DEPUIS QUATRE ANS
LA JusTIcE
— Le juge qui rend une sentence par contumace se rend plus criminel que sa victime, parce qu'il enlève à celle-ci le plus sacré des droits qu'un peuple civilisé donne à l’homme : c'està-dire celui de se disculper.
— La loi est égale pour tous, disent-ils; mais au contraire la loi est appliquée selon le caprice de ceux qui l’ont en mains, pourvu qu'ils y trouvent leur utilité.
— Je suis innocent et ils me tiennent enfermé au milieu de ces murs, et pourquoi ?... Parce que la justice aussi est corruptible, comme toutes les choses de ce monde. Les juges sont hommes eux aussi, el eux aussi sont faciles à acheter.
— La justice humaine est une justice injuste. Les juges sont vendus, les avocats sont des voleurs et le pauvre innocent est condamné.
— Ils m'ont condamné sans entendre ma défense parce que j'étais dehors. Ils m'ont assassiné et je suis innocent. Justice des Ras Alula |
— C'est la première fois que je tombe en faute : mais pour cette première fois je reconnais combien la justice humaine est fausse.
— Pauvre Bargé ! Pour deux cerises qu’il a mangées il l’ont mis ici à se brosser le bec. Misérable ! Ils ne pensent pas que ce sont eux les voleurs et non nous. Un coup de lance au c... à la justice,
— Mort aux Procureurs du Roi! Ce sont tous des ânes.
(4) J'ai voulu voir si depuis quatre ans il y avait changement dans l'esprit des prisons où j'ai fait les principales observations.
— Personne n’a le droit d'enlever la liberté à l'homme : les juges sont tous des assassins, car ils condamnent des gens plus innocents qu'eux. Vive la liberté!
— Mort à tous les gardes de Poirino qui sont voleurs et espions |
— Mais comment voulez-vous que nous lravaillions si, lorsque nous travaillons, ces. de la questure viennent nous faire perdre notre travail? [ls viennent à chaque instant nous chercher à la boutique, et les patrons, pour ne pas avoir ces policiers autour d'eux, ne pouvant battre l'âne, frappent le bàt el nous meitent dehors. Que de pauvres malheureux se perdent de cette façon.
— L'homme doit travailler, c'est vrai; mais il faut aussi que ceux qui doivent lui donner du travail lui en donnent.
— Mon cher ami, et moi, que dois-je dire ? C'est la septième fois que j'entre dans celte prison de chiens en quinze mois et toujours pour celle sale contravention. La questure vient toujours me prendre parce qu'elle croit que Je suis un voleur, et toujours le Tribunal me remet en liberté.
— Pauvre Angelina, aie patience; je suis malheureux. Ils me persécutent à tort parce que Je ne suis pas mauvais. Mais espère que cette fois aussi ils me feront justice. Donne un baiser aux enfants.
— Qu'il soit maudit celui qui condamne l'innocent. Il en rendra compte à Dieu (1).
A la fleur de l’âge,
Etre condamne ici!
Aux juges, arracher les côtes Je voudrais, pour l’Eternité.
— Celui qui me condamna est un infâme; qu'il lui arrive malheur.
— Père et fils sont enfermés ici à la disposition de la justice humaine qui frappe toujours injustement.
— Sion me condamne au bagne, avant moi, tous les juges, Procureurs du Roi et Chanceliers devraient y aller.
(4) Dans le local de dépôt de police.
— Mon cher Antoine, d'ici à trois jours nous sortirons de cette mauvaise situation ; il est vrai qu'ils nous enverront encore à la questure avec les chaines aux mains, liés comme des chiens, quoique notre peine soit finie ; mais ces policiers auront peu de chose à faire avec nous. Adieu, à nous revoir dans trois jours.
Pédrot,
— S'il venait un tremblement de terre qui ensevelit la questure, ce serait cette fois que je reconnaitrais Dieu.
— Moi qui ai volé une demi-douzaine d'œufs, ils m'ont mis en prison ; les ministres qui volent tous les jours des millions ont les honneurs. Pauvre Italie !!! (1).
— Sans une vraie justice on ne peut vivre; mais la vraie justice ne se trouve pas en ce monde, Dieu seul est juste et il condamnera un Jour ceux qui nous condamnent.
— Amis, réjouissez-vous, car bientôt le nouveau Code nous mettra tous dehors (1).
— Et quand tu seras dehors, la questure, pour se faire honneur, te remettra dedans sans avoir rien fait ! (1).
— Mais, bon Dieu, qu'ai-je fait pour tant me faire souffrir ? Il y a treize mois que je suis en prison et on ne me juge pas encore ; mais il serait préférable de me tuer ! (1).
— Il y a douze mois que je suis jugé et ils me tiennent encore en cellule pour me torturer.
— Rib... Carlo. — Ils m'ont proprement bien servi, Dix ans, c’est long, mais hors d'ici ils passeront vite. Adieu et allégresse, tous les amis.
— Si les juges étaient plus justes, tant d’innocents ne seraient pas ici à pourrir dans une cellule.
— Il suffit d'avoir de l'argent ou une belle femme pour être absous de quelque coup que ce soit.
— Une belle femme sera toujours innocente.
— Je suis dans cette prison et qu'y gagne la société? Ils me mettent en prison parce que je ne travaille pas: mais du travail
(1) Dans l'église.
qui m'en donne? Que dois-je faire, moi qui suis sans ressources, malade, orphelin et sans amis ?
— Ma pauvre Jeunesse, où vas-tu ? Devoir pourrir dans une prison pour en sortir inaple à tout...
La Prison