AGE DU U K ONZE. — AI’PKNDIUE
anciens, dont nous pourrons alors comparer la composition avec celle des bronzes du Nord. Il ne m’a pas été donné de réaliser ce desideratum. Enfin l’origine phénicienne des bronzes répandus au loin sur le continent européen est encore contredite par la découverte de nombreuses fonderies qui prouvent que la fonte du bronze était une industrie indigène chez presque toutes les populations, qui y employaient l'étain du commerce et le cuivre des exploitations les plus rapprochées. ce qui peut seul expliquer la présence dans les bronzes d’éléments accidentels si divers.
Je me résume donc comme suit : la première connaissance du bronze a pu être apportée aux populations de l’àge du bronze aussi bien par les Phéniciens que par d’autres peuples civilisés demeurant plus au Sud-Est ; mais elle devint alors un bien commun, en quelque sorte le type de toute une époque civilisée; elle s'y maintint et s’y développa d’elle-même, jusqu’à ce que, par la découverte et l’extension du fer, l’usage général et exclusif du bronze eût cessé et mis fin, ainsi, à la période du bronze.
Je termine ici le travail commencé il y a cinq ans, avec le souhait que ce travail n'ait pas été inutile, mais qu'il puisse contribuer pour sa faible part à l’avancement de nos connaissances sur les temps anté-historiques, encore si obscurs, de nos ancêtres. Dussent même mes opinions ne pas être exemptes de toute prévention, j’espère cependant que d’autres, avec plus de moyens à leur disposition, reprendront mon travail et, guidés par plus de lumières, le mèneront à bonne fin, en faisant entrer dans le domaine de leurs recherches les bronzes des anciens Perses, des Assyriens, des Babyloniens, des Égyptiens, des Juifs et des Phéniciens.
AGE DU FER
Il y a longtemps que l’on a recueilli sur plusieurs points du lac de Neuchâtel des objets en fer associés à d’autres d'une origine plus ancienne, ainsi h Gletterens, à Bevaix, à Cortaillod, h Font lin réalité, cependant, il n’est qu’une seule station de pilotis qui se rapporte exclusivement au premier âge du fer, c’est celle de la Tène, près de Marin, au lac de Neuchâtel. Elle mérite par conséquent que nous nous y arrêtions un instant.
La rive du lac entre la Maison-Rouge et l’hospice de Préfargier, en aval d’un bas-fond en forme de bourrelet qu’on appelle le Ueidemceg ou chemin des Payens, est essentiellement plate, composée d’un limon fin et tourbeux , le même qui s'étend sous les tourbières avoisinantes. Les vagues du large, en rongeant et minant
I. On Ironve aussi dns objets en fer sur plusieurs points du lac de Bienne, ainsi au Sleinlierj; de Nidau, a Sut):, Latrigen, Hageneck, la Neuveville, Vigneulcs.
AGE Iȟ K EH.
ce banc de limon, y occasionnent de fréquents éboulements qui, vus de la surface, ont l’air de grands rochers abrupts rappelant une jetée. L)e ce que par-ci par-là. un pieu se montre au bord de l’éboulement , quelques riverains, trompés par cette fausse apparence, ont pu en conclure que c’étaient les piquets destinés à supporter l’ancienne jetée. C'est aussi , sans doute, la raison pour laquelle ces pieux, bien que connus depuis longtemps, n’ont pas attiré l’attention. C’est cette étendue de blanc- fond, où l’eau est très-peu profonde (de 60 à 70 centimètres) que l’on désigne sous le nom de Tène 1 .
En naviguant sur ces bas-fonds limoneux de la Tène, on observe, sur nombre de points, des groupes de pieux pour la plupart taillés en pointe et s’élevant de iO jusqu’à 30 centimètres au-dessus du fond , sans arriver à la surface, excepté par les très-basses eaux.
Les pieux sont de l’espèce de ceux des stations de bronze, de moyenne épaisseur, mesurant de 12 à 20 centimètres de diamètre. Ils sont pour la plupart trèsramollis, en sorte qu’il est difficile de les retirer entiers. Les poutres qui gisent çà et là sur le fond sont, en général, moins décomposées. Il y en a qui sont équarries et môme munies de mortaises taillées avec soin. Çà et là on rencontre aussi des traverses attachées aux poutres, débris de quelques anciennes parois ou clôtures.
Ici, comme dans les stations de l'âge de la pierre et
4. Sans doute du latin lenuis, en allemand dünn. Il paraîtrait que, dans certain patois local, on dit « l'eau est tène, » c’est-à-dire peu profonde. Le nom patois de lénevière (\oj. plus haut, page 4 0) a probablement la même origine.
LES l*A LA Fl TT ES.
du bronze, c’est dans le voisinage immédiat des pieux qu’on recueille les antiquités. Dans l’origine, quelques objets ont été trouvés à la surface; mais la plupart sont enfouis à une profondeur de 1 m. à 1 m. 50 c., d’où on les retire en creusant dans le limon. Les objets qu’on obtient de cette manière sont toujours les mieux conservés. Les armes et ustensiles en fer, en particulier, ont pu s’y maintenir intacts, à l'abri du contact de l’air et favorisés en outre par les propriétés antiseptiques du limon tourbeux.
Il est possible que l’on finisse par trouver des antiquités partout où se montrent quelques pieux. S’il en est ainsi, la Tène aurait été un établissement considérable 1 . Jusqu’ici la plupart des objets ont été recueillis sur deux ou trois points d’une étendue très-limitée (mesurant ensemble moins d’un hectare).
Les objets assez nombreux que la station de la Tène nous a fournis depuis quelques années se classent comme suit, dans l’ordre de leur fréquence :
Armes, ustensiles et vases. — Objets de parure. — Monnaies. — Squelettes.