‹ Les palimpsestes des prisonsChapitre 111 sur 131 · AUTOBIOGRAPHIE DE M..., VOLEUR · texte numérisé non relu

AUTOBIOGRAPHIE DE M..., VOLEUR

M..., fameux voleur et chef d’une famille entière de voleurs (trois frères, la mère et deux beaux-frères), avait un grand dépôt de soie dans la ville d'Alexandrie et voyageait continuellement, affectait dans sa correspondance des sentiments qu'il ne possédait pas : aspect bénin et voix douce ; il eut quelques accès épileptiques et son frère mourut phtisique ; la mère devint nymphomane à accès dans sa vieillesse.

Comme testament, il laissait aux voleurs ces conseils :

Aptitude, discrétion, circonspection, produisent quand elles sont combinées ensemble, le vol! — et ce qu'il entitula autobiographie en la faisant précéder du dessin d’une potence à laquelle ‘pendait un cadavre et au-dessous, entre deux hallebardes, les armoiries de Labaudo et cette épigraphe : Non, l'amour nest pas — l'unique joie concédée aux mortels — la haine aussi a ses jouissances — et la vengeance aussi.

Je me nommeM... P...;je suis né à À...,en 1860. Dans mon enfance, je fus mis dans un asile. J'étais d’un caractère très violent, caractère qui fut la cause de tout ce que

je souffre maintenant et qui hélas ! ne m'attirera que trop de maux plus graves. (1)

Pendant une année entière, la Directrice de l'asile eut la patience de souffrir mes insolences, grâce aux prières de ma mère, mais un jour, ayant malmené un de mes compagnons, ne pouvant plus les supporter, elle me chassa de l’école.

Savez-vous comment alors j'employais mon temps? Ceux qui sont allés à Allexandrie savent que cette ville est ceinte de fossés et bastions où tous les jours se rendent une foule d'enfants qui se divisent quartier par quartier et se livrent de petites batailles d’où tous ne se retirent pas saufs. Eh bien, cet amusement fut ma seule passion pendant une année entière, Je ne pouvais pas manger, je n'attendais seulement pas que ma famille eût fini de diner,que j'étais déjà parmi mes compagnons. Quand j'eus accompli ma sixième année, âge où l’on peut être admis aux écoles élémentaires, mon père pensa qu'il était préférable de m'envoyer à l’école que de me laisser exposé à toutes sortes de risques. [l se rendit pour cela à la direction des dites écoles et me fit inscrire pour l’année courante. Vous pouvez imaginer quelle fut ma désolation en apprenant que Je devrais bientôt terminer ce genre de vie qui me plaisait tant. Je priai ma mère que l’on ne m’envoyàt à l'école que l’année suivante, mais ce fut inulilement; je devais au moins pour le moment, renoncer au divertissement qui me plaisait tant. Malgré cela, je ne me rendais à l’école qu'avec la ferme intenlion que j'aurais bientôt, comme à l'asile, lassé mon maitre, et repris ainsi, ma liberté.

L'année 1866 fut donc l’année pendant laquelle je fus mis à l'école; pendant quelques mois, je suivis les cours de mon école avec quelque bonne volonté, mais quand la bonne saison commença et que Je vis tous mes camarades sur les bastions qui se livraient bataille, adieu l'école ! Dieu même alors n'aurait pu me tenir; à peine arrivé de l’école, je ne faisais que jeter mon sac de livres, manger prestement quelque chose et au lieu

(4) Dans la variante qui suit, la criminalité congénitale apparait plus évidente dans les vols à sa mère, à son patron et dans l’association précoce à des mal-

faiteurs.

d'étudier ma leçon, celui qui voulait me trouver devait aller me chercher sur les bastions de la Madeleine : là seulement il aurait pu me trouver. L'heure de l’école arrivant, je m'y rendais quoique de mauvaise grâce, et, pendant les dix minutes que le maître tardait à arriver, je tâchais d'étudier le mieux possible ma leçon.

Mais mon maître, qui était M. Ber..…., ne tarda pas longtemps à apprendre à mon père que Je ne savais jamais ma leçon. Alors mon père, pour mettre un terme à ce qu'il appelait avec raison mes coquineries, exigea, sous peine de rester quinze jours au pain et à l’eau, que, tous les jours, aussitôt arrivé de l’école, au lieu de sortir pour aller me divertir, j’apprisse correctement ma leçon ; si alors il me restait un peu de temps, je pouvais me rendre à la rue avec mes camarades, mais 1l m'était absolument défendu d'aller où se faisaient ces batailles. Pendant quinze jours j’exécutai l’ordre de mon père; mais un jour, ayant retrouvé un de mes anciens camarades, j'eus l'idée, avant d'aller à l’école d'aller un peu me divertir. Le temps que l’on emploie en divertissements attrayants passe vite et c’est pour cela que l'heure de l’école revint sans que je m'en fusse aperçu. Quand ensuite je me représentai la colère que mon père devait justement avoir contre moi, je frémis ; mais le mal était fait, et l’unique remède était d'affronter directement sa colère : j'aurais fait ainsi si un de mes camarades qui, comme moi, avait contrevenu au décret paternel, ne m'en avait dissuadé. Il commença par me dire que puisque nous avions déjà fait trente, nous pouvions bien faire trente-un, et qu’à recevoir des coups, il était préférable que ce fàt pour quelque chose. Je lui donnai raison et nous continuâmes jusqu'à la nuit à nous divertir sans l'ombre d’un remords. Quand ce fut nuit, oh! alors, je crois que ce fut l'unique fois que je compris bien ce que l’on nomme un remords ; je rôdai quelque temps autour de la maison paternelle sans oser affronter la colère de mon père; puis quand je fus pris de lassitude, je cherchai un refuge sous un escalier voisin de la maison que j’habitais, et là, sur la terre nue, avec mon carlon pour traversin, je m'endormis.

Ce fut là la première faute de ma jeunesse, ce fut la première nuit que Je passai hors du toit paternel, ce fut aussi mon pre-

mier pas dans la voie de la perdition. A partir de ce moment jusqu’à présent, ma vie n’est qu’une série de méfaits tous plus gros les uns que les autres et que la rigueur de la justice vengeresse n’est pas arrivée à atténuer. Aussitôt que j'eus passé la première nuit hors de la maison, ce fut comme si j'avais rejeté toute hésitation et lâché le frein à toutes mes passions.

Je pensai que mon père serait très indigné contre moi et Je pris pour cela la décision d'abandonner Alexandrie et d'aller à Gênes avec un de mes camarades et où, comme il me le disait, nous pourrions trouver du travail. Mais, pour faire cette route, il était nécessaire que nous eussions de l’argent et nous en étions tout à fait dépourvus. J’abhorrais le vol à cette époque et je ne voyais aucun moyen de pouvoir aller à Gênes.

C'était le jour de la Toussaint; ma mère, pauvre femme, n'avait pas pris de nourriture depuis deux jours, tant elle était désolée de ma subite disparition. Nous eûmes l'idée, mon inséparable compagnon et moi, de nous rendre au cimetière où, selon la coutume en ce jour, chacun va visiter et orner la tombe de ses parents, avec l'espérance de trouver à gagner quelque chose pour faire le voyage de Gênes; en route nous fimes la rencontre de deux autres de nos camarades qui déjà s’en retournaient; leur ayant exposé notre projet de partir pour Gênes ce jour même, ils nous applaudirent, et l’un d'eux, un certain M. G.., voulut s'unir à notre expédition. Celui-ci, qui était plus vieux que nous, avait travaillé toute la semaine et se trouvait par conséquent en mesure de faire la route: il possédait deux francs qu'il mit à notre disposition. Aussitôt dit, aussitôt fait, et sans ambages nous partimes pour Gênes.

Je ne raconterai pas notre voyage... Ce serait inutile; qu'il suffise de savoir que nous partimes d'Alexandrie le 30 novembre et arrivâämes à Gênes le 17 décembre. Quand nous partimes, nous étions possesseurs de deux francs entre trois et quand nous arrivàämes à (Gênes, nous avions chacun vingt-cinq francs. Mais, me direz-vous, comment aviez-vous pu vous les procurer? Que celui qui a du cœur l’imagine. Arrivé dans cette ville que depuis si longtemps je désirais connaître, je m’y trouvai pour ainsi dire perdu, et les premiers jours me parurent bien longs, mais je m'y habiluai peu à peu. Un jour que je sortais du port

en allant à l'aventure, je me sentis frapper sur l'épaule et appeler par mon nom; je me relournai el vis que c'était une connaissance de mon père. Il me demanda pour quel motif je me trouvais là, et lui ayant répondu que j'y étais venu pour chercher du travail, il se chargea immédiatement de m'en procurer. En effet, le lendemain il me mena dans une auberge et me dit qu'il me donnait, lui-même, du travail.

— Quel travail? lui demandai-je.

— Sache donc que dans largotl de notre profession, travailler veut dire travailler à notre compte; et j'espère que maintenant tu ne feras plus le novice; arrière la peur et en avant au travail. (C'était le vol à la tire).

— Mais que diable veux-tu que je fasse? car Je ne suis bon à rien, lui dis-je, commençant à comprendre quelque chose.

— Quant à cela, me dit-il, tu as raison, lu n’es pas pratique el c'est par acquit de conscience que je veux t’enseigner; viens ici et prends-moi par le bras; pour cette fois je travaillerai seul; tu feras attention que les agents ne nous voient pas et demain soir, quand {u auras vu comment je fais, Lu pourras travailler; il est bien entendu que le gain sera parlagé.

Je restai environ deux ans à Gênes. sans me soucier de la douleur que ma pauvre mère devait ressentir. Pendant ce temps je commencai à faire connaissance de gens de mauvaise vie. Un jour je reçus du préteur de Borgo Po, une citation qui m'invitait à comparaître devant l'autorité du lieu comme étant imputé de la blessure qu'avait reçue à la tempe le sous-chef de l'auberge où je travaillais.

Je niai constamment, mais néanmoins, convaincu coupable du fait, je fus condamné à quinze francs d'amende ou à défaut de payement à sept Jours de prison. Ne me trouvant pas en mesure de payer les quinze francs, je dus me résigner à aller en prison. Ce fut là que je fis la connaissance de la plupart des individus qui furent la cause directe et immédiate de ma perdition.

Quand j'eus terminé ces sept jours, je fus remis en liberté Mais quand je me présentai à mon patron, il me fit observer qu'il m'avait remplacé et qu'il n'avait plus besoin de moi. Je me mis alors à parcourir Gènes, à la recherche d'un autre patron,

mais Je ne réussis pas ce jour à en trouver un. Au moment où je traversais la place de l’Annonciade, je me sentis frapper sur l'épaule ; je me retournai pour voir qui était-ce et je reconnus un de ces individus que j'avais connus à Saint-André (prison) et qui se nommait C. P...

Variante. — (A cet endroit se trouve une variante, faite peu de mois après, dans laquelle les mêmes évènements changent de face et où il parle de lui-mêômeà la troisième personne.)

Il commit son premier vol aux dépens de sa mère. Il attendit qu'elle dormit et lui vola un cavourino (2 francs). La mère, en s'éveillant, s’apercut de la disparition ; et, convaincue de la culpabilité de son Pierre, elle couru le chercher à l’école. Devant le maître, le bedeau et la mère, Pierre nia résolûment et, comme il ne voulait pas se trahir, il avala le cavourino…. mais ne convainquit ni le maître, ni la mère, ni le bedeau de son innocence.

« Celui-ci, écrit-il, est, je crois (!!!) le premier vol consommé par moi et, comme el, digne d’être mentionné ! » (1)

Il continua à voler et fut chassé de l’école. Pendant deux mois il fit partie des gamins des rues où on le nommail le Nargion, habile dans le maniement de la fronde et dans la petite querre.

La police d'A... en fit remontrance à son père et celui-ci l’obligea à travailler. Son premier patron fut un carrossier. Au bout de deux semaines, Pierre commenca à lui voler tantôt une lime, tantôt d'autre ferraille qu'il allait vendre à un fripier dit le Siqulin. Le patron s'étant aperçu de l'infidélité de Pierre, voulut le surprendre un soir à la sortie de la fabrique, mais Pierre s’esquiva, et R... lui cria : Prends garde de remettre les pieds dans ma maison.

« Cette recommandation, écrit P, M..., était inutile. Ce soirlà je n'allai pas à la maison: c'élail la première fois que je dormais dehors. »

Là 1l fait la rencontre d'un petit voleur comme lui, un certain

(1) Donc il avait alors entre six et sept ans.

B... Il va avec lui à la campagne voler des œufs dont ils remplirent deux paniers et qu'ils vendirent. Le premier bénéfice du vol qu'il empocha fut de 1 fr. 50! Cette vie dura quinze jours, jusqu'à ce que le père de B... les ayant surpris, les battit, les lia et les emmena à la maison. Le père de Pierre le châtia en lui administrant une telle volée de coups sur l'échine, que la peau en fut enlevée, et il fut enfermé huit jours dans la chambre. Ensuite, prenant son père par les sentiments, il lui demanda à retourner à l’école; mais l’école n'était pas faite pour lui, il allait dénicher les nids, voler des œufs et des fruits. Un jour son père rencontra le maître d'école et lui demanda des renseignements sur son fils : Votre fils? mais il y a deux mois que je ne le vois plus! Son père, le soir le flagella, mit au feu livres et cahiers et l’envova travailler chez un certain L. E... vendeur de gazettes à la station du chemin de fer et propriétaire d’un magasin de journaux, place Royale. On le payait à raison de vingt sous par jour et Pierre s’en montrait content; pourtant il lui déplaisait que son père ne Jui donnât qu'un franc par semaine. Cela ne lui suffisait pas, et il s’en dédommageait en vendant les vieux journaux du patron sans que celui-ci s’en aperçût. Mais le jour de la Toussaint 1870, voyant qu'il n’y avait plus de vieux journaux à vendre, il força la caisse du patron et v déroba les trente-deux francs qu'elle contenait, puis, appelant un balayeur public, il lui confia la garde du magasin et s’en alla. Il aurait voulu, une fois dans la rue, retourner en arrière et remettre l'argent en place, mais pour son malheur il fit la rencontre de B... et de deux autres amis. Ils formèrent ensemble le projet d'aller à Gênes avec ces trente-deux francs. Pierre brûlait du désir de voir la mer dont il avait tant et tant entendu parler.

Aussitôt dit que fait. Ils se rendirent à Gênes pedibus calcantibus, en volant les poules aux campagnards qui leur donnaient l'hospitalité. Arrivés à Gênes ils se donnèrent du beau temps, mais en peu de temps, les 32 francs s’envolèrent et il fallut revenir. en arrière. Si l'aller ne fut pas beau, le retour ne fut certes pas gai. Quelle faim! Pierre ne se souvient pas d’en avoir ressenti une pareille dans son existence.

Quand il fut de retour, il eut peur; il n’osait pas retourner à

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la maison, mais la faim l’y obligea. 1! trouva son père au lit, malade du chagrin qu'il venait d'éprouver. Pour ne pas voir son fils en prison, ni lernir le nom de la famille, il avait remboursé les 32 francs volés. Le fils prodigue pria, supplia et obtint son pardon. Mais il n'oublia jamais que son père, l'appelant près de son lit, lui dit : Hélas ! {tu mourras en prison. »

Il fut prophète! !

Lorsque Pierre eut obtenu le pardon de son père (il n'attachait pas un grand prix à celui de sa mère) il s'embaucha chez un maréchal-ferrant. Pendant un an il mena la vie d’un honnûte homme; mais après ce temps il recommença à voler. I} fut renvoyé; ilne voulait pas le faire savoir au père, mais alors il fallait qu'il lui donnât l'argent de la semaine.

Que fait-il pour cela? Il va dans les bois, coupe des arbres et les vend aux lavandiers pour qu'ils en fassent des perches à étendre; mais au plus beau moment, il est surpris par un garde; reconnu, il est déféré au Tribunal et condamné le 15 juillet 1876.

Mais voilà qu'avant d'entrer en prison, il tombe amoureux d'une jeune fille, rousse, belle de visage, mais intérieurement mauvaise, du nom de Giovanna D... Il lui écrivait des lettres de feu qu'il n'osait pas lui remettre. Un jour, il ne sait comment, une de ses lettres parvint à Giovanna; elle lui donna un rendez-vous el ils s’entrelacèrent.

Il éprouva alors le besoin d'aller bien vêtu — il avait une maitresse! Mais il n'avait pas d'argent. Il allait voler des cordes qu'il vendait à Sigulin. Celui-ci lui dit un soir : viens demain el je te paierai. Il se rendit le lendemain chez Sigulin, mais à la place de celui-ci, il trouva des agents qui l'arrètèrent, Il nia — mais, pressé par les révélations de Sigulin, il dut avouer. Il fut alors mis en prison. Il demanda à être mis en liberté provisoire. Il fiten même temps la connaissance d'un certain S. S..., lequel le pria, quand il sortirait, de se rendre auprès de sa femme pour lui faire une commission.

A sa sortie, Pierre n'oublia pas son compagnon; mais ne pouvant aller à Sainte-Agathe près de Tortone, il écrivit à la femme de S... et celle-ci se rendit à Alexandrie. Ils allèrent ensemble à la prison, parlèrent au détenu et se rendirent ensuite à l'auberge où ils mangèrent. Après cela Pierre voulait s'en

aller, mais la femme de S... l'arrêta en lui disant : « Je croyais que les jeunes gens d'Alexandrie étaient plus gentils! — Pourquoi? lui demanda Pierre — vous ai-je donc offensée? — Oh nullement, ajouta-t-elle, au contraire, il paraît que vous avez trop peur de m'offenser ». Il comprit tout alors et le pauvre S... en porta cette nuit!

Ici dans l’'Aufobiographie existe une grande lacune, et les notes sont éparses confusément ça et là. Extrayons-en quelquesunes.

— Quelles furent — se demande-t-il à lui-même — les époques fatales de ma vie? j'en énumèrerai quelques-unes ; — entr'autres l'aventure suivante :

« Un jour de 1880 il va à Turin. Il arrive à l’une des barrières de la ville, sans argent, dépourvu de tout. Il aperçoit un moulin; il tourne autour pour voir si à la nuit il pourrait y commettre un vol. Il fait tous ses calculs et cherche la voie la plus sûre pour entrer. Le soir venu, il grimpe sur un arbre qui se dressait près d’une toiture; de la plante il saute heureusement sur le loit adhérent à la fabrique du moulin.

« J'allais doucement — narre M... — car les traverses qui soulenaient les tuiles étaient vermoulues et je risquais de rouler en bas où je me serais fendu la tête contre la roue du moulin, mise en action par l'eau qui passait en dessous. J'étais déjà prêt à escalader le parapet du balcon, ce qui m'aurais mis de la toiture dans la fabrique, quand j'entendis des personnes qui s’'approchaient en parlant assez haut entre elles. Fuir m'était impossible. Ces personnes parlaient de l'intérieur et s'approchaient de plus en plus. Alors je me couchai à plat ventre sur le toit ; j'étais Juste contre le balcon et si quelqu'un avait mis la tête en dehors il aurait pu me voir! »

Il avait à peine eu le temps de se coucher quand la porte vitrée s’ouvrit et il entendit deux hommes qui parlaient presque au-dessus de sa tète. A la facon dont ils parlaient, il put comprendre qu'ils étaient ivres. Le voleur se trouvait dans une

position où il n'aurait pas pu rester longtemps. Au moindre mouvement qu'il eùt fait, on l'eùt immédiatement découvert. Le pire était que ces deux personnes n'avaient pas l'air de se hâter à s'en aller.

« J'étais sur les épines — continue M... — quand tout à coup je sentis quelque chose d'humide me pleuvoir sur la tête... et me couler dans le pavillon de l'oreille. Je tournai lentement la tête en l’air pour voir quelle chose etait-ce que cette eau ruisselant par un ciel serein... Quand ce liquide me tomba sur les lèvres, je compris bien alors quelle race de cochons étaient là. je fus contraint de recevoir sur moi pEésque toute l’urine de l'un de ces deux mal élevés ».

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