‹ Les pagodes de HanoiChapitre 23 sur 27 · LÀ PAGODE DE SINH-TU · texte numérisé non relu

LÀ PAGODE DE SINH-TU

Les temples élevés à des particuliers et non a des divinités sont très rares au Tonkin. Hanoi en possède deux, le premier est le temple de Bach-ma, élevé à la mémoire du général chinois Cao-bien (1), et le second, la pagode de Sinh-tu’ consacrée à Nguyen-hu’u-do, actuellement vice-roi du Tonkin.

Ce temple est situé hors la ville, vers la route de Sontay ; son érection date de quelques années seulement, tout y est entier et flambant neuf, la maçonnerie, les peintures, les laques, les ors. Les pavés des cours sont propres et secs, les objets sont soigneusement entretenus et essuyés pas des gens proprement vêtus ; cela repose un peu de la décrépitude sordide et du délabrement de la plupart des édifices similaires.

En attendant sa statue laquée, qui n’y prendra place qu’après sa mort, l’image photographiée de Nguyen-hu’u-do repose sur l’autel central, entourée de tous les accessoires du culte et de tous les présents dus à l’amitié ou à la reconnaissance. Le texte et la traduction chinoise d’un arrêté du général Brière de l’Isle, déclarant que cet édifice est une propriété particulière et doit être respecté, est gravée sur une plaque de marbre blanc.

On remarque dans cette pagode, une des plus grandes cloches du Tonkin ; elle porte, selon l’usage, le nom du monument auquel elle appartient et les noms des donateurs.

Deux immenses tables de marbre sont scellées dans le mur qui forme écran, en avant des bcâtiments; elle sont couvertes des textes dédicatoires dont nous donnons ci-après la traduction.

fre stèle

« A la gloire de Nguyen-hu’u-do, grand mandarin, né au « village de Tong-khe.

« 11 apparut dans le pays troublé comme un libérateur, « comme un sauveur.

« Sa bonté est si grande qu’on lui a élevé un temple bien « qu’il soit encore vivant.

« Les annales nous enseignent que plusieurs personnages « illustres de l’antiquité méritèrent cet honneur.

« Huyen-tien pour son mérite ; Chu-cong-thuc, gouverneur « de Ky-chau pour sa bonne administration ; le roi fil élever en e plus à ce haut fonctionnaire une statue dans la province de « Dong-do.

(1) Voy. page 77.

« Do-nguyen-khoi, gouverneur de Kinh-chu, à la gloire de \ « qui les habitants firent graver une inscription honorifique sur « une stèle de pierre qui fut érigée près du fleuve Han-thuy.

« Par son admirable talent, Nguyen-hu’u-do a pu, tout à la fois, « dans les temps les plus dilliciles, commander aux troupes, « assurer la subsistance du peuple, maintenir l’ordre à l’inté- « rieur, entamer des négociations avec l’extérieur et rédiger des « traités de paix.

« Aussi, après la guerre, les affaires les plus pénibles et les « plus délicates lui lurent confiées. Qui pourrait nier que la « vaste intelligence et le grand esprit de justice qui l’animent, « ne sont le résultat des heureuses influences de la montagne « où il est né et du fleuve qui arrose son village?

« Le tông-doc de Hanoi (1) appartient à la famille Nguyen, il « est né au village de Tong-khe, il a la pureté, l’éclat et la force « d’une colonne de diamant.

« Il acquit, dès le début de sa carrière, comme administrateur « du huyen de Nghiêu-phong, une grande renommée. Il fut « chargé, à cette époque, du règlement d’importantes questions « de commerce maritime et de douanes, puis investi successive- « ment des fonctions de quan-phu de Thuc-luyen et de Doan- « liung; il fut le rempart inébranlable de ces préfectures.

« Lorsque, au printemps de l’année Nhâm-ngo, après une « période difficile, le représentant de la France et Sa Majesté v le Roi d’Annam convinrent d’établir les bases d’une entente « cordiale, personne, â la cour de l’Annam ne pouvait être « chargé des négociations. Ce fut encore à lui que l’on confia « cette mission délicate, et il eut le bonheur, en cette « circonstance, d’être pour son pays ce que furent autrefois « Vê-ba-ngoc, gouverneur du Giang-thanh et Ru’o’ng-thu’c-tu’, « qui sauvèrent, par leur sagesse, leur patrie de la ruine.

« Grâce à lui, désormais le royaume est en paix.

« Tous les habitants de Khuc-thuy et de Dông-ru’o’ng l’aiment « comme un père. Il a réparé la porte sud de la citadelle et la « maison de Tu’o’ng-su’o’ng.

« Il a, dans toutes les circonstances, témoigné d’une grande « préoccupation pour la sauvegarde des intérêts du peuple et « donné l’exemple du plus complet désintéressement, imitant <i le sageLy-côc qui lit jadis le bonheur de Uyên-ki, et Phu’o’ng- « tu’o’ng qui construisait de ses deniers des temples bouddhiques.

« Les gens du peuple et les lettrés, confondus dans un même « sentiment de reconnaissance, se sont réunis pour lui élever ce « temple, témoignage impérissable du culte que lui a voué le « pays tout entier.

(1) Nguyen-lm’u-do était à cette époque tông-doc de Hanoi.

(( Lorsque des deux côtés le* hostilités reprirent et qu’il lut « question de réviser le traité, ce fut lui encore qui donna le sage «. conseil de déposer les armes afin de pouvoir, avec calme et « sang-froid, débattre les intérêts du pays.

« Ceux qui voulaient la guerre ne songeaient pas à l’avenir; « aussi, la capitale ayant succombé, le roi dut-il engager le prête sent pour obtenir la paix. Le roi rappela les troupes et les « soldats de la montagne de Tam-diêp durent retourner à Hué ; <* ce fut encore lui qui fut chargé de faire exécuter l’ordonnance « royale. Il fut alors poursuivi par la haine et la vengeance de « ses ennemis, et fit preuve, en cette circonstance, de la plus « grande patience unie à la plus grande activité.

« En six mois, il avait réorganisé l’administration, commandé « une armée, révisé les rôles d’impôt, fait construire la digue de « Nhat-chiêu et les pilotis du village de Dia-bao.

« Après tant de malheurs, le peuple goûtait le repos le plus « complet et semblait renaître à la vie, les soldats étaient tous « inactifs.

« Ces avantages inappréciables, ô le plus sage des hommes ! « sont dus à votre mérite. Fasse le ciel que Sa Majesté vous laisse « à notre tête, nous chantons la chanson Côn-y et la poésie « Xich-tich en votre honneur.

« Nous espérons en vous, grand mandarin, et vous considérons « comme un arbre immense placé au centre du royaume; nous « vous consacrons ce temple qui contient, en outre, les autels de « Bich-cau et de Ngoc-ho, le souhait de longévité, le buffle en or « et le cheval blanc.

« La pagode de Sinh-tu’ sera éternelle comme la table de « granit de l’Etat. Elle est comme l’odorant oranger que personne « n’oserait détruire.

« Située près de l’autel de Kinh-thien et du portique de « Rhuê-cac, la brise du fleuve Nhi-ha vient la rafraîchir.

« Vous êtes la colonne d’or qui soutient notre faiblesse, vous « êtes la lumière éclatante du diamant précieux qui éclaire notre « obscurité.

« Nous avons vu le lotus rouge dans le lac bleu et nous « chantons la grâce des bambous flexibles du rivage du fleuve Ky.

« Vous êtes le sage, que votre image repose en paix sur cet « autel ; nous souhaitons que vous atteigniez à l’àge extrême et « que le bonheur ne vous fuie jamais.

« Nguyen-tu-gian, docteur, ministi^ de l’intérieur, a composé « cette inscription le 24e jour de la cinquième lune de la lrc année « du règne de Kiên-phu’c.

« Les mandarins civils et militaires, les lettrés et les habitants

« de la province de Hanoi en onl fait graver le texte sur « le marbre.

2e stèle

« De toutes les qualités humaines, la première est la vertu, «. la seconde le mérite; celui qui réunit le mérite à la vertu est « un homme parfait digne d’être adoré.

« Nguyen-hu’u-do, dont le nom littéraire est Ili-bui, est né « dans le pays de Ha-lhanh de la province de Thanh-hoa; il est «. lils de mandarin.

« Après avoir obtenu le grade de licencié, il débuta comme « professeur à Kinh-môn; il fut ensuite nommé huyên de « Nghiêu-phong, puisquan-phu etpourvu, en outre, d’attributions « militaires.

<.( Nommé plus tard quan-bô de Hai-du’o’ng et Tien-phu-su’. « il se distingua dans les combats par ses grandes qualités « militaires et conquit sur le champ de bataille le titre de Thi- « doc. Sa majesté lui a conféré le titre de Quang-loc-khanh.

«. Il fut enfin appelé à la cour en qualité de bien-ly du mi- « nistère de l’intérieur et il se distingua dans ces fonctions par « la dignité de son maintien et la sagesse de ses avis. Telle « était la réputation qu’il sut acquérir que le roi le nomma « vice-président du ministère de l’intérieur, et lui donna un « pavillon.

« Quand survinrent les difficultés du Tonkin, il demanda et «. obtint l’autorisation de prendre part aux opérations militaires.

« Il fut nommé pho-su’ du phu de Doan-hung, puis tông-doc « de Son-tay et enfin de Hanoi, qu’il contribua à relever de « ses ruines.

« Envoyé comme ambassadeur pour négocier le traité, il «. reprit ensuite ses fonctions à Hanoi. Les fonctionnaires et le « peuple étaient transportés de joie en le voyant revenir parmi « eux, ils disaient : Nous soupirons après vous ; quand le temps » est troublé la seule présence du sage suffit à rassurer les « peuples.

« A l’exemple du sage Bui-tê-chu, il lit reconstruire les digues « afin que les habitants des campagnes ne deviennent pas des

poissons, et à l’exemple du.guerrier Cung-bôt-hoi, il combattit « pour son pays, et son courage rassura les peuples couchés » sous le malheur comme tes herbes sous la tempête. La guerre « civile désolait le royaumej il conseilla de faire cesser les « discordes sanglantes afin de permettre la discussion des traités « avec les autres états.

« Il est notre père, disent tous les habitants ; près de lui, « la plus humble chaumière comme la plus riche habitation « trouve la même protection. 11 nous faut lui construire un « temple impérissable. Sa modestie lui a fait refuser une pre- « mière fois ce témoignagnc de notre reconnaissance, mais les « enseignements de l’histoire sont là pour nous dire que Cam- « mau-thiêu, simple fonctionnaire subalterne, Do-tri-ru’o’ng et « Tuan-yen-ru’o’ng, simples préfets ont eu les honneurs du « temple; la génération actuelle doit donc absolument, sous « peine d’être convaincue d’ingratitude, faire pour lui, dont « le caractère a l’éclat et l’inaltérabilité du diamant, ce que les « générations précédentes ont fait pour d’autres.

cc Nous avons déterminé remplacement d’après les rites et « nous avons élevé ce temple dans lequel chaque année nous « nous réunissons dans un sentiment commun de reconnais- « sance.

« Nous lui apportons l’offrande de nos cœurs, le tribut de « notre gratitude, le sacrifice de nos dévouements et tous les « souhaits qu’on peut faire pour son bonheur et sa longévité.

« Désormais notre histoire nationale aura à enregistrer d’heu- « reux jours, la montagne Nung-so’n et le fleuve Nhi-ha vont ci retrouver leur ancienne splendeur.

« Si ce temple est indestructible comme le sentiment qui a «. présidé à son érection, il durera encore dans cent mille ans.

« Nguyen-duc-dat, docteur, tuan-phu de la province de llung- « yen, a composé cette inscription, le jour propice du 5e mois « de la lrc année de l’empereur Kien-phuc.

(.c Les mandarins civils et militaires, les lettrés et les habitants « de Hanoi l’ont fait graver sur le marbre. »

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