendu sa patrie pied à pied contre l’envahisseur, elle arriva au ruisseau de Cam-khé (1), elle voulut tenter un dernier effort avec ce qui lui restait de soldats.
La lutte fut sanglante et désespérée, mais l’avantage resta aux Chinois et les deux sœurs furent tuées dans la mêlée.
Afin de perpétuer le souvenir de sa victoire, Ma-vien fit élever dans plusieurs endroits des colonnes de cuivre (2) sur lesquelles furent gravés ces mots : « Le jour où cette colonne disparaîtra, il en sera fait de la race annamite. »
Les chroniqueurs ne sont pas d’accord sur la fin des deux héroïnes ; d’aucuns prétendent que Trung-nhi seule périt sur le champ de bataille et que Trung-trac, le désespoir dans le cœur, se retira sur le montHi (Hi-so’n) d’où les génies la transportèrent au ciel.
Quoiqu’il en soit, les deux sœurs Trung sont demeurées pour l’Annam la personnification du patriotisme, et les habitants du chau qui les a vu naître ont élevé, à l’embouchure du Songhat (3), une pagode où elles sont adorées.
On raconte que, la vingtième année du règne de Anh-tong, de la dynastie des Ly (1158 ap. J .-G.), l’Annam souffrit d’une sécheresse excessive, le roi envoya le bonze Cam-thin faire des sacrifices à la pagode des deux sœurs afin d’obtenir de la pluie, et il plut le lendemain. Dans sa joie de voir le pays sauvé de la famine par cette pluie bienfaisante, le roi se lit porter dehors dans son palanquin et contemplait les rizières désormais humides et reverdissantes. Lorsqu’il s’endormit, les deux sœurs lui
[1| Ce ruisseau passe au village de Du’o’ng-tay, près Yen-lay, province de Son-tay.
[2] Ces colonnes furent élevées dans trois endroits différents; près la ville de Kouang-nam dans le Tonkin, près du mont Feun-meo qui sépare la province de Canton du Tonkin, près de Sseu-lintchéou, ville du Kouang-si appartement alors au Tonkin (Histoire de Chine, de Mailla).
« A deux lis de la forteresse de Qui-minh-quang, on rencontre une montagne rocheuse sur « laquelle s’élève une colonne de bronze. Elle m’a paru haute de dix pieds et épaisse de plus de » dix brasses ; sa couleur ressemble à celle de la pierre. » ( Histoire des relations de la Chine avec l’Annam, page UU, Déveria).
[3] Le Day.
apparurent en songe, se nommèrent, lui dirent qu’elles apportaient la pluie et qu’elles accorderaient ainsi tout ce qui leur serait demandé dévotement. Elles étaient l’une et l’autre coiffées d’un chapeau en forme de fleur phu-dong (1), vêtues d’une robe bleue serrée par une ceinture rouge; elles montaient un même cheval de fer que le vent emporta. Lorsqu’il s’éveilla le roi fut frappé de ce songe, il fit embellir la pagode et assura un sacrifice perpétuel.
La dévotion du roi Anh-tong aux deux sœurs Trung ne fit que s’accroître et ce fut lui qui, plus tard, fit construire à leur intention une seconde pagode près de la ville de Hanoi, sur le territoire de Dong-nhan, entre la digue et le fleuve.
Il existe une autre version qui modifie complètement les circonstances de la mort des deux Jeanne d’Arc tonkinoises et de l’érection d’une troisième pagode qui est celle que nous avons étudiée ; d’après cette version qui a cours dans la province de Hanoi, Trung-trac et Trung-nhi n’auraient pas péri dans la bataille mais se seraient noyées de désespoir dans le Day, et c’est pourquoi on leur aurait élevé une pagode au confluent du Day et du fleuve Rouge.
Plus tard la seconde pagode élevée à Dong-nhan ayant été emportée par l’inondation, on la reconstruisit derrière la digue de Hanoi, au-dessous de la ville, au village de Huong-vien.
Cette pagode qui jouit dans toute la contrée d’une grande réputation s’appelle « Chua bai Bà» (la pagode des deux dames). On peut s’y rendre par la route de Hué que l’on quitte après avoir dépassé les dernières cases du faubourg de Hanoi pour prendre à gauche un sentier qui, passant au travers un cimetière où l’on voit quelques tombes monumentales, atteint le bosquet de la pagode à environ cent cinquante mètres de la route.
La pagode se compose d’un vaste bâtiment entouré de dépendances, une ancienne chaussée pavée, encore indiquée dans quelques endroits, passait jadis entre deux pylônes très élevés, dont l’un est maintenant renversé. On remarque à l’extérieur une stèle de pierre au sommet arrondi, préparée certainement pour recevoir une inscription qu’on n’a pas encore gravée, elle est couchée sur le sol, le piédestal, qui représente une grosse tortue, git également à quelques pas dans l’herbe. Des banians arcbiséculaires étendent au-dessus des bâtiments leurs branches colossales.
[!| Hibiscus.
A l’intérieur, on remarque deux gros éléphants noirs, en terre peinte, pourvus de défenses naturelles, la pagode est bien tenue et assez richement ornée. Le sanctuaire, soigneusement voilé sur ses quatre faces par de grandes tentures rouges, se compose d’une plate-forme en pierre d’un mètre de hauteur environ ; il renferme les statues des deux sœurs et occupe le centre du quadrilatère formé par la pagode et les annexes ; à droite et à gauche du sanctuaire se trouvent des chapelles basses fermées par des nattes, on y voit les statues habillées des servantes des deux sœurs.
Le service de la pagode est assuré par des bonzesses sous la direction de la veuve d’un ancien tong-doc de Hanoi, femme d’une grande affabilité et je dirai même d’une certaine distinction.
Cette supérieure des bonzesses ne laisse que difficilement soulever les draperies du sanctuaire, on parvient généralement à vaincre ses répugnances en laissant quelque argent pour les réparations de la pagode.
Les statues des deux sœurs Trung sont de dimensions colossales, elles sont habillées d’étoffes et représentées à genoux les deux mains levées vers le ciel, Trung-trac est vêtue d’une robe de soie jaune et Trung-nhi d’une robe de soie rouge.
Toutes deux portent une coiffure dorée extraordinairement compliquée et surchargée de fleurs d’hibiscus en papier doré. Les tables à offrandes sont encombrées de vases, de flambeaux, de monceaux de fleurs et de fruits. Il règne dans ce milieu une obscurité complète, on ne peut voir les statues qu’à la lueur d’une bougie.
Une inscription sur pierre perpétue le souvenir de la reconstruction de la pagode à Huong-vien, en voici la traduction :
« Les actions extraordinaires sont généralement l’apanage de l’homme, aussi, quand dans le cours des siècles une femme, s’élevant au-dessus de la condition de son sexe, accomplit des actions héroïques, il faut employer tous les moyens pour en perpétuer le souvenir.
« Les deux sœurs Trung étaient fdles de Lac-tuong qui luimême descendait des roi Hung. Aussi belles, aussi pures que leur famille était noble, leur corps et leur esprit étaient l’ivoire et le diamant.
« Depuis trois cents ans, Van-lang et Ba-thuc gémissaient sous un joug exécré ; les gouverneurs chinois ne songeaient qu’à ruiner le pays et à violenter les habitants ; quand la tyrannie fut à son comble, Trung-trac, dont on avait massacré le mari,
souleva les Annamites et se mit à leur tête pour chasser les Chinois. Sa sœur, par dévouement, se joignit à elle.
« Jusqu’alors, l’une et l’autre s’étaient vêtues de riches étoffes soyeuses, leurs mains délicates n’avaient jamais touché que des bijoux ; elle revêtirent la lourde cuirasse de fer et manièrent la lance et l’épée.
« En moins de trois mois, les Chinois taillés en pièces avaient regagné la Chine, cinquante-six villes étaient reconquises et la patrie annamite revivait avec Mi-linh pour capitale.
« Ne sont-ce pas là des faits prodigieux ?
cc Aussi lorsque plus tard, au ruisseau de Càm-khê, elles se sont volontairement donné la mort, il ne faut pas mettre cette action extrême sur le compte du désespoir, mais seulement considérer que la mission surnaturelle dont elles étaient chargées ayant pris fin de par la volonté céleste, elles retournaient ainsi volontairement dans la patrie des génies.
« Les corps flottant sur l’eau, se sont métamorphosés en statues de pierre et sont venus échouer sur la rive du Nhi-ha (1).
« La 3e année du règne de l’empereur Anh-tong, surnommé Dai-dinh, de la famille Ly, un temple fut érigé en leur honneur au village de Dong-nhan, de l’arrondissement de Thanh-tri. De grandes grâces ont été obtenues par les fidèles dans ce temple, aussi les rois et les peuples l’ont-ils toujours vénéré et enrichi d’offrandes précieuses.
(( Mais le fleuve rongeant continuellement ses bords, le temple a disparu sous les eaux, le roi le fit reconstruire au village de Huong-vien, de l’arrondissement de Tho-xuong.
« C’est désormais ce village qui sera chargé de sacrifier aux deux génies, de brûler de l’encens, d’entretenir les lampes du sanctuaire, et cela éternellement, car le ciel et la terre n’auront . jamais de fin.
« C’est pour perpétuer à jamais le souvenir de la reconstruction de ce temple que nous avons gravé sur la pierre l’exposé de ces faits merveilleux.
« Duong-dinh-ruy-thanh, licencié, originaire de la province de Hung-yen, surveillant provincial de l’enseignement (doc-hoc), à Hanoi, a composé cette inscription. »
(1) Fleuve Rouge.
PAGODE DE LINH-LANG NHATCHIÊU
On lit dans le premier volume de Lich dai nhân thân thap ugu, qui porte le titre de Viêt diên u linli , l’histoire merveilleuse suivante :
« Linh-lang était un descendant de Ilông-bàng, de la première famille royale annamite (1).
«. Son père, Lac-long, ayant épousé Au-cô, la fille de De-lai, en eût cent garçons qui furent séparés en deux groupes, cinquante occupèrent les montagnes, et les cinquante autres régnèrent sur les eaux.
« Linh-lang fut le premier de ceux qui régnèrent sur les eaux; six de ses frères vécurent près de lui et devinrent de puissants génies favorables aux hommes et aux animaux. Ils se nommaient Bach-giap, Hoàng-giap, Hai-giap, Thanh-giap, Chu-giap, Tugiap. Le grand lac de Hanoi faisait alors partie du domaine aquatique de Linh-lang, et une pagode lui avait été élevée sur les bords.
« Le roi Thanh-tôn. de la dynastie Tràn (1259), n’avait jamais eu d’enfants et désespérait d’en avoir jamais, la reine Minh-duc se désolait également, elle faisait de pieux pèlerinages à la pagode de Linh-lang, offrait des sacrifices et quand le temps le permettait entreprenait de longues promenades en barque sur le lac.
« Un jour, elle fut prise dans la pagode d’un irrésistible sommeil, elle s’étendit sur un lit de repos et eut un songe extraordinaire.
« Un homme était devant elle vêtu d’une robe de soie brochée de fleurs, coiffé d’un bonnet garni de fleurs de lotus, ses lèvres étaient rouges et son visage avait l’éclat du diamant, il lui dit: « Je suis Uy Linh-lang, le génie souverain de ce pays, j’ai obtenu du Ciel la permission de me manifester à la reine et de la remercier de ses offrandes et de ses prières. »
« La reine s’éveilla et tout à coup sentit tressaillir un enfant dans son sein.
(1) Hông-bàng-thi est reconnu par tous les Annamites comme le premier roi des Giao-chi ; ils disent qu'il était l’arrière-petit-fils de Than-nong, un des premiers empereurs de Chine. Il existe entre les chronologies annamite et chinoise des divergences énormes quant aux faits relatifs à cette énoque.
D’après les Chinois, Than-nong monta sur le trône l’an 2.818 avant J.-C. et les historiens annamites placent le commencement du règne du petit-fils de Than-nong l’an 2,874; comment Kinh-du’o'ng aurait-il pu régner 56 ans avant son grand-père?
« Sa grossesse dura douze mois, au moment de la délivrance chacun attendait l’apparition de quelque enfant miraculeux mais la consternation fut grande en voyant la reine accoucher d’un sac informe.
« Ceci se passait à l’heure de minuit, le 2e jour du 2e mois de l’année cyclique Tàn-su’u.
« Le roi et la reine, inconsolables, firent enfermer ce sac dans un coffre de bambous et envoyèrent leurs serviteurs l’exposer sur le bord du lac près de la pagode.
« A peine fut-il déposé sur le sol, que ce coffre brilla d’un éclat extraordinaire ; tous les passants s’arrêtaient pour le regarder, mais aucun n’osait s’en approcher.
« Lorsque le soleil tut élevé d’environ trente pieds sur l’horizon, il se fit comme un bruit de tonnerre, le coffre se brisa, et on aperçut au milieu un petit garçon qui pleurait; il était couché sur le dos et sa voix avait le timbre d’une cloche.
« Le roi et la reine furent de suite avertis de ce miracle, ils envoyèrent leurs serviteurs pour s’assurer qu’on ne les trompait pas, la reine ne pouvait croire à un tel prodige, mais le roi lui expliqua que cela s’était déjà produit, en effet Khu’o’ng Nguyen, la première femme du roi Cao-tàn, avait jadis enfanté Hàu-tac de la même manière..
« On emporta l’enfant au palais et on le confia aux femmes pour le nourrir et l’instruire. Ses progrès furent rapides, à cinq mois il savait parler, au bout d’un an il marchait, se levait, se couchait et agissait seul comme un homme. Ou lui donna alors le nom de Uy-dô.
« Son intelligence se développa, il devint habile dans les lettres et apprit également un grand nombre de métiers.
<( Il aurait voulu se faire bonze mais ses parents n’y avaient pas consenti, il en était résulté un peu de mauvaise humeur de sa part; quand il eut vingt ans, il déclara qu’il voulait courir le monde, se revêtit de pauvres habits et partit.
« Il se rendit dans l’arrondissement de Nam-xang, au village de Vu-dièn, pour y étudier la magie près d’un maître célèbre nommé Khang-công; en moins de trois mois il avait pénétré tous les mystères de cet art difficile. Il étudia ensuite l’astronomie, la science de l’origine de la terre, les livres de Tam-giao et de Cu’u-lu’u ; il apprit les prières, les formules et les pratiques des prêtres de toutes les religions et acquit une renommée immense.
« Le roi et la reine le firent rechercher, le décidèrent à revenir près d’eux, mais comme la vie oisive de la cour lui pesait,
on lui fit construire, au sud du village de Binh-tho, une maison très confortable, son père lui servit une rente mensuelle, et il vécut ainsi, dans la retraite et l’étude, pendant plus de quinze ans.
« Le roi avait eu d’autres enfants dont l’un, plus fait pour la vie publique que son aine, lui succéda sous le nom de Nhàn-tôn, pendant le règne de ce prince, l’empereur chinois Nguyen déchaîna sur l’Annam plus de 400, 000 hommes divisés en deux armées sous le commandement de Thoa-tô.
« L’épouvante était extrême dans tout le pays, on sentait qu’il était difficile de s’opposer à une pareille invasion.
■ (( Uy-dô, voyant le danger que courait sa patrie, sortit de sa retraite et prêcha la résistance, il jura de repousser l’ennemi ou de mourir au premier rang. Il demanda au roi l’autorisation de lever des volontaires, et ne tarda pas à réunir autour de lui 10,000 hommes auxquels il communiqua son courage et son ardeur.
«Après les avoir exercés de diverses manières à se former en bataillons, il les lança sur un parti de Chinois à Ban-than, le dispersa et le poursuivit à outrance.
« Puis, il revint sur le tleuve de Dông-mai où il remporta encore une brillante victoire; il opéra ensuite sa jonction avec les généraux Nhàt-quat et Hung-dao du camp de Viêt-kiêp.
« Sur le territoire de Man-tru, il surprit le camp de Dông-kêt, attaqua toutes les armées chinoises, livrant la bataille jusqu'à huit fois par jour et gagnant autant de victoires. 11 massacra plus de 30,000 Chinois et s’empara du général Can-hi-hoa-la.
« L’ennemi fut contraint d’abandonner la lutte et l’Annam recouvra la tranquillité ; pour le récompenser le roi le nomma Dam-trach-dai-vuong,' il n’avait alors que trente-six ans.
«Le 8e jour du 8e mois de l’année Binh-ti, à midi, il mourut sans maladie. En mémoire de sa science et de ses vertus, ainsi que, pour perpétuer le souvenir des services qu’il avait rendus à l’État, on a fait construire une pagode à l’endroit même où il fut exposé après sa naissance; cette pagode s’appelle Nhatchièu, elle a deux autres noms qui sont Linh-bao et Linh-lang. »
Celte histoire fait allusion à un épisode de l’invasion des Tartares mongols, la plus belle page des annales annamites.
Koubilaï, petit-fils de Gengis Khan, fondateur de la dynastie mongole en Chine (Yuouan ou Nguyen) avait déclaré la guerre au roi d’Annam, et envoyé un demi-million d’hommes pours’emparer du pays ; mais ces troupes aguerries, qui avaient guerroyé dans la moitié du monde, s’étaient emparéesde la Perse, de l’Asie centrale, de la Chine, vinrent se briser contre le patriotique héroïsme des Annamites.
La guerre dura six ans, de 1284 à 1290, avec des alternatives de défaites et de victoires, enfin l’avantage resta aux Annamites, la flotte ennemie tomba entre leurs mains aveequatre de ses meilleurs généraux. La dernière armée tartare fut écrasée en face de Hanoi, entre le fleuve et Phu-tu’-son, le Géant du Nord dut s’avouer vaincu.
La pagode de Linh-lanh-nhàt-chiêu se trouve à environ trois kilomètres de Hanoi sur le bord du grand lac. à gauche de la digue du bastion nord, placée au milieu d’un bosquet de bambous il serait fort difficile de la découvrir si quelques tours à étages (sthoupas) élevées vur des tombeaux de bonzes, n’émergeaient de la rizière, en dehors du bosquet et ne la signalaient à distance. Les bâtiments sont à peu près ruinés, l’intérieur est misérable, quelques bonzes assurent l’exercice du culte.
PAGODE DE CHIEU THUYEN
(près le grand lac de hanoï)