‹ Les palafittes: ou Constructions lacustres du lac de Neuchâtel (volume 2)Chapitre 7 sur 29 · INTRODUCTION. S · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. S

qu'elles diminuent et disparaissent à mesure qu'on s'en éloigne. Il y avait donc une liaison entre les pieux et les objets antiques.

C'est cette liaison que notre ami M. Ferdinand Keller, guidé par son coup d'oeil expérimenté, a su entrevoir et qui, une fois entrevue, est devenue le flambeau qui noiis a conduits à la découverte de tout "un monde ignoré.

En effet, une pareille association d'armes et d'ustensiles indiquait indubitablement la trace de l'homme. Les pieux debout au milieu de ces objets y avaient été placés à dessein, évidemment pour supporter quelque construction. Mais comme le fond qui les recèle se trouve audessous des eaux moyennes , ils avaient nécessairement dû être plantés dans l'eau. Il avait donc existé des habitations ou des magasins bâtis intentionnellement sur l'eau, à l'endroit indiqué parles pieux. Le nombre des ustensiles épars, d'accord avec l'épaisseur de la couche qui les renfermé, témoignait à son tour en faveur d'un séjour prolongé. Par conséquent il y avait eu une époque pendant laquelle les habitants de nos pays se construisaient des abris sur l'eau, si même ils n'y vivaient. C'est la période des constructions lacustres.

L'histoire des sciences offre peu d'exemples d'une conquête aussi brillante de Tesprit humain ; elle nous rappelle celle que, dans un autre domaine, nous devons au génie de Cuvier. Bien avant ce grand naturaliste , on avait recueilli des ossements de mammifères dans les plâtrières de Montmartre. Mais ce qui avait passé inaperçu., c'était la relation de ces ossements entre eux

et avec le milieu qui les recèle. On les envisageait comme des débris du déluge. Cuvier arrive , étudie ces vieux squelettes pétrifiés, et reconnaît dans leur association et dans leur gisement les vestiges de toute une création antérieure à l'homme. 11 avait suBTi au naturaliste français de quelques ossements fossiles pour reconstruire une phase de l'histoire de la terré : il a suffi à notre savant antiquaire de quelques débris de poterie, enfouis sous les graviers du lac de Zurich, pour nous révéler une période ignorée de l'humanité par delà les limites de l'histoire.

L'éveil une fois donné par la première publication de M. Keller ^, dans les Mémoires de la Société archéologique de Zurich, on pouvait compter sur le zèle et l'activité de nos antiquaires suisses, pour exploiter ce filon nouveau, qui ne tarda pas en effet à fournir des trésors scientifiques.

On commença par s'enquérir des pieux dans les autres lacs de la Suisse. Presque partout les^ pêcheurs surent en signaler. Ces pieux devinrent à leur tour des guides précieux qui conduisirent à des découvertes inattendues. AMeilen, on n'avait signalé, à l'exception d'un seul objet en métal, que des ustensiles en os et en pierre. Ailleurs, et plus particulièrement dans les lacs de la Suisse occidentale, on découvrit, à côté de stations rappelant celles du lac de Zurich, d'autres stations qui , au lieu d'objets en silex ou en os , recelaient tout un ensemble d'ustensiles en bronze. Ces objets témoi-

4. Die kellischen Pfahlbaulen inden Schweizerseen. — Mitlbeilungen der antiquarischen Gesellschaft. Zurich, 1854.

liNTRODUCTION. 5

gnaient d'une civilisation beaucoup plus avancée. Donc la période lacustre renfermait plusieurs phases distinctes. Problème intéressant à résoudre , que de rechercher et de fixer, si c'était possible , le caractère propre de ces différentes phases ou époques de la période lacustre. De toutes parts on se mit à l'œuvre. Les découvertes se multiplièrent rapidement et donnèrent lieu à de nombreuses publications consacrées à la description des nouvelles stations et des antiquités qu'elles renfermaient. Le besoin de coordonner les faits acquis ne tarda pas non plus à se faire sentir, si bien qu'aujourd'hui nous possédons déjà plusieurs ouvrages systématiques sur les constructions lacustres, qui, tout en témoignant de la science et delà sagacité de leurs auteurs, ont puissamment contribué à répandre le goût et à populariser l'étude de ce vieux monde à peine ressuscité de son tombeau séculaire. Au nombre des ouvrages qui ont obtenu un succès justement mérité, nous citerons en première ligne celui de M. Troyon ^ et celui de M. Morlot 2, auxquels nous pouvons aujourd'hui en ajouter un troisième, celui de M. Schaub, destiné surtout à populariser l'étude des constructions lacustres dans nos campagnes*.

Le lac de Neuchâtel , grâce à l'intérêt que ses riverains portent à l'histoire de leur pays, ne pouvait man-

4. Habitalions lacustres des temps anciens et modernes. Lausanne, 4860.

2. Études géologico-archéologiques en Danemark et en Suisse. Bulletins de la Société vaudoise des Se. nat., 4860.

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