‹ Les pagodes de HanoiChapitre 17 sur 27 · DITE PAGODE BALNY · texte numérisé non relu

DITE PAGODE BALNY

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Celle pagode, située sur la route de Son-tay, auprès du Pont de Papier, occupe l’emplacement d’un vieux palais datant de la première dynastie des rois Ly. La ville de Hanoi, à cette époque, s’étendait dans la direction du village du Papier, sa forteresse et ses monuments publics recouvraient les énormes tumulus qui se trouvent entre le boulevard Parreau et la roule de Son-tay. Ces tumulus, dont le plus important a conservé le nom significatif de Montagne de l’étendard des Ly, renferment encore les substruclions des anciens édifices et le sol environnant est littéralement couvert, on pourrait dire composé, de fragments de tuiles, de poterie, de briques mandarines.

Le boulevard Parreau couronne la digue que les rois Ly avaient construite pour protéger le vieil Hanoi, que l’on appelait alors Thanh-long, la cité du Dragon , contre les inondations. Les Annamites appellent toujours cette digue la digue des L\l ÇK\

La tradition rapporte qu’un des rois Ly, on ne dit pas lequel, ayant vu mourir dans un de ses palais, son fils unique qu’il aimait beaucoup, fit raser ce palais et construisit une pagode à la place. Les différents corps de l’Etat et l’armée voulurent concourir à la construction de cette pagode. Lorsque l’on procéda, il y a quelques années à la réparation de la pagode Linh-lanh, on retrouva deux colonnes du temple primitif sur lesquelles étaient gravés les caractères hu’u quân et ta quân. Ces caractères signifient que les colonnes avaient été données, l’une, par le corps d’armée de droite, l’autre, par le corps d’armée de gauche.

Le tumulus qui soutenait l’ancien palais est boisé et se prolonge derrière la pagode ; il aboutit à une large chaussée surélevée de plus de 4 mètres au-dessus de la rizière; celte chaussée communique avec le tumulus de l’ étendard des Ly qui, ainsi que son nom l’indique, devait supporter le palais impérial.

Il n’est pas permis de toucher à celte chaussée ; les Annamites prétendent qu’elle constituent le corps du Dragon dont le tumulus de la pagode Linh-lanh forme la tête, et que les calamités les plus graves fondraient sur la contrée si on se permettait même d’y planter un arbre.

Un étang assez vaste se trouve devant la pagode, au milieu

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de cet étang, on voit une petite ile boisée, c’est encore un dragon sacré dont la tête est sous les eaux.

Les bords de cet étang sont couverts de banians dont les branches et les racines adventives retombent dans l’eau et ressemblent à d’énormes serpents enchevêtrés.

Une grande allée bordée de magnifiques manguiers conduit à l’entrée du temple, les ombrages de cette pagode sont délicieux, c’est un des buts de promenade des habitants de Hanoi.

Au pied de l’escalier qui descend sur le petit, chemin pavé de briques mandarines, on remarque un autel en plein air sur lequel est peint le caractère Tho (longévité) ; les vieillards viennent y faire des offrandes; plus loin, au pied même du temple auquel on accède par deux hauts escaliers de pierre, se trouve une petite chapelle minuscule fermée par un store; elle est dédiée à un esprit femelle très méchant. Cet esprit, qui habite les forêts, poursuivait et exterminait les ouvriers envoyés pour abattre les bois nécessaires à la construction de la pagode, on ne put l’apaiser qu’en lui promettant de lui construire un temple spécial, mais comme on n’avait pas dit de quelles dimensions on le lui ferait, on se vengea en ne lui faisant qu’une réduction de temple.

Cet esprit est toujours très redouté; les Annamites prétendent que celui qui prononce son nom doit s’attendre à tous les malheurs, aussi son nom est-il oublié.

La pagode de Linh-lanh ne renferme absolument rien d’intéressant, ni statues, ni objets d’art, ni inscriptions.

La stèle commémorative qui existe dans les plus modestes temples fait défaut dans celui-ci, la tradition seule a conservé le souvenir de son origine.

Derrière le monticule boisé se trouve le village de Thu-lê, ! complètement entouré et clos d’un mur de défense. C’est dans ce village que s’étaient réfugiés les Pavillons-Noirs au matin de l’affaire qui coûta la vie à Francis Garnier.

Ce village fut dégagé le même jour par Balny d’Avricourt dans sa marche sur Phu-hoai, à l’heure même où Francis Garnier était massacré au coin d’un bosquet de bambous, sur la digue qui passe devant la pagode.

Quelques heures plus tard, Balny d’Avricourt, repoussé de Hoaiduc, fut tué près de la pagode Linh-lanh ; le docteur Chedan qui l’accompagnait put, à grand peine, rallier ses hommes, une dizaine à peine, à l’abri des arbres et des bâtiments de la pagode, il ne put naturellement soutenir l’effort des ennemis et dût se replier en combattant sur Hanoi.

La pagode Linh-lanh fut encore témoin du combat dit du Pont-de-Papier (19 mai 1883), où furent tués Henri Rivière, Berthe de Yilers, Moulun et Jacquin.

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