LÀ PAGODE DU MAT
( GHUA-MOT-COT )
Cette pagode, bien connue de tous les promeneurs de Hanoi, se trouve près de la porte ouest de la citadelle, entre la digue des Ly et la grande pagode de Van-miêu, que l’on appelle vulgairement la pagode des Corbeaux.
Elle se signale de loin par son portique à étages, et de près par la singularité d’un petit monument élevé sur un seul pilier au milieu d’une pièce d’eau.
C’est ce petit monument que l’on nomme Chua-môt-côt (temple de la Colonne) ; lui seul présente un intérêt historique et archéologique, les bâtiments qui l’entourent sont banals, ils ont été successivement construits pour contenir les idoles bouddhiques et loger le bonze.
Le village auquel appartient la pagode se nomme Thanh-bu’u, il fait partie du huyên de Vinh-thuân.
On raconte ainsi les circonstances de l’érection de la pagode du Mât.
Le roi Thanh-tông n’avait jamais pu avoir d’enfants et il en éprouvait un chagrin profond. Une nuit, pendant son sommeil, il vit la déesse Quan-am assise sur une gigantesque lleur de nénuphar qui sortait de l’eau, elle tenait dans ses bras un jeune enfant et fit signe au roi de venir s’asseoir près d’elle.
A son réveil, le roi rassembla les mandarins et leur raconta le songe extraordinaire qu’il avait eu; tous furent d’accord qu’il fallait consulter un bonze pour en avoir l’explication.
Le bonze dit au roi: ce La déesse vous a manifestement promis un fils; il convient de reconnaître cette grâce en lui élevant une pagode à laquelle vous donnerez la forme d’une fleur de lotus. »
Le roi donna immédiatement des ordres, on éleva au milieu d’une pièce d’eau une colonne de pierre destinée à figurer la tige du lotus et la pagode fut construite au sommet.
Quelque temps après, traversant le village de Thu’o’ng-lôi, Thanh-tông aperçut une jeune fille d’une grande beauté qui, baissant les yeux avec modestie, se tenait dans son jardin, sans s’occuper de la foule qui se pressait devant le cortège royal.
Le roi la fit venir devant lui, en devint amoureux et la prit comme favorite. L’année suivante (1058) il eut d’elle un fils qu’il appela Càn-du’c, et qui lui succéda l’an 1073 sous le nom de Nho’n-tông.
Ainsi se trouvèrent vérifiés le songe du roi et la prophétie du bonze.
Le roi Thanh-tông donna d’abord à cette pagode le nom de Duyen-lu’u, qui est un souhait de longévité, et en mémoire de ce premier nom, les bonzes ont continué chaque année de faire, autour de la pagode, une procession à l’effet de prier le ciel d’accorder de longs jours au roi.
Les auteurs annamites ne sont pas tous d’accord pour attribuer à Thanh-tông la fondation du temple de Môt-côt; la version ci-dessus est celle du Hoàng-viêt dia-du’-chi (Géographie de l’Annam).
Dans 1 e Nam-viêt-su’-ky (Histoire générale de l’Annam) on l’attribue au père de Thanh-tông, le roi Thai-tông^et il n’y est ' ^ nullement question de l’épisode de l’enfant. D’autre part, la stèle commémorative située dans la pagode annexe ne parle ni de Thai-tông, ni de Thanh-tông, mais de Cao-vuông.
Or, Cao-vuông est le titre dynastique que prit le général chinois Cao-biên lorsqu’il délivra l’Annam du joug des Nam-chau Tan 860 de notre ère.
La pagode de Môt-côt aurait donc, d’après le Hoàng-viêt-diadu’-chi , 830 ans; d’après le Nam-viêt-su’-ky, 859 ans; d’après l’inscription lapidaire, 1027 ans d’existence.
De la fondation première, il ne reste guère d’authentique que le bassin et la colonne de pierre qui est énorme et composée de deux blocs cylindriques superposés, maintenus par des tenons et des mortaises pratiqués dans la pierre même. Le petit temple est en bois et a dû être reconstruit bien des fois, quant aux autres bâtiments composés d’une habitation pour le bonze, une grande pagode, une seconde pagode annexe, ils sont relativement modernes. Il en est de même du portique monumental de l’entrée qui, avec son étage percé d’ouvertures cintrées, surmonté d’un clocheton, et ses petits toits relevés en pointe de sabot, ne manque pas d’un certain caractère.
A l’un des angles du quadrilatère formé par les bâtiments on remarque, à demi enfouie sous la végétation qui l’envahit de tous côtés, une sorte de terrasse en briques, à laquelle on accède par un escalier d’une dizaine de marches, elle supportait autrefois un pavillon qui devait être le pavillon de la cloche dont il est question dans l’inscription de la stèle. Renversé par un typhon, ce n’est plus aujourd’hui qu’une ruine.
Il faut être doué d’une imagination ultra-orientale pour trouver à la pagode de Môt-côt une ressemblance quelconque avec une Heur de lotus. Elle donne plutôt l’impression d’un vieux moulin à vent chinois à qui on aurait coupé les ailes.
Les lettrés délicats se plaisent à composer des stances poétiques sur la pagode lotus; pour eux les grossières et massives charpentes en forme de potence qui soutiennent l’encorbellement sont les pétales de la (leur épanouie , et la petite logette qui les surmonte est le fruit sacré qui contient dans son sein la déesse de la vie.
Or, à l’intérieur du temple aérien, la déesse de la vie est justement représentée par Siva qui est le dieu de la destruction et de la mort; les pauvres bonzes tonkinois n’y regardent pas de si près.
Un massif escalier de briques qui empiète sur le bassin permet l’ascension du sanctuaire dans lequel il est impossible de tenir plus de trois personnes.
La stèle commémorative se trouve dans la grande pagode près la porte d’entrée.
En voici la traduction.
« Cette inscription a pour objet la glorification des actions « vertueuses des temps passés.
« Bouddha est bon et juste, il couvre de sa protection ceux ((. qui pratiquent la vertu, car les gens vertueux sonl les dévots « de Bouddha.
« Cette pagode est l’une des plus puissantes de l’Annam ; elle « est placée dans le site le plus agréable près de la porte ouest « de la citadelle de Hanoi.
ce Le roi Cao-vuông voulut qu’elle fut supportée par une co- « lonne unique au milieu d’un bassin toujours plein d’eau ; de « plus, il plaça à l’intérieur la statue dorée de Phat-mau, et « ferma le temple au moyen d’une porte recouverte de laque « rouge.
« Le deuxième mois de l’année Mau-tuât, Dang-hoà, gouver- « neur de cette province, se promenant hors de la citadelle, fut « affligé de voir la pagode presque en ruines ; il prit sur son « bien propre l’argent nécessaire, loua des charpentiers pour la « réparer et l’orner de sculptures et de statues.
« Sur les côtés du temple, on voit deux longs bâtiments et le «. pavillon de la cloche. La porte d’entrée est monumentale, « c’est un portique carré.
« Mais en ce monde rien n’est durable; après le bonheur vient « l’adversité et il n’est de solide construction qui ne devienne « ruine.
« Aucun gardien n’étant chargé de veiller à l’entretien, l’ac- « tion du temps produisit de nouveaux ravages, les belles couct leurs dispariuent, les ors se flétrirent.
« Alors, les fonctionnaires civils et militaires et les lettrés de « cette province, rassemblés sous la présidence du tong-doc, « décidèrent qu’il était urgent de procéder à de nouvelles répa- « rations.
« On refit entièrement la porte et les statues, on consolida le « temple et on le rendit inébranlable comme le rempart de « l’État.
« Le mérite de cette pieuse action sera célébré pendant plus « de mille années.
« Enfin, pour assurer le service du culte, l’entretien des « lampes, l’achat des bâtons odorants pour les jours de prières « publiques et pourvoir aux réparations annuelles on a aliéné, « à titre de fondation perpétuelle, le produit d’une pièce de & terre et d’un étang comprenant une superficie totale de plus « de cinq meou, dont la culture a été confiée à un bonze.
« Le promoteur de cette idée généreuse est Dang-van-hoà, « ancien grand tuteur, ancien président du ministère de la « guerre, assistant de droite, ancien général, ancien ministre « des finances, tong-doc des provinces de Hanoi et Ninh-binh. « Il a été assisté par Nguyên-dang-giai, ancien président du « ministère de la guerre, tong-doc des provinces de Son-tay, « IJung-hoa et Tuyèn-quang.
« Cette inscription a été faite le 15e jour du 2e mois de l’an- « née Dinh-mui, la 7e du roi Thièu-tri. »
Le roi Ly-thai-lhông à qui le Nam-viêt-su’-ky attribue la fondation de la pagode du Màt est un des monarques les plus remarquables de la dynastie Ly.
Guerrier consommé, soit qu’il eut à combattre les ennemis du dehors ou à réprimer les émeutes du dedans, il conduisait toujours en personne les expéditions militaires. Il s’empara de Phâtthè, la capitale du Ciampa, et se fit suivre de la veuve, du sérail et des danseuses de son rival qui avait péri dans la lutte.
Cependant, on prétend que la reine ciampoise ne parvint pas jusqu’à Hanoi, fidèle à la mémoire de son mari, elle s’enveloppa de couvertures, se défendit contre ceux qui voulaient l’entraîner près du roi et roula dans le fleuve où elle périt (1).
(1) Tru'o'ng-vinli-ky. — Cours d'Histoire Annamite.
Ce roi éleva l’enceinte extérieure de Hanoi, fervent bouddhiste, il construisit 950 pagodes, lit fondre des cloches d’un poids considérable, dont l’une pesant «6,000 livres se transporta toute seule, disent les annales, à la pagode à laquelle elle était destinée. »
11 fit à plusieurs reprises, dans les cas de disette ou de guerre civile, la remise au peuple d’une partie de l’impôt, distribua des secours en nature et en argent.
11 régla la composition du sérail dont le personnel fut ainsi formé.
Reines et concubines .
Filles du service intime Danseuses ....
Mais l’action la plus grandiose, la plus étonnante pour l’époque et qui suffirait à elle seule pour placer Ly-thai-tông au premier rang parmi les grandes figures des nations civilisées, ce fut la révision des codes civil et criminel et l’abolition de l’esclavage (1041 ).
( i ) Tru’o’ng-vinh-ky, op. ci.