PRÈS DE KÈ-BUOI (VILLAGE DU PAPIER
<; Do-nguyên-suy a confié la rédaction de celle inscription à « Phung-Iuân-duc et à Phung-ruy-roan, tous deux notables du « village de Trich-sai.
« Nguyen-tu’-cuong, phu de Phong-tiên, ayant appris que « dans le village de Trich-sai une propriété de treize mao et « six dixièmes de mao, constituant la dotation inaliénable de la « pagode de Diëu-khanh-dai-vuong, était au pouvoir de gens « qui n’y avaient aucun droit, décida, de concert avec les man- « darins, qu’il fallait restituer les champs dont le produit doit « être exclusivement affecté aux dépenses du culte et que celui « qui n’obéirait pas à cet ordre serait puni.
« C’est ainsi que la pagode de Trich-sai, élevée à la mémoire « de Diêu-khanh-dai-vuong, rentra en possession de ses biens.
« 11 est dit dans le livre Lê-ky que le grand roi a décidé que « des honneurs divins seraient accordés à ceux qui auraient ren- « dus de grands services à l’État.
« Si l’on consulte le livre de U-ling-tap on trouve qu’un grand « nombre de héros ont mérité ces honneurs, mais il n’en est « aucun parmi eux dont le mérite égale celui de Muc-thai-uy
« Le royaume jouissait de la paix la plus grande sous le gou- « vernement du roi Anb-tông, de cette dynastie célèbre des Iran.
« Le monarque aimait à se 'reposer du souci des affaires en « regardant les pêcheurs du grand Lac de Hanoi (Tây-hô).
« Un jour que la barque royale se trouvait au milieu du lac, « le ciel s’obscurcit subitement sans qu’il y eut la moindre appâte rence de nuages. Muc-công, qui accompagnait le roi sur celle « barque, fut saisi d’épouvante devant ce fatal augure et l’on ne « savait à quelle conjecture s’arrêter lorsqu’apparut, sortant de « l’eau, un tigre énorme qui voulut se précipiter sur le roi.
« Muc-công lança, avec le plus grand sang-froid, son filet ce sur la bête féroce que l’on par /inl ainsi à capturer et que l’on ee enferma dans une cage de fer.
<ï Le roi Anb-tông, reconnaissant, conféra à Muc-công la « dignité de Uô-uyet lui fit présent de tout le territoire qui ente toure le lac de Hanoi ; de plus, après sa mort, il lui donna le
« titre honorifique de Thây-uy-công et fit construire ce temple « à sa mémoire.
« Depuis ce temps, l’esprit de cet homme de bien s’est, en « toute circonstance, manifesté de la façon la plus favorable ; « grâce à lui les malheureux ont été consolés, la famille royale « qu’il a manifestement protégée, a toujours été prospère.
« Les notables du village de Trich-sai, qui se sont chargés de « l’inscription, doivent également assurer l’ exercice du culte.
« Cette table a été gravée le 22e jour du 2e mois de la 4e an- « née du règne de Vinh-huu (173G). »
Anh-tông, le héros de l’épisode merveilleux relaté sur la stèle de Trich-sai, était le 4e roi de la dynastie Trân ; il régna vingt et un ans, de 1293 à 1314.
Il monta sur le trône à l’âge de 18 ans et commença à se signaler comme un libertin : accompagné de jeunes gens de son âge, il parcourait, la nuit, les rues de Ilanoi en quête de bonnes fortunes ; dans une de ces équipées, il reçut à la tête un coup de brique dont il conserva la cicatrice.
Il s’enivrait de telle façon que ses compagnons devaient le faire transporter dans cet état au palais.
Cependant, il se corrigea de ses vices, grâce à son père qui, l’ayant surpris un jour en état d’ivresse, lui infligea devant toute la cour une telle humiliation d’amour-propre qu’il s’enfuit du palais et n’y rentra que grâce à l’intervention d’un lettré qui plaida sa cause et obtint son pardon.
Son règne fut assez rempli, il eut h réprimer des insurrections à l’intérieur, fit la guerre au Ciampa et s’empara de la capitale.
Il abdiqua, l’an 1314, en faveur de son lilsMinh et mourut six ans après, à l’âge de 45 ans.
C’est à partir du règne de Anh-tông que cessa, pour les rois d’Annam, l’usage de se faire tatouer sur les cuisses la figure du dragon, emblème de la noblesse de l’origine et témoignage des vertus héroïques. Lorsque le père du jeune prince voulut lui faire subir cette opération répugnante, il sut se dérober adroitement ; le père, croyant la chose faite, n’en parla plus et plus tard le roi non tatoué épargna cette coutume à ses enfants. (1)
(1) Voir l'Histoire générale de l'Annam ( Nam-viêt-su-ky ) et le Cours d'Histoire Annamite de I*. Truong-vinh-ky.
LA PAGODE DE HUYEN THIÊN
Cetle pagode, desservie par des bonzesses, est située à gauche d’une petite ruelle perpendiculaire à la rue du Papier (hang-giây) à Hanoi, entre cette rue et la digue du fleuve.
Elle occupe le fond d’un jardin planté d’aréquiers et de banians. A droite, sur le côté de la pagode, un édicule en maçonnerie percé de trois portes cintrées abrite la stèle commémorative de l’érection de la pagode; une autre stèle, couverte de caractères absolument rongés par le temps et la mousse, indéchiffrables, se dresse dans l’herbe, sur le côté opposé.
A l’intérieur, les bouddhas sont remarquablement entretenus, la statue de Huyen-Tliiên est une des nombreuses incarnations de Tran-vu, à qui on a élevé sous d’autres formes un grand nombre de temples dans le royaume.
Le plus connu de ces temples est la pagode dite du Grand- Bouddha, près du grand lac de Hanoi, qui contient la colossale statue en bronze noir du Génie (1).
Huyen-thiên, dans le temple que nous étudions ici, a sa statue en bois laqué de différentes couleurs et doré. Elle est de dimensions énormes, sans approcher toutefois de celles du Grand- Bouddha. L’attitude du personnage est la même dans les deux pagodes, ainsi que les emblèmes de l’épée, du serpent, de la tortue, et le geste symbolique de la main gauche.
La partie du fond du premier temple est entièrement consacrée au bouddhisme. On remarque un très joli bouddha assis, de trois mètres de hauteur, flanqué de chaque côté d’une statue debout de la déesse Quan-am.
Sur les côtés, six des présidents des tribunaux de l’enfer (Luc- Diên) sont sculptés avec un certain art. Sur une étagère sont rangés une grande quantité de tubes de bambous recouverts de laque rouge ; ils renferment les noms des enfants placés par leurs parents sous la protection du Génie de la pagode.
On rencontre quelques tables de pierre portant des inscriptions, les unes sont scellés dans le mur, les autres sont placés sur des piédestaux, toutes sont relatives aux différentes réparations de la pagode et donnent les noms des pieux bienfaiteurs.
Une seule présente de l’intérêt, c’est celle qui est abritée sous le petit édifice du jardin.
(1) Voir la pagode de Tran-vu, page 5.
En voici la traduction :
Inscription commémorative de la construction de la pagode de
Huyên-thiên .
« Ce temple est élevé à la gloire de Iluyen-thiên Tran-vu «. Nguyen-quan, le plus grand des Génies.
« Il comprend treize entrecolonnements, fut élevé sous le règne « du roi Thiêu-binh (1) de la famille Lê et réparé sous le règne « du roi Vinh-tô (2).
« Il contient la statue du Génie bienfaisant.
«. A l’avénement du roi Tu duc les bâtiments étaient de nouveau « ruinés et le village appauvri ne pouvait les restaurer.
« Pendant l’été de l’année Binh-ran, alors que j’étais mandarin « de la justice à Son-tay, j’appris que le temple de Huyen-tbiên « allait disparaître; je m’empressai de me rendre dans ce vil- « lage, et de mettre mes biens à la disposition des notables. « Chacun voulut m’aider dans cette bonne œuvre: les mandarins « civils et militaires, les lettrés, les marchands, les gens du « peuple. Des colonnes et des charpentes de bois neuf furent « rapportés du Thanh-hoa par Nguyen-hu’u-thuc.
« Lê-hu’u-loc, attaché au service judiciaire, et Nguyên-dinh-dô, « officier (Hiêp-quan) du régiment de Hu’u-châu ; se sont chargés « de surveiller les travaux.
« Les plans ont été tracés par Mai-xuân-bach, mandarin de « la justice.
« Les travaux ont été commencés à l’automne de Mâu-râu ; au « commencement de l’année Dinh-mao, tout était terminé. Avec k ce qui restait de matériaux on fit une autre pagode de sept « entrecolonnements.
« Le nouveau temple est élevé sur les fondations de l’ancien.
« Les habitants du village, heureux de la réussite de cette « réédification, m’ont confié le soin de rédiger cette inscription.
« Le temple a été réparé avec l’aide de l’esprit, les hommes « n’y sont pour rien, aussi n’ai-je consenti à relater ces eircons- «. tances que pour me conformer à la coutume.
« Les noms des donateurs sont gravés sur la pierre avec l’in- « dication des sommes qu’ils ont versées.
« Je m’appelle Lê-khac-can, j’ai pour prénoms Khac-phu ; j’ai « obtenu le grade de licencié lors des examens de l’année Qui- « mao. Je suis actuellement Quang-loc-lu’-khanh, et Bô-chinh de « Hanoi. Je suis originaire du village de Uu-dam, du huyen de « Phong-diem dans le phu de Thu’a-thien. »
1) TMêu-binli, titre dynastique, Thai-tùng (1431). (2) Vinh-tô, titre dynastique, Thân-tông, (1618).